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Article 353 du code pénal de Tanguy Viel

Article 353 du code pénal

Ecrit par Tanguy Viel

Editions de Minuit

Paru en janvier 2017

174 pages

 

 

 

 

« C’est une drôle d’affaire la pensée, n’est-ce pas ?

Ce n’est pas qu’il y ait long en distance du cerveau vers les lèvres mais quelquefois quand même ça peut vous paraître des kilomètres, que le trajet pour une phrase, ce serait comme traverser un territoire en guerre avec un sac de cailloux sur l’épaule, au point qu’à un moment la pensée pourtant ferme et solide et ruminée cent fois, elle préfère se retrancher comme derrière des sacs de sable. »

Et c’est tellement une drôle d’affaire la pensée de Martial Kermeur, qu’elle a besoin de longues phrases sinueuses pour s’exprimer, comme si le personnage réfléchissait profondément en parlant, pour chercher l’essence des choses.

Et quel texte que celui-ci ! Ce long monologue est envoûtant, la musique des mots est ensorcelante. Arrivée aux dernières pages, j’ai ralenti mon rythme de lecture pour rester encore un peu avec ce personnage si entier, si honnête, si touchant, si juste. Dans le langage simple des hommes du peuple, il utilise des métaphores éloignées des clichés. Bel exemple de la puissance du langage !

Ce roman est d’un réalisme forcené. On est à côté du juge, on écoute cette histoire avec intérêt, on est le juge, on comprend.

Mais que dit ce roman ? Quel en est le sujet ? Martial Kermeur est interrogé par un juge d’instruction. Il vient de tuer un homme en le jetant à la mer. Il raconte.

L’humanisme qui se dégage de ce texte fait plaisir et, en ces temps de crise politique où la plupart des hommes de pouvoir ont quelque chose à se reprocher, cette histoire nous permet d’espérer, de croire en une justice plus juste, plus équitable.

J’aime décidément beaucoup, beaucoup, cet auteur.

 

Éclipses japonaises d’Eric Faye

Eclipses japonaises

Ecrit par Eric Faye

Editions du seuil

Paru en août 2016

225 pages

 

 

 

 

Des personnes disparaissent au Japon dans les années 70, un GI américain disparaît en 1966 dans la zone démilitarisée entre les deux Corées, un avion de la Korean Air explose en plein vol en 1987.

Quel lien entre tous ces événements ?

C’est ce qu’Eric Faye nous raconte dans ce roman incroyable.

Incroyable par sa construction. Dans le premier chapitre, l’auteur nous jette à la figure une multitude de disparitions sans que le lecteur n’y voie aucune relation. Il énumère des faits froidement. On les lit comme on consulterait un catalogue. Dans les chapitres suivants, il va développer l’histoire de chacun des protagonistes. Et là, le lecteur découvre des vies bouleversées, des vies subies, des vies qui se croisent et s’abandonnent, des vies gâchées ou des vies retrouvées. La troisième partie est encore différente, l’auteur centre alors son récit sur les journalistes, ces hommes qui ont mis au jour cette incroyable affaire des disparus. Ceux qui ont enquêté, qui ont recoupé les maigres informations qu’ils avaient en leur possession, ceux qui n’ont jamais baissé les bras pour tenter de comprendre.

Incroyable par les faits racontés, par cette Corée du nord décrite, et qu’on connait si peu. Ce roman est parfaitement documenté. Eric Faye s’est appuyé sur des faits réels pour les dépasser et les romancer. Fascinant.

Incroyable enfin par cette écriture toujours subtile, que j’avais déjà goûtée avec Nagasaki et que j’ai une nouvelle fois appréciée.

Un très bon roman.

 

Repose-toi sur moi de Serge Joncour

Repose-toi sur moi

De Serge Joncour

Publié par Gallimard en août 2016

427 pages

 

 

 

 

 

Ludovic et Aurore n’étaient, à priori, pas faits l’un pour l’autre. Deux mondes différents, deux vies opposées, la belle riche et le brut de décoffrage pauvre, deux caractères éloignés et pourtant…

Quelle terrible histoire que la leur ! Belle, émouvante, cette histoire commence comme un conte de fée (qui démarre sauvagement dans des buissons quand même !) et se termine comme un thriller.

On lit les premiers chapitres avec plaisir mais si cela avait continué plus longtemps  sur ce ton, trop convenu à mon goût, j’aurais lâché prise. A posteriori, je me rends compte que l’auteur posait des jalons, semait des petites graines, ces corbeaux tués à coups de fusil de chasse, cette colère rentrée qui ne demande qu’à exploser. C’est finement fait. La tension monte très progressivement, chaque petit événement est à lui seul une pierre qui participe à l’élaboration de l’œuvre totale.

C’est une lecture plaisante qui s’accélère peu à peu pour aboutir à une fin inattendue.

J’en ai aimé l’écriture, la construction, mais il me semble que l’auteur attaque sur trop de fronts : l’utilisation des pesticides et l’incohérence du système agricole, le côté impitoyable du monde de la mode et des affaires en général, la misère des petites gens dont on exige qu’il paie leurs dettes alors que les grosses entreprises se permettent de faire des impayés monstrueux…

Il reste que l’auteur nous raconte une histoire qui tient la route (même si…) et qu’on passe un bon moment en compagnie de ces deux personnages qu’on a de la peine à quitter (même si… Aurore m’a parfois quelque peu agacée !).

Je serais curieuse de lire un autre roman de cet auteur.

 

 

Ada d’Antoine Bello

 

Ada

Ecrit par Antoine Bello

Publié par Gallimard le 25 août 2016

Lu en version numérique

 

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Rabelais.

 

 

 

Enfin ! Enfin, j’ai retrouvé du plaisir à lire un roman !

En une semaine, quatre ou cinq romans me sont tombés des mains, impossible de m’intéresser à quoi que ce soit. J’ai même abandonné le roman Neverhome de Laird Hunt qui n’a pas réussi à m’émouvoir une seule seconde. Bref ! J’ai traversé une période noire. Heureusement que j’avais des BD !

Et puis, ma médiathèque proposant des livres numériques (téléchargeables de chez moi), j’ai feuilleté leur catalogue et ai arrêté mon choix sur Ada, me rappelant que Keisha avait adoré et vouait à cet auteur une admiration sans bornes.

J’ai su dès les premières lignes que ce livre allait me plaire ! Résultat : j’ai remis à plus tard des tas de choses et j’ai passé une nuit presque blanche.

Que raconte ce roman ? Est-il besoin d’en parler ? Là, j’imagine Luocine fulminant, « bien sûr qu’il faut raconter ! » Oui, mais tu l’as lu ce roman et tu l’as aimé ! Alors ? Je dirai simplement que c’est l’histoire d’un policier qui enquête sur la disparition d’une AI (intelligence artificielle). Evidemment, dit comme ça, ça n’a pas grand intérêt. D’autant plus que je ne lis quasiment jamais de livres policiers et si, en plus, on me parle d’intelligence artificielle, forcément, je vais me sentir bête, tellement peu scientifique dans l’âme.

Alors, pourquoi ce livre m’a-t-il séduite ?

Tout d’abord, le policier est presque aussi inculte que moi en matière d’informatique (non, plus que moi !). J’ai donc tout compris (ou presque). Et puis, j’ai beaucoup apprécié l’humour. Humour dû au décalage entre la vision d’une machine et celle d’un humain, humour du personnage principal et autodérision de l’auteur.

Et surtout bien plus qu’une enquête policière, ce texte est avant tout une réflexion sur l’avenir de notre société économico-policito-informatico-littéraire.  Et si tous les articles de journaux, tous les commentaires n’étaient plus l’œuvre d’un homme ou d’une femme mais d’une intelligence artificielle ? La machine dépassera-t-elle l’homme ? De nombreuses références sont faites à Asimov avec son cycle sur les robots. De vraies questions sont posées qu’il ne faut pas ignorer. Qu’on le veuille ou non, nous allons vers une société de plus en plus informatisée. Ce matin encore, j’entendais à la radio que les traders tendaient à disparaître, les robots faisant le travail à leur place.

Certains passages sont succulents comme celui de la création d’haïkus en direct ou encore la critique du roman écrit par Ada. Et oui, j’avais omis de vous dire qu’Ada a été programmée pour écrire des romans à l’eau de rose, style Harlequin.

Antoine Bello défend dans ce livre le goût des mots, de la langue, s’érige contre les clichés qui abreuvent certains genres littéraires et ne se gêne pas pour se jouer de son lecteur.

Un roman captivant, intelligent et peut-être un peu inquiétant…

Ce livre m’a rappelé l’excellent film Her.

Luocine, Keisha, et Nicole ont aimé.

 

Sweet tooth, des BD de Jeff Lemire

sweet-toothSweet tooth

Scénario et dessins de Jeff Lemire

Couleurs de José Villarrubia

Edité par Urban Comics

Collection Vertigo

De décembre 2015 à décembre 2016

 

 

 

Quelle série ! Repérée sur le blog de Mo (Bar à BD), je l’ai achetée, les yeux fermés. Et j’aurais eu tort de ne pas le faire. Trois gros volumes avalés en deux jours.

Série post-apocalyptique. La maladie a ravagé la Terre et les enfants nés après le début de cette pandémie sont des hybrides. La race humaine disparaît peu à peu pour laisser la place à des êtres mi-humains, mi-animaux. Inévitablement, les hommes (par qui tout est arrivé) dévoilent ce qu’ils ont de plus terrible en eux, leur cruauté n’a d’égale que leur bêtise (même si leur peur de disparaître explique leur comportement). On suit deux personnages principaux : Jepperd, un homme mystérieux qui n’hésite pas à tuer, et Gus le jeune hybride, innocent, dont le père vient de mourir. Au fur et à mesure d’autres personnages les rejoignent, les aident ou au contraire les combattent. Des personnages secondaires souvent aussi attachants que les principaux et qui prennent de plus en plus de densité au fil des épisodes.

Dès le premier gros volume, on est ferré. Cette histoire de gamin mi-humain, mi-animal, est tout à fait fascinante. On veut savoir ce qui est à l’origine de l’épidémie, mais surtout on veut savoir qui est qui. Cet homme est-il mauvais ? Ou derrière sa carapace de gros dur, y a-t-il un être au cœur tendre ? Cet autre homme a l’air sympathique mais que cache-t-il réellement ?

Le lecteur est sacrément malmené dans ce premier ouvrage, on pense que tel personnage est plutôt amical et on se rend compte quelques épisodes plus tard qu’il n’en est rien et inversement, celui qui parait faire partie des bons gros méchants ne l’est pas tant que ça. L’auteur nous retourne comme des crêpes. Et on aime ça !

Le dessin est extraordinaire, les visages des personnages sont particulièrement réussis et expressifs. Et les scènes les plus violentes, avec le sang qui gicle, les os qui se rompent, les balles qui transpercent, sont criantes de réalisme. Âmes sensibles s’abstenir !

Le dessin est différent dans les flash-back. Les couleurs plus pâles. Les visages moins marqués. Comme dans les souvenirs.

Série qui aborde des thèmes aussi divers que l’amitié qui lie deux êtres aussi différents soient-ils, l’influence qu’ils exercent l’un sur l’autre, et puis bien sûr, le mal que l’homme peut faire à la nature, et donc à lui-même, les scientifiques qui se prennent pour des dieux et qui expérimentent sans penser aux éventuelles conséquences…

Et cerise sur le gâteau : ces gros volumes contiennent aussi une interview  de Jeff Lemire, des dessins, des croquis, des ébauches. C’est un véritable joyau.

 

 

 

Villa des femmes de Charif Majdalani

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Villa des femmes

Ecrit par Charif Majdalani

Edité au Seuil en août 2015

279 pages

 

 

 

 

 

Dans le Liban des années soixante et soixante-dix, Skandar Hayek règne sur ses terres, ses usines et sa famille jusqu’au jour fatidique. Trois femmes Mado, Marie et Karine (sœur, femme et fille de Skandar) vont jouer un rôle important dans l’histoire du clan Hayek, chacune à leur manière.

Cette histoire nous est contée par le chauffeur de Skandar qui, bien sûr, ne pourra nous relater que les événements qu’il a connus, vus ou qui lui auront été rapportés. C’est le témoin discret de la grandeur et de la déchéance de cette famille. Il nous raconte dans une langue chantante et agréable la grande Histoire étroitement mêlée à celle plus singulière des Hayek. Il nous emmène dans un tourbillon de mots au sein des rivalités, des intrigues familiales avec un naturel incroyable.

L’originalité de cette narration c’est qu’on ne peut pas tout savoir, tout connaître, puisque notre narrateur n’est pas omniscient. Nul dialogue, tout est rapporté, et pourtant, l’on ne s’ennuie pas une seconde.

En revanche, si on veut en savoir un peu plus sur la guerre du Liban, ce n’est pas dans ce roman qu’on va trouver des réponses.

 

Le billet de la tentatrice Luocine.

La la land, the film !

lalalandLa la land

Réalisé par Damien Chazelle

Sorti le 25 janvier 2017

Acteurs : Emma Stone, Ryan Gosling, J.K. Simmons

 

 

 

 

 

Contre toute attente, j’ai adoré ce film ! Je ne suis pourtant pas fan des comédies musicales. Mais là, j’ai passé un moment très agréable, voire plus ! Ca, c’est dit !

Je n’en connaissais pas le sujet, bah oui, malgré le tapage médiatique ! Ce n’est pas que j’habite sur une autre planète, c’est que mes oreilles se ferment dès que quelqu’un se met à raconter l’histoire d’un film comme d’un livre que j’ai envie de voir ou de lire !

La première scène, magistrale, m’a entraînée au cœur du film sans crier gare, et pas une minute je ne me suis ennuyée. Dès les premières secondes, mes petits yeux se sont écarquillés, mes papilles se sont délectées, mes oreilles se sont grande ouvertes. Ici j’appréciais les lumières, là, un dialogue, là, l’apparition du héros de Whiplash (J.K Simmons), là, un décor, ici encore la musique… C’est bien simple, j’en aurais bien repris pour quelques minutes encore.

Une mention spéciale à l’actrice Emma Stone, extraordinaire. Elle joue juste, elle joue très bien, elle est parfaite !

C’est un film qui fait du bien, qui ressource, un film réalisé avec brio, un film qui mérite les louanges qu’il a reçues. Ce metteur en scène est un virtuose qui sait filmer la musique, qui sait filmer, tout court !

Et puis cerise sur le gâteau, pour moi, la fin est celle que j’espérais ! Je déteste les films qui finissent trop bien, trop « bonbon rose » et là rien de tout ça, mais autre chose, et vraiment réussi ! Une fin dans laquelle je me suis complètement retrouvée, une fin originale et juste. (Encore cet adjectif ! A croire que je manque de vocabulaire.)

En fait, je me rends compte que ma vision du film est totalement subjective. J’ai adoré parce que j’étais bien disposée, bien dans ma tête et dans ma peau, avec une envie de le voir sans aucune attente particulière. J’avais adoré Whiplash mais cela n’a pas été un frein, au contraire, j’ai été ravie lorsque J.K Simmons est apparu à l’écran ! Et le dialogue entre les deux acteurs, à ce moment-là, est succulent et drôle.

Un bon grand film dans lequel on glisse comme dans un pyjama confortable !

 

Ameni ne sait pas s’il a aimé, Dasola n’a pas été emballée plus que ça, Chris a adoré.