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La vérité sort de la bouche du cheval de Meryem Alaoui

La vérité sort de la bouche du cheval

Meryem Alaoui

Gallimard

23 août 2018

251 pages

 

 

 

 

Comme il m’a été difficile d’entrer dans ce livre ! J’avais terminé depuis peu 4 3 2 1  et ne parvenais pas à en sortir. Nulle envie de lire autre chose, si ce n’est de la littérature jeunesse. C’est le syndrome du livre-lu-après-un-gros-coup-de-cœur. (J’en ai abandonné des livres de cette manière…)

Alors lorsque j’ai découvert les premières pages de langage fleuri, familier, voire un peu crû, ça m’a fait l’effet d’une douche froide. J’ai failli refermer le livre.  Et pourtant, (va savoir pourquoi, peut-être parce que je devais écrire un billet pour Babelio) j’ai poursuivi ma lecture et j’ai enfin lâché prise.

Jmiaa vit de son cul, elle est prostituée au Maroc, à Casablanca et elle raconte sa vie, au lecteur, ou à une tierce personne non identifiée, ce qui donne au texte un ton, auquel j’ai finalement succombé (au bout d’une quarantaine de pages). Ce qui importe dans ce roman, c’est l’écriture, cette façon de se glisser avec aisance dans la peau de son personnage, ce côté naturel et authentique que la cinéaste recherche aussi d’ailleurs. Quelle cinéaste me direz-vous ? Celle qui va demander à la narratrice de lui parler de son quotidien afin que son film repose sur des situations réelles et vécues. Et puis, un jour, elle va même lui proposer davantage…

Le regard que la narratrice porte sur sa vie, sur les autres, est souvent amusant, décalé, pétillant, même dans le sordide. En revanche, son innocence devant le monde du cinéma frise parfois la caricature, en tout cas, elle agace, ou plutôt elle m’a agacée.

Pour conclure, c’est un livre sympathique aux accents de vérité mais avec une fin bien trop heureuse pour moi (genre conte de fée contemporain) comme un bonbon acidulé qui finirait sur un goût trop sucré. J’aurais aimé aussi que les portraits des personnages qui gravitent autour de la narratrice soient un peu plus fouillés.

Si je suis mitigé sur le contenu, je trouve que le titre est très bon.

Merci à Babelio et à Gallimard pour l’envoi de ce premier roman en avant-première.

 

 

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Le blog se réveille avec Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill

Les fantômes du vieux pays

Nathan Hill

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Mathilde Bach

Gallimard

2017

720 pages

 

 

 

J’ai senti dès les premières phrases que ce roman bercerait mes heures réunionnaises tranquillement. Il est des livres qui nous séduisent immédiatement, le coup de foudre littéraire.

Les pavés ne m’attirent pas plus que ça, parce que j’ai besoin de changer souvent de livre, d’univers, et qu’avec un pavé, on en prend parfois pour de longues journées, voire de longues semaines si les journées sont bien occupées. Et pourtant j’ai ouvert celui-ci en toute confiance.

Il est étonnant ce roman. Dès le début, deux questions sont posées : qui est réellement la mère du narrateur ? Pourquoi l’a-t-elle abandonné à l’âge de 11 ans ? Et nulle réponse n’est apportée avant… longtemps. Mais on ne peste pas devant la volonté flagrante de l’auteur de retarder les révélations. Au contraire, on patiente et on se passionne.

Le narrateur est un écrivain qui n’a réussi à publier qu’une nouvelle. On découvre la vie de sa mère au fur et à mesure qu’il la raconte, à petites touches.

J’ai vraiment aimé être malmenée, lire au gré des caprices de l’auteur sans être rassasiée, me contenter de ce qu’il m’offrait parce qu’il me l’offrait sur un plateau. Le roman entrelace donc les histoires, jusqu’à la toute fin et le lecteur s’égare dans les entrelacs avec bonheur pour se raccrocher à la boucle d’une petite révélation offerte avec parcimonie.

Les échanges entre l’éditeur et le narrateur, souvent ironiques, sont aussi une critique de la société et on les lit avec un petit sourire aux lèvres. S’il écrit un livre à sensation, il vendra, lui serine l’éditeur, alors que s’il écrit un livre d’initiation, et si, de surcroit, celui-ci fait dans les 700 pages, il ne vendra pas et n’aura que 10 lecteurs. Reflet de notre temps. Heureusement, le challenge pavé de Brize nous prouve qu’il existe encore des lecteurs de vrais bons gros romans.

Je n’ai pas dit que ce roman est aussi un panorama de l’histoire des Etats-Unis des années 1968 à aujourd’hui.

Je n’ai pas dit non plus qu’il avait un côté original, notamment quand l’auteur écrit un chapitre à la manière des romans dont vous êtes le héros. Passage succulent qui permet d’avoir une vision extérieure sur le narrateur, ses actions, ses vulnérabilités.

Ai-je dit que c’était un très bon roman ?

Et première participation au challenge de Brize.

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Pause estivale

Le camp des autres de Thomas Vinau

Le camp des autres

Thomas Vinau

Alma éditeur

2017

186 pages

 

 

 

 

Première phrase du texte, phrase coup de poing : « Le givre fait gueuler la lumière. »

Ce roman n’est pas un roman, c’est un long poème, c’est un hymne à la nature, à la forêt. Il ne se lit pas de manière linéaire comme beaucoup de romans, il se déguste, il se savoure. Chaque phrase se lit deux fois, dix fois, cent fois, c’est le sel de la vie. Mais attention, ce n’est pas poétique dans le mauvais sens du terme : mièvre, joli, non, c’est âpre, c’est puissant, c’est la vie dans ce qu’elle renferme d’essentiel, la survie en quelque sorte, la liberté, l’appel de la forêt.

Thomas Vinau marie les mots avec aisance, réinvente le langage, crée chez le lecteur un tourbillon de sensations.

Le camp des autres, c’est le camp « de ceux dont on ne veut pas. Le camp des nuisibles, des renards, des furets, des serpents, des hérissons. Le camp de la forêt. Le camp de la route et des chemins aussi.»

Thomas Vinau a écrit là une ode aux démunis, aux personnes libres, à ceux qui sont rejetés. On suit le parcours initiatique de Gaspard, qui fuit le cadavre d’un père honni, et on évolue à ses côtés dans un monde rude, violent, mais profondément humain dans lequel il vivra des moments de bonheur simple.

Une fois refermé, que fait-on ? On l’ouvre à nouveau pour le plaisir de relire à voix haute certaines phrases, certains chapitres.

Inspiré de faits historiques réels, au début du vingtième siècle,Thomas Vinau transcende cette réalité pour nous offrir un texte hors normes. J’ai découvert une écriture ! Et ça me réconcilie avec la littérature française.

 

« Les branches droites, horizontales, montent en parfait colimaçon jusqu’aux culottes de l’horizon. »

« Les mains en sang, la nuque en nage, il est tout échardé de souffrance. »

« Le chien et l’enfant s’ébattent joyeusement dans les gluances chaudes et veloutées de la mort. »

« La glaise, le vent, la brume et la rosée, toutes les obscurités appartiennent à la forêt. Elle est le foyer de tous ceux qui n’en ont pas. De tous ceux qu’on ne veut pas. De tous les chassés, les fuyards, les proies. L’ombre est à la forêt.  » (…) « Elle est l’autre camp. Le camp des autres. »

 

 

Éléphant de Martin Suter

Eléphant

Martin Suter

Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni

Christian Bourgois éditeur

2017

354 pages

 

 

 

 

Je ne suis donc pas restée sur un échec, après Le temps, le temps que j’avais eu bien de la peine à finir, j’ai décidé de réitérer mon essai de lire Martin Suter. Et cette fois, j’ai été séduite par cette histoire hallucinante d’éléphant nain rose.

Racontée de façon non linéaire, construite habilement, entre le présent où le SDF découvre la bestiole au fond de son antre, et le passé récent qui revient néanmoins sur la genèse de cette expérience scientifique, le lecteur est pris à témoin et ferré de telle manière qu’il ne peut que tourner les pages du livre avec avidité.

J’avoue avoir été quelque peu perdue dans les premières pages, ne sachant où l’auteur voulait m’emmener, mais j’ai vite lâché prise et me suis laissée guider dans cet univers pas banal où un oozie birman chuchote à l’oreille des éléphants tandis qu’un généticien détestable joue le rôle du méchant bien exécrable et qu’un gros vétérinaire, qui n’attendait plus rien de la vie, tombe amoureux de cette petite créature rose adorable. Sans oublier Schoch, le SDF, personnage attachant et lumineux à défaut d’être luminescent.

Attention, ce n’est pas du tout une fiction irréaliste et fantaisiste, ce roman s’appuie sur des études sérieuses en matière de technologie génétique. Ainsi, l’auteur nous permet-il de réfléchir aux dérives d’une science soumise aux intérêts personnels et particuliers de certains qui veulent se faire un nom ou une fortune. La manipulation génétique a de quoi nous effrayer.

Construit comme un roman d’aventure, l’auteur ne nous laisse guère de répit pour respirer et reprendre haleine, pour notre plus grand plaisir. Un roman sympathique et bien construit.

Kathel, Jérôme, Violette, et A girl from earth ont largement contribué à ce que je lise ce roman malgré un ressenti des plus frileux avec un autre roman de cet auteur.

 

Ceux qui restent, une BD de Busquet et Xoul

Ceux qui restent

Scénario de Josep Busquet

Dessin et couleurs d’Axel Xoul

Delcourt

mars 2018

128 pages

 

 

 

Cette BD, je l’ai vue chez Mo’ et puis je l’ai oubliée, et mon vendeur de BD préféré me l’a mise entre les mains, un jour que je venais faire le plein chez lui. Comme il a eu raison !

Wendy, vous connaissez ? Peter Pan, le capitaine Crochet ? L’île des enfants oubliés ? Et bien ce n’est pas leur histoire, mais l’histoire de Ben qui a vécu, tout comme Wendy, ce départ vers un monde à sauver, un monde d’aventures. Seulement, on ne va pas le suivre, lui. On va suivre ses parents.

Que deviennent les parents des enfants aventuriers, qui partent, reviennent, repartent, reviennent, repartent encore jusqu’à ce qu’ils ne soient plus des enfants ?

Cette BD c’est le point de vue de ceux qui restent, mais aussi celui des voisins, des proches, des journalistes, des enquêteurs, des sceptiques. Cette BD c’est l’envers des contes pour enfants, c’est le côté sombre du miroir, c’est la face cachée des belles histoires qu’on raconte à nos enfants. C’est le cauchemar.

J’ai vraiment beaucoup aimé, j’ai été embarquée comme dans un thriller haletant jusqu’à cette fin terrible, glaçante, mais pouvait-il en être autrement ? Colorisé dans les teintes bleu-brun-gris à l’image des sentiments des parents, de facture assez classique dans le trait, cet album nous narre une histoire originale et puissante et qui nous invite à réfléchir à nos réactions humaines face au désarroi de ceux qui vivent un drame. Soupçon de maltraitance, enlèvement, fugue, chacun y va de son avis, mais qui peut croire à l’incroyable ?

Cette BD m’a fait penser à l’excellent Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher, pour certains aspects que je ne peux dévoiler ici.

A découvrir, vraiment !

Brize aussi a été fascinée.

A l’aube de Philippe Djian

A l’aube

Philippe Djian

Gallimard

Avril 2018

Lu sur liseuse

 

 

 

 

Nul doute possible, Djian, plus que jamais, fait de la rétention d’informations et manie l’ellipse avec force. Le lecteur est mis à contribution. Il doit lui-même faire le lien entre les personnages, comprendre entre les lignes, les indices étant parsemés ça et là à petites doses, ne jamais relâcher l’attention, ni la tension, lire Djian n’est pas aisé, mais qu’est-ce que c’est bon !

Drogue, sexe et petites culottes. Mort des parents. Un frère autiste, une sœur prostituée. C’est une ambiance glauque, sombre, malgré un titre qui laisserait à penser que la lumière est au bout du tunnel.

Djian est sûr de lui, parfaitement maître de sa narration, et le lecteur s’amuse à assembler le puzzle, au gré de la plume acérée de l’auteur.

Mais… Mais…

Mais, malgré une première moitié prometteuse et bien menée, je me suis essoufflée, j’ai pris mes distances et j’ai regardé les personnages de loin, sans plus les voir, sans plus les comprendre mais en ne sachant que trop où ils allaient. J’ai trouvé la seconde partie ennuyeuse et, comme pour son dernier roman, j’ai regretté cette fin rapide, expédiée et pas si surprenante que ça. J’ai eu l’impression de ne rester qu’à la surface des choses, que l’histoire était esquissée, sans jamais permettre au lecteur de s’installer, l’art de l’ellipse poussé à son paroxysme. J’ai bien peur que Djian ne soit plus pour moi.

Parce qu’au final, j’ai eu l’impression de lire un roman inabouti dans lequel je n’ai savouré que la première moitié.