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Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives

Tenir jusqu’à l’aube

Carole Fives

Gallimard

Collection l’arbalète

2018

176 pages

 

 

 

 

Une femme seule avec son enfant de moins de trois ans. Elle s’accorde des sorties nocturnes, pour respirer, pour marcher seule, pour se sentir vivante. Sorties de plus en plus longues… jusqu’à tirer sur la corde.

C’est un roman juste, qui parle d’un sujet qui amène souvent des controverses et Carole Fives l’illustre très bien avec l’incursion de messages sur des forums. On a tous lu ce genre de phrases qui découragent, qui jugent, qui insultent, de personnes qui croient détenir la vérité, qui ne se mettent jamais à la place des autres mais les regardent de haut en les méprisant. Et une mère n’a pas le droit d’en avoir marre, de souhaiter une autre vie, une mère est une mère, elle n’est déjà plus une femme.

Cette histoire est dure parce qu’elle est possible… parce qu’elle nous touche de près, parce que cette femme pourrait être notre voisine, la mère qui accompagne son enfant à l’école, celle que l’on croise au supermarché, parce qu’elle pourrait être nous.

Cependant, comme beaucoup de romans que je lis en ce moment, je n’ai pas été bouleversée, remuée, en tout cas, pas suffisamment. Je l’ai lu sans déplaisir, mais sans grand plaisir non plus. Je comprends ce que l’auteure a voulu faire passer, j’ai acquiescé bien souvent, mais cela reste très intellectuel, éloigné de toute émotion. J’ai regardé cette femme vivre ses difficultés d’un regard froid, pas indifférent (bien au contraire) mais sans grande passion. Et puis le parallèle avec La chèvre de monsieur Seguin m’a semblé un poil trop lourd, un, voire deux extraits auraient suffi…

Et encore une fois, je crains de ne pas me souvenir bien longtemps de ce texte.

Trois autres avis, plus enthousiastes : Alex et mes échappées livresquesEdyta.  Et l’avis de Mumu se rapproche un peu du mien mais en beaucoup plus développé…

 

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Simple de Julie Estève

 Simple

Julie Estève

Stock

2018

202 pages

 

 

 

 

 

Le baoul, en Corse, c’est l’idiot du village, celui dont on se moque, celui qu’on accuse lorsqu’on retrouve le corps d’une jeune femme sans vie dans la forêt.

L’auteure a essayé de se mettre à la place du personnage en employant un langage qui pourrait être le sien. C’est parfois poétique, parfois cru, souvent cruel, parfois attendrissant, toujours empli de candeur. Ca a déjà été fait, ça n’en est pas moins intéressant, on se laisse prendre au jeu, on écoute ce personnage nous raconter son histoire, ou plutôt raconter son histoire à sa chaise. Il nous balade, Antoine, dans une direction, dans une autre, on se dit qu’il l’a fait, puis non, c’est plutôt cet autre personnage, puis non, encore un autre. Au final, on ne sait pas, puisqu’il ne le sait pas, mais on s’en fiche, ce qui nous importe c’est autre chose, ce sont ses mots, ses faux pas, ses réactions, sa vie, le regard des autres sur lui (il est pas bien beau l’être humain !).

J’ai avalé ce roman en deux gorgées, il se lit vite, trop vite, j’ai adhéré à l’histoire, elle m’a émue, par moments, elle m’a retournée un peu, mais pas suffisamment.

Une petite chose m’a agacée : trois séries d’énumérations, pas franchement indispensables, je les ai parcourues rapidement. La dernière s’explique, les autres non.

Et puis je pense que je l’oublierai assez vite, par manque de consistance.

Nicole a bien mieux apprécié que moi, Stéphanie a beaucoup aimé aussi, Jostein un peu moins.

 

Les vieux fourneaux, tome 5 de Lupano et Cauuet

Les vieux fourneaux, tome 5

Wilfrid Lupano et Paul Cauuet

Dargaud

Novembre 2018

56 pages

 

 

 

 

 

« On est 500 millions de guignols en Europe et on veut nous faire croire qu’on ne peut pas accueillir 1 million de pauvres gens ? Ça fait même pas 1 par village ! » Fanfan s’énerve…

Quel bonheur de retrouver nos vieux préférés. On aimerait leur ressembler quand on aura leur âge ! Avoir encore la moelle pour revendiquer, dénoncer, pousser des coups de gueule, en découdre avec les flics… Se sentir vivant en prenant position contre les injustices de notre société.

On aime leur mauvais caractère, on aime qu’ils défendent les opprimés et notamment les réfugiés, on aime leur mauvaise foi.

Mais on aime aussi qu’ils se fassent piéger par une Sophie vindicative, même si elle utilise son innocente fille pour arriver à ses fins. Décidément, il n’y a pas grand-chose de moral dans cette BD et ça fait du bien.

Ce tome est très réussi, très ancré dans l’actualité, drôle et Mimile nous réserve bien des surprises…

Et cerise sur le gâteau, j’ai découvert la situation de l’île de Nauru… Hallucinant et dramatique.

 

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal

Un monde à portée de main

Maylis de Kerangal

Verticales

2018

285 pages

 

 

 

 

 

Il n’y a plus de doute, l’écriture de Maylis de Kerangal me transporte, ses longues phrases s’enroulent autour de moi, m’enveloppent et m’aspirent vers la profondeur des éléments. Je suis extrêmement sensible à ses mots, à ses images, et le plaisir que ses textes me procurent est immense.

Je crois qu’elle pourrait parler de n’importe quel thème, elle le fait avec une telle grâce que j’y adhérerais immédiatement.

Dans Un monde à portée de main, l’auteure nous emmène dans le monde du factice, de l’artifice, dans la technique du trompe-l’œil, et elle tisse autour de ses personnages un univers exceptionnel. Et d’ailleurs, cette technique c’est aussi celle de l’appropriation du « copiste » de la substance même qu’il peint, de son histoire, de l’histoire de son extraction (le marbre) ou de sa vie intérieure (le bois), on ne copie pas, on s’imprègne de l’élément, on devient l’élément.

J’avais beaucoup aimé Réparer les vivants et Corniche Kennedy (je me suis bien gardée d’aller en voir les adaptations au cinéma, l’écriture de l’auteure étant pour moi la qualité première de ses romans, et comment la traduire à l’écran ?). Je n’osais pas lire Naissance d’un pont, effrayée par le thème, aujourd’hui, je suis prête, je sens que je pourrais dépasser ce sujet peu engageant, ou plutôt, je sais que Maylis de Kerangal saura m’initier à cet univers inconnu.

Cette auteure a l’art de mettre en mouvement, lorsqu’elle raconte, ses mots deviennent des images mouvantes, combien de fois ai-je acquiescé devant la justesse d’une vision.

Et puis cette fin en apothéose pour moi, puisque Paula travaille au fac-similé de Lascaux IV, l’ultime, la copie parfaite, une incursion dans une forêt que je connais, dans laquelle je suis allée il y a quelques mois, pour la énième fois, et cette grille derrière laquelle je me suis trouvée avec la même envie de voir l’entrée de la vraie grotte. Cette grille qui barrait le mystère. Le protégeait.

Et cette histoire connue et archi-connue de la découverte de la grotte qui prend une allure nouvelle sous les mots de Maylis de Kerangal, qui m’a apporté d’autres informations, que j’ai aimé relire à travers ses phrases.

Une belle réflexion sur le côté factice de l’art, ceux qui ne sont pas des peintres mais des copistes. Et en même temps, quel talent pour peindre le marbre, le bois, qui trompent l’œil de celui qui les regarde.

Un très beau roman, d’une très grande qualité littéraire.

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu

Leurs enfants après eux

Nicolas Mathieu

Actes sud

Août 2018

426 pages

Lu sur liseuse

 

 

 

Difficile de fermer ce livre. J’ai avalé les pages avec avidité, soulignant là un propos juste, ici une phrase que je me plaisais à relire pour la beauté de l’image qu’elle suscitait en moi, là encore un dialogue percutant ou ici un désespoir compréhensible.

Je ne pensais vraiment pas prendre plaisir à lire ce roman. Je l’avais emprunté à la médiathèque par curiosité. Bien souvent les lauréats du prix Goncourt me laissent sur ma faim et je m’attendais encore une fois à ressentir un sentiment d’insatisfaction. Oui, oui, je dois l’avouer, je lisais ce roman dans l’intention de le dézinguer.

Ce roman a une construction intéressante. Eté 1992, puis 1994, 1996 et enfin 1998. Les années tues sont évoquées par bribes tout au long de la partie suivante, c’est très finement vu. Cela maintient les sens du lecteur en éveil, lecteur avide de savoir ce que sont devenus les personnages et de quelle manière ils en sont arrivés là.

Roman du passage de l’adolescence à l’âge adulte, roman social, roman naturaliste, nullement caricatural. Il ne déborde pas d’actions, il observe ses protagonistes, les rapports de force, les espoirs et les désespoirs des uns et des autres de manière toujours juste. Quatre personnages surtout, et d’autres, en quête d’amour, de reconnaissance, d’idéal. Anthony, son cousin (il est toujours nommé ainsi), Hacine, Steph, Clem,… issus de milieux différents, des personnages à la dérive, dans une région qui a connu le chômage, les fermetures des hauts-fourneaux. Les adolescents s’ennuient et vivotent entre alcool, drogue, menus larcins, baignades, baise, battements du cœur, moto, recherche d’emploi… C’est profondément humain, et ça oscille entre l’universel et l’intime.

Le narrateur qui est subtilement extérieur et en même temps porte-parole des personnages, porte un regard désabusé sur la société. Ses remarques paraissent cruelles, voire crues, à première vue, mais elles reflètent parfaitement la réalité. Des propos décomplexés, sans langue de bois et dans un style si fluide que l’on a l’image immédiate devant les yeux, un ton parfois caustique, grinçant, mais sensible, à fleur de peau et qui suscite en nous un acquiescement muet.

J’ai beaucoup apprécié ce roman que j’ai refermé à regret.

 

Eden springs de Laura Kasischke

Eden Springs

Laura Kasischke

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy

Page à page

2018

170 pages

 

 

 

Dans la série « je navigue de déception en déception », je vous présente le dernier Kasischke. Une auteure qu’on aime ou qu’on déteste. Personnellement, j’ai aimé les 6 romans que j’ai lus, vraiment beaucoup aimé pour certains d’entre eux.

Donc, je me suis dit en prenant en main ce dernier ouvrage paru en France, « là, je vais enfin sortir de ma série noire ! » Que nenni !

Cet ouvrage ne manque pourtant d’intérêt. Pour la première fois, Laura Kasischke s’inspire d’un fait réel. Au début du siècle dernier, aux Etats-Unis, un prédicateur promet la vie éternelle à ses adeptes. La communauté qu’il a fondée vit de la vente de fruits de leur verger et d’un parc d’attractions ouvert à tous. Seulement voilà, un beau jour, alors qu’il croyait enterrer une femme de 68 ans, sur le terrain de la communauté, un fossoyeur s’aperçoit qu’il descend en terre un corps de jeune fille.

Laura Kasischke retrace l’histoire de cet homme et de sa communauté à l’aide d’extraits de journaux, de témoignages, de photos, et elle y insère sa propre vision des choses, d’une manière tantôt poétique, tantôt à travers des dialogues savoureux, ne livrant que des bribes de l’histoire, comme une mosaïque dont le lecteur a, malheureusement, bien du mal à assembler les morceaux cassés.

J’ai eu un fort sentiment d’insatisfaction, n’ayant qu’une vision impressionniste de l’histoire, et non globale. On sent bien que les jeunes filles ont une adoration sans borne pour Benjamin  Purnell (le prédicateur), on ne sait rien de ce que pensaient les hommes (il y en avait pourtant), on n’apprend pas grand-chose sur Lena Mc Farlane, celle qui a fait des révélations, on navigue à vue.

J’ai donc eu beaucoup de mal à m’intéresser au roman. L’auteure avait pourtant de quoi développer ses thèmes de prédilection : l’adolescence, le rapport à la mort, l’étrangeté des situations mais ici, ce n’est pas abouti.

 

 

Les heures rouges de Leni Zumas

Les heures rouges

Leni Zumas

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Rabonovitch

Les presses de la cité

399 pages

août 2018

 

 

 

 

Bon décidément j’enchaîne les déceptions. Et cette fois-ci, ce n’est pas un roman français !

Dystopie ? Pas vraiment ou pas complètement ou pas développée… en tout cas, les lois passées aux Etats-Unis dans ce roman qui ne situe pas les faits, pourraient très bien être malheureusement d’actualité (interdiction d’avorter, adoption permise aux seuls couples), rien à voir avec la vision cauchemardesque de La servante écarlate. Non, il n’y a ni du Virginia Woolf ni du Margaret Atwood dans ce roman. Ne vous fiez pas à l’appel aguicheur de l’éditeur dans la quatrième de couverture.

Je crois que ce qui m’a le plus dérangée c’est le style. Brouillon. Des dialogues mal ficelés qui alourdissent le texte plus qu’ils ne l’agrémentent. Je me suis souvent perdue dans les allers et venues dans le temps. N’est pas Stefansson qui veut… Une narration éclatée, ça se travaille ! D’autant plus qu’ici l’auteure alterne bien les chapitres entre les quatre femmes (la fille, l’épouse, la biographe, la guérisseuse), mais à l’intérieur de chaque chapitre on saute du coq à l’âne trop souvent à mon gré, sans que l’on comprenne où veut en venir l’auteure.

Certes, elle défend les droits des femmes à disposer de leur corps, dans une société liberticide mais d’autres l’ont fait bien mieux que ça.

On tourne en rond dans ce roman, les personnages évoluent bien peu, l’intrigue est faible et surtout dès qu’un événement survient, et bien, on l’attendait. Tout est prévisible.

Inutile de poursuivre ma diatribe, je me suis encore une fois ennuyée. Ca devient inquiétant.