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Né d’aucune femme de Franck Bouysse

22 février 2019

Né d’aucune femme

Franck Bouysse

La manufacture de livres

Janvier 2019

333 pages

 

 

 

 

« Il est grand temps que les ombres passent aux aveux. »

Quel roman ! Quelle écriture ! Quelle histoire ! Quelle noirceur ! Quelle claque !

Bon, j’arrête de m’exclamer. Il va falloir que j’argumente un peu là.

J’ai déjà lu des romans qui se déroulaient au XIXème siècle, avec une jeune fille qui devenait servante chez des personnes de condition supérieure, exploitée, malheureuse et abusée. Mais ici, c’est beaucoup plus que ça. Ici, c’est le château de l’ogre.

D’une part l’alternance des points de vue nous permet d’entrer dans l’intimité des personnages qui gravitent autour de Rose, même avec une focalisation externe. Ce père qui vend sa fille pour un peu d’argent mais qui ne pourra jamais toucher ces pièces qui brûlent, qui réveillent le mal. Ce père que l’on se permet de juger au début du roman, que l’on déteste pour ce qu’il fait et qui nous inspire de la pitié plus tard, jamais du mépris. Ce père dont on nous raconte les faits et gestes avec cette narration externe, plus forte qu’une narration à la première personne parce qu’elle englobe le monde qui l’entoure.

Cette Rose, je ne suis pas prête de l’oublier, elle m’a emportée avec elle dans les tréfonds de son âme, elle enfante de son histoire avec des larmes de sang, les mots vont la sauver d’une certaine manière parce qu’ils vont lui permettre d’être lue, d’être dévoilée, d’être reconnue.

Et puis l’écriture de Franck Bouysse, c’est  une écriture qui dit l’indicible, ce qu’il y a au plus profond des êtres, elle explore les tréfonds de l’âme, elle creuse l’obscurité, le mal absolu, mais ce sont aussi des mots qui sauvent la vie, des mots nécessaires pour ne pas oublier, des mots lumineux.

D’étourdissement en stupéfaction, les émotions s’enchainent toutes aussi puissantes les unes que les autres : l’horreur, la peine, la révolte, le chagrin, et pour finir la lueur d’espoir…

La vie de Rose c’est l’enfer, mais c’est aussi la lumière au bout du tunnel et le texte de Franck Bouysse laisse jaillir cette lumière avec talent.

Jusqu’au dernier mot, ce roman apporte au lecteur de nouvelles révélations, ce secret, celui de Rose, jusqu’au bout va se libérer par petites touches, la construction du roman est inoubliable. Le prêtre qu’on pense être juste un dépositaire de l’histoire va aussi en être un des acteurs.

Comment oublier Rose ? Comment oublier ce non-homme, Edmond, que des êtres qui se sentent supérieurs ont réduit à néant ?

« Toute ma vie, j’avais fait que descendre. »

Ce livre c’est l’éternelle lutte entre le bien et le mal, entre les nantis et les pauvres.

Frank Bouysse, j’ai fait sa connaissance avec Grossir le ciel, nous nous sommes plutôt bien entendus, mais là, j’avoue qu’il m’a estomaquée, j’en ressors meurtrie, mais grandie, les mots sont source de tellement d’émotions, d’images, de réflexions, les mots de Franck Bouysse contiennent tout ce que les rapports entre hommes et femmes ont de plus malsain, tout ce que les différences de classe sociale ont de plus violent.

Un livre à lire absolument.

51 commentaires
  1. On est tous et toutes sous le charme 🙂

  2. aufildeslivres permalink

    Je viens de le terminer. Je suis entièrement de ton avis !

  3. Un roman magnifique !!

  4. Je crains toute cette noirceur, je l’avoue… je crois être trop sensible pour le lire.

  5. Enfin, je ne veux pas dire que ceux qui l’ont aimé sont insensibles, n’est-ce pas ! 😉 Je dois être trop petite nature !

    • Non, parce que je ne suis pas insensible mais il est vrai que j’aime la noirceur… surtout lorsqu’il y a de l’espoir au bout de l’enfer…

  6. Tu es si enthousiaste. Mais j’hésite, je n’aime pas être trop bousculée (en ce moment)

  7. Voilà qui donne envie… tout comme pas mal d’autres avis. Je vais peut-être retenter le coup, je n’avais pas été époustouflée par Grossir le ciel qui croulait aussi sous les louanges. A voir…

  8. Décidément, ce roman fait l’unanimité. Il va bien falloir que je mette la main dessus.

  9. aifelle permalink

    J’ai l’intention de le lire, mais je vais attendre mon moment ; visiblement il bouscule. « Grossir le ciel » n’était déjà pas une bluette …

  10. Commencé hier soir…

  11. Génial et pourtant je ne suis pas fan de thriller, de roman noir….. Et quelle écriture ! 🙂

    • Moi non plus je ne suis pas fan de thriller, mais ce n’en est pas un… En revanche, il est noir de chez noir… C’est l’écriture qui est remarquable !

  12. Oh mais tu es hyper tentante, là! Je pense que ce sera mon prochain emprunt!

  13. Ce dernier Bouysse fait l’unanimité, j’en serais presque frustrée d’avoir Glaise dans ma PAL, que je me dis qu’il est raisonnable de lire avant de me procurer celui-là… j’ai vu l’auteur pour la première fois cet automne au salon du livre de poche qui se tient dans ma région, il est presque aussi taiseux que ses personnages, bon j’exagère un peu, mais on sent bien que les interventions publiques ne sont pas ce qu’il préfère de son métier. Je l’en ai trouvé fort sympathique !

  14. Je ne lis que de bons avis. Je vais me laisser convaincre

  15. A_girl_from_earth permalink

    Bon sang mais cet enthousiasme sort du coeur et des tripes, c’est impossible d’y résister. Je n’ai jamais lu cet auteur encore mais je n’ai vu que des avis positifs à chaque fois. Je vais finir par céder à la curiosité !

  16. il est prévu dans mes prochaines lectures!

  17. C’est LE livre percutant de cette rentrée littéraire.

  18. Un récent coup de cœur qui a marqué ce mois de lecture…

  19. Tu n’es pas la première à être aussi enthousiaste ! Je le garde dans un coin de ma tête…

  20. J’ai préféré Grossir le ciel ( et oui!)

  21. Mais on le voit partout ce bouquin ! Et pourtant je résiste … il me fait un peu peur

  22. Je me le suis offert le jour de sa sortie, fébrile, avant le déferlement de tous ses billets qui disent ce que je pressens…: c’est une bombe ce roman…! Je laisse un peu de temps passer et je me lance ❤

  23. J’ai également pris une claque en le lisant ! Merci pour ta chronique enthousiaste

  24. J’ai vraiment très envie de le lire. Et toi aussi, j’ai toujours autant de plaisir quand je viens chez toi. Bon j’arrête là, je reviendrai. Bon week-end…

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