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L’homme gribouillé, une BD de Lehman et Peeters

L’homme gribouillé

Scénario : Serge Lehman

Illustrateur : Frederik Peeters

Editions Delcourt

17 janvier 2018

327 pages

 

 

 

Mes aïeux, quelle histoire !

La pluie, la pluie, la pluie à l’infini. Tout dégorge d’eau, et le dessin gicle, le dessin brume, le dessin flaque. Et les personnages évoluent dans cette humidité en permanence. Les visages sont éloquents, les regards sont expressifs, le noir et blanc accentue la tension.

Trois générations de femmes : la grand-mère dans le coma, romancière pour enfants, la fille parfois aphasique, qui travaille dans le monde de l’édition et la petite-fille qui a l’air de suivre les traces de sa grand-mère. Un étrange personnage corbeau fait irruption dans leur vie, il désire récupérer un paquet et il va les mener à découvrir un lourd secret de famille.

Entre réalisme et fantastique, entre légende urbaine et légende ancestrale, l’histoire nous embarque au gré des indices semés ça et là et ne nous lâche pas. Elle a même hanté ma nuit…

C’est une BD fascinante, mystérieuse, addictive.

Je suis restée muette de stupéfaction une fois la dernière page refermée, avec une seule envie : la rouvrir pour laisser filtrer un peu de lumière sur les zones d’ombre.

Mo’ a écrit un billet plus complet, Noukette et Jérôme ont aussi été saisis.

 

 

 

 

 

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Ör d’Audur Ava Olafsdottir

Ör

Audur Ava Olafsdottir

Traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson

Zulma

Janvier 2018

235 pages

 

 

 

« Le chagrin est comme un éclat de verre dans la gorge. »

Un homme seul, divorcé, qui apprend que sa fille de 26 ans n’est pas de lui, décide de mettre un terme à ses jours. Il prend un billet simple pour un pays dévasté par la guerre, armé de sa boite à outils, et accompagné des ses journaux intimes de jeunesse.

C’est le charme de l’écriture de l’auteure qui m’a séduite avant tout. La douceur qui se dégage de ses mots. Et puis l’humour à petites doses fines, les situations cocasses, le regard décalé sur un homme désespéré.

« Toute souffrance est unique et différente, on ne saurait les comparer entre elles… »

En revanche, j’ai été très déçue par la fin, rapide, pour ne pas dire bâclée. Ce n’est pas qu’elle soit ouverte qui m’a gênée, mais qu’elle soit précipitée, j’ai relu la page précédente pour voir si je n’avais pas loupé quelque chose.

Ce n’est pas mon titre préféré de l’auteure (dont j’ai lu tous les romans) même si j’ai passé un moment délicieux en compagnie de cet homme aux multiples cicatrices.

 

Grossir le ciel de Franck Bouysse

Grossir le ciel

Franck Bouysse

Editions La manufacture de livres

2014

Lu sur liseuse

 

 

 

 

Dans un coin perdu des Cévennes, deux hommes, deux agriculteurs, deux voisins un peu éloignés mais pas trop. Gus est plus jeune qu’Abel mais tout aussi brut, tout aussi économe de paroles.

Des indices, des petits événements dévient Gus de son chemin ordinaire, il se met à douter, à soupçonner. Les non-dits, et la description des menus actes du personnage, de son quotidien amplifient la tension. C’est un roman qui se lit entre deux respirations, qu’on ne peut reposer tellement il est haletant. L’auteur joue avec les nerfs du lecteur. Il l’emmène sur une voie, puis le laisse reprendre son souffle avant de l’emmener sur une autre voie encore plus sombre et sans issue celle-là.

Classé polar ? Pas d’accord, ce roman est inclassable. C’est un roman noir qui décrit la vie âpre des gens de la campagne qui ne sortent pas de chez eux et qui n’ont pour toute relation qu’un chien, et qu’un voisin fait du même bois, et pour seule ouverture sur le monde que la télévision.

C’est du lourd, c’est du noir et j’aime ça.

L’écriture efficace, les mots choisis, quelques métaphores, certaines un peu osées (voire limites), d’autres plus justes, des dialogues savoureux, emprunts de rudesse, tout ça participe à la réussite de ce roman.

Et puis ces retours en arrière, mine de rien, au détour d’une pensée du personnage, un fait entraînant un souvenir, et nous voilà partis quelques années en arrière, dans la mémoire du personnage, la mort de ses parents, la mort d’un faon… et l’on comprend au fur et à mesure la situation, les rapports entre les personnages jusqu’à la révélation finale.

Je ne suis pas sûre de garder longtemps en mémoire ce roman mais il a su me faire passer un excellent moment de lecture.

 

 

Au revoir là-haut, la BD de Christian de Metter

Au revoir là-haut

BD de Christian de Metter

Rue de Sèvres

2015

168 pages

 

 

 

 

Et bien voilà, la boucle est bouclée. Roman, film, BD. Dans cet ordre. Et tant mieux !

La BD est très proche du roman, le scénario auquel Pierre Lemaître a participé respecte la trame du livre mais en condensé, donc il est préférable d’avoir lu le roman pour bien comprendre toutes les situations. Les illustrations sont magnifiques, les visages très expressifs. J’aime beaucoup le trait de crayon de Christian de Metter et tout particulièrement  sa manière de croquer le visage du fonctionnaire qui découvre la supercherie de Pradelle. Il donne une place importante à ce personnage (ce qui n’est pas le cas dans le film ou beaucoup moins) et tant mieux..

L’atout du film, ce sont les masques, sublimes.  Et cet acteur, Nahuel Perez Biscayart, révélé dans 120 battements, arrive à donner à son personnage muet, caché par un masque, une belle présence, tout en nuances et en émotion.  J’ai regretté deux choses : le personnage de Pradelle, pas assez pervers à mon goût, c’est la brièveté qui en est la cause (comme dans la BD), pas le temps de décrire en profondeur les méandres de l’infamie humaine. Et puis pourquoi avoir changé la fin ?

Heureusement, la BD respecte scrupuleusement la fin du roman (si ma mémoire ne me fait pas défaut, parce que je l’ai lu il y a un petit moment).

Pour conclure, la BD est une adaptation très réussie du roman, le film un peu moins à mon goût mais intéressant à voir tout de même, surtout pour tous ceux et celles qui n’ont pas lu le livre.

 

Les déraisons d’Odile d’Oultremont

Les déraisons

Odile d’Oultremont

Les éditions de l’Observatoire

Janvier 2018

216 pages

 

 

 

 

Adrien et Louise s’aiment mais la maladie va s’immiscer dans leur vie. Ça a l’air plombant, dit comme ça, et pourtant !

Fantaisie, c’est le premier mot qui vient à l’esprit lorsqu’on veut parler de ce roman. Cette histoire est insolite parce qu’elle fait rimer maladie avec petit grain de folie, et parce qu’elle présente le travail d’Adrien comme une visite en Absurdie.  C’est un roman qui ne cesse d’étonner.

Il y a un peu de Boris Vian dans ce roman-là, et bien plus que dans celui de Bourdeaut (En attendant Bojangles) que je n’avais pas vraiment aimé parce que, d’après moi, l’écriture n’était pas à la hauteur du propos. Dans Les déraisons, il y a, avant tout, une langue à la musique particulière. Le style est enlevé, relevé, pimenté, l’auteur a le sens de la formule, sait user sans abuser de la métaphore originale, sait manier les mots et les phrases. Une virtuosité qui donne à ce roman un petit air bien à lui.

Et puis, la construction sert l’histoire avec brio grâce à l’insertion d’un procès auquel on ne comprend goutte au début mais qui, très rapidement, éclaire le propos. L’absurdité des situations se mêlant à la loufoquerie des personnages, on vit, à la lecture de ce roman, une expérience romanesque intense.

C’est un roman qui donne envie de croquer la vie comme Louise, de ne pas se prendre au sérieux, de détourner le quotidien au profit de l’imagination.

C’est bon, ça se déguste, alors, n’hésitez pas, si vous ne l’avez pas encore lu, sautez sur ce roman !

 

Merci à Masse critique pour cette découverte.

D’autres avis chez Annie et Nicole.

Les huit montagnes de Paolo Cognetti

Les huit montagnes

Paolo Cognetti

Traduit de l’italien par Anita Rochedy

Stock

2017

298 pages

 

 

 

« L’été efface les souvenirs de la même façon qu’il fait fondre la neige, mais le glacier renferme la neige des hivers lointains, c’est un souvenir d’hiver qui refuse qu’on l’oublie. »

Deux garçons, un citadin, un montagnard, une amitié. Puis, devenus deux hommes, l’un parcourant les montagnes du monde, l’autre ancré sur son territoire alpin. Un père aussi, celui du citadin, un père maladroit dans ses relations humaines, mais qui, au-delà de la mort, transmettra à son fils la possibilité d’une réconciliation.

Ce roman exhale la nostalgie. Il se lit comme on écoute les souvenirs d’un ami, avec appétit et tendresse. On commence le livre avec un doux sourire au coin des lèvres et on le termine avec des larmes dans les yeux.

C’est un livre sur l’amitié, sur la transmission, sur l’amour de la montagne. La légende des huit montagnes incite à la méditation, à la réflexion sur le sens de la vie.

J’ai aimé la lenteur du roman, son côté contemplatif, son évocation de la marche en montagne, son écriture poétique, son authenticité, son histoire simple mais d’une profondeur infinie. Non, je n’ai pas aimé, j’ai adoré !

Je n’en dirai pas davantage si ce n’est : lisez-le !

 

Avenue des mystères de John Irving

Avenue des mystères

Traduit de l’anglais par Josée Kamoun et Olivier Grenot

John Irving

Le Seuil

Mai 2016

514 pages

 

 

 

D’ordinaire, j’aime bien l’univers de John Irving et j’ai acheté ce livre, il y a un an, confiante. J’avais bien lu ici ou là des avis très mitigés, des avis négatifs mais cela ne me faisait pas peur. Irving, je connaissais, ça ne pouvait pas être mauvais !

Je m’étais régalée à la lecture de son précédent, A moi seul tous les personnages. Je ne pouvais pas être déçue.

Certains reprochent à ce dernier roman d’Irving son côté débridé. Moi, c’est ce que j’ai le mieux apprécié. Un écrivain vieillissant revit en rêves sa jeunesse au Mexique et parallèlement, le lecteur suit son périple aux Philippines. On se retrouve donc trimballé d’un endroit à un autre, d’un temps à un autre, au gré des pensées et des rêves de l’écrivain. Il s’endort n’importe où,  à n’importe quel moment, ce qui permet au lecteur de replonger dans l’enfance du narrateur, au détour d’un paragraphe, d’une phrase. On pourrait en être déstabilisé, je ne l’ai pas été. Ca m’a plutôt amusée. D’ailleurs, comme il le dit, page 387 :

« Dans notre mémoire, dans nos rêves, les derniers moments de nos chers disparus prennent malgré nous le pas sur le reste de leur histoire. Dans les rêves, la chronologie n’existe pas, ni l’ordre des événements qui ont marqué les souvenirs des uns et des autres. Dans notre esprit comme dans nos rêves, il n’est pas rare que l’histoire commence par son épilogue. »

Malgré ça, j’ai eu bien du mal à finir ce roman, je me suis forcée, toujours à deux doigts de l’abandonner. Mais pourquoi donc ? Je me suis ennuyée, bien trop souvent, j’ai trouvé ça long, très long et répétitif. L’écriture (même si c’est une traduction) ne m’a pas séduite du tout. Je n’ai pas retrouvé la verve et l’humour de l’auteur, je n’ai guère aimé les passages centrés sur le narrateur aux Philippines. Seule son enfance au Mexique m’a accrochée, et encore, pas tout le temps. J’ai lu pas mal de passages en diagonale, espérant toujours des pages captivantes… que je n’ai pas vraiment trouvées. Bon, d’accord, j’exagère un tant soit peu, j’ai avalé certaines pages avec plaisir.

Et pourtant, les ingrédients étaient là : deux enfants vivant dans une décharge publique, puis dans un orphelinat, puis dans un cirque, une mère prostituée, une statue de vierge qui tue, un couple composé d’un prêtre et d’un travesti… Le garçon arrache les livres du bûcher pour les lire et traduit les paroles incompréhensibles de sa sœur extra-lucide… C’est barré, c’est fou, ça frise le surnaturel, et pourtant… Sexe, religion et mort sont aux programme et pourtant…

J’ai évidemment apprécié ce qu’Irving disait de la création romanesque, p 390 :

« Il s’était inspiré de ce qui leur était arrivé, mais jamais il n’écrivit un seul mot sur les êtres qu’ils étaient. Autodidacte, le-lecteur-de-la-décharge avait appris tout seul à faire fonctionner son imagination. Et cet aspect de son initiation à la littérature se retrouvait dans sa conviction qu’un écrivain crée ses personnages et construit son récit. Il ne suffit pas de raconter l’histoire des gens qu’on a connus, ou la sienne propre, pour qu’un texte mérite le nom de roman. »

Irving écrit des romans, il a une imagination débordante, et pourtant, avec ce dernier roman, il n’a pas réussi à me distraire, à me séduire, à m’emmener dans son univers.

Je suis tellement désolée de ne pas avoir aimé, malgré des personnages hauts en couleurs et quelques situations cocasses, voire extravagantes, tellement désolée !

Lu dans le cadre du challenge PAL.