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L’homme qui s’envola d’Antoine Bello

L’homme qui s’envola

Ecrit par Antoine Bello

Publié chez Gallimard

Le 4 mai 2017

317 pages

 

 

 

 

« Walker détestait sa vie.

Son temps lui échappait. »

Alors, il décide de disparaître et orchestre sa mort. Mais un homme va très vite avoir la conviction qu’il est toujours en vie, un maître es-disparitions et va alors s’engager une course poursuite entre les deux hommes. L’un va traquer l’autre jusqu’à ce qu’un retournement de situation échange les rôles.

J’ai eu du mal à entrer le roman, j’ai trouvé la première partie longue et pas passionnante. Heureusement, l’entrée en scène de Nick Shepherd  apporte un peu de piment à l’affaire.  A partir de là, les pages ont défilé à toute allure, l’intérêt était relancé.

Mais je dois avouer, au grand dam de toutes les fans de cet auteur et de tous ceux et celles qui ont adoré ce dernier roman, que je suis un peu déçue de ma lecture. J’avais énormément apprécié Ada, j’avais d’ailleurs découvert l’auteur avec ce titre, mais là, je n’ai pas eu le même engouement.  L’écriture ne m’a pas emballée plus que ça (surtout celle de la première partie), l’histoire n’a commencé à m’intéresser qu’à la moitié du livre (un peu tard à mon gré).

A partir de la seconde partie, la narration à trois voix permet au lecteur d’avoir une vision omnisciente de l’histoire, le point de vue de l’un puis de l’autre, leur façon différente de relater un même événement, cela donne de la vivacité au texte, le ton est plus alerte et l’intérêt du lecteur grandit. A quelques pages de la fin, on redoute le pire… un dernier suspense nous tient en haleine…  Mais la morale finale est sage, trop sage à mon gré… et cette happy end me laisse un goût de doux-amer. Mais, paradoxalement, je la comprends aussi et une petite part de moi-même l’espérait. Je suis tout en contradictions !

Dans ce roman, Antoine Bello pose la question de l’existence. A quoi servons-nous ? Dans quel but vivons-nous ? Qu’est-ce que la liberté ?

 

Numéro 11 de Jonathan Coe

Numéro 11, quelques contes sur la folie des temps

Ecrit par Jonathan Coe

Traduit de l’anglais par Josée Kamoun

Edité par Gallimard

Paru en octobre 2016

443 pages

 

 

 

Cela fait trois fois que je recommence cet article, incapable que je suis de mettre des mots sur cette lecture qui m’a pourtant séduite. Mais que m’arrive-t-il ? Comment vous donner envie de lire ce dernier roman de Jonathan Coe ?

Je pourrais dire :

Si vous avez aimé Testament à l’anglaise (son meilleur à ce jour !) avec l’affreuse famille Winshaw, dont les membres sont toujours aussi malveillants,

Si vous aimez quand Jonathan Coe se livre à une satire politique et sociale, quand il décortique les dessous pas bien propres d’une société qui exalte le paraître au détriment de l’être et de l’humain,

Si vous aimez l’art de narrer de l’auteur, toujours aussi fort dans la construction de son roman (ici le point d’ancrage des différentes parties est le numéro 11),

Si vous aimez que l’on frise avec le fantastique,

Si vous aimez avoir l’impression de lire des nouvelles alors qu’en fait l’auteur orchestre une narration plus magistrale,

Bref ! Si vous aimez Jonathan Coe et si vous me faites confiance, lisez son dernier roman avec avidité et prenez le temps d’observer la couverture insolite, elle est le reflet du contenu.

Ces mots qui font frémir, prononcés par un personnage puant :

« – Le bon peuple se prépare à monter des barricades, il astique la guillotine ? Je n’en crois rien. Qu’on lui donne assez de barquettes cuisinées et de soirées télé à regarder des célébrités se faire humilier dans la jungle, vous verrez qu’il ne voudra même plus quitter son canapé, le peuple. Bien sûr que non, la loi ne va pas changer à brève échéance. »

 

 

Romain Gary s’en va-t-en guerre de Laurent Seksik

Romain Gary s’en va-t-en guerre

Ecrit par Laurent Seksik

Edité par Flammarion

En 2017

228 pages

 

 

 

 

Ce roman aurait aussi pu s’appeler Vingt-quatre heures de la vie de Romain Gary ou encore Vingt-quatre heures de la vie d’un jeune juif dans le ghetto de Wilno.

Parce que, sérieusement, qu’il s’agisse de Romain Gary ou d’un autre enfant juif, le livre n’aurait pas été très différent.

Laurent Seksik écrit bien, on suit ces vingt-quatre heures avec intérêt mais sans passion, on souligne certains passages plus littéraires, mais on ne lit pas une biographie romancée (Il y a erreur sur la marchandise). En tout cas, je n’ai pas eu cette impression. D’abord, parce que nous n’apprenons rien sur Romain Gary d’essentiel pour son œuvre future, et ensuite, parce que l’événement raconté n’est qu’anecdotique et très restreint dans le temps. Bref ! Je n’ai pas compris l’intention de l’auteur, je crois.

Ce rapport au père absent est-il important dans son œuvre littéraire ? Le mensonge, la trahison se retrouvent-ils dans ses écrits ? Je crois que la figure de la mère est présente dans le roman que je dois relire de lui (La promesse de l’aube) mais celle du père ?

On ne s’ennuie pas, on lit un énième roman sur les ghettos mais… on reste sur sa faim. En fait, changeons le titre, ne faisons pas référence à Romain Gary, et ce livre deviendra un honnête roman.

 

Quand on n’a que l’humour… d’Amélie Antoine

Quand on n’a que l’humour…

Ecrit par Amélie Antoine

Publié par Michel Lafon

Le 4 mai 2017

418 pages

 

 

 

 

J’adoooorrre les blogs ! J’ai acheté ce livre grâce au billet enthousiaste de Stephie. Et je l’en remercie.

Quel livre sympathique !

Ces derniers temps, je n’arrivais plus à lire, obnubilée par le travail, débordée par le jardin, et les quelques livres que je prenais en main en tombaient très vite. Ennui, désintéressement (y compris pour des livres recommandés par tous les blogs !!!). Bref ! Très mauvaise période.

Et puis ce roman… que j’ai avalé en deux jours, peinant à le poser et négligeant le jardin (je ne vous dis pas comme l’herbe en a grassement profité !).

Alors, ce roman ?

C’est l’histoire d’un type, humoriste de talent,  reconnu du public, de la critique, de tous, sauf… de son fils. Et c’est bien là le problème.

Ce roman aurait pu être mièvre avec un tel sujet ! Que nenni !

Le style est alerte, enlevé, et l’auteure rend intelligemment compte  et avec justesse des émotions et des sentiments humains. La construction en deux parties est excellente. Et dans la première partie, cette manière de passer d’un chapitre à l’autre, incite le lecteur à imbriquer les périodes les unes dans les autres, à entrelacer les liens, à croiser les regards.

On n’évite pas quelques clichés mais on les oublie très vite, tellement le plaisir de lire est grand. Et puis surtout, on évite une fin grotesque (ça aurait pu…) ou trop gentillette (ça aurait pu aussi…).

Non, vraiment, si vous voulez passer un excellent moment de lecture sans vous prendre la tête, n’hésitez plus, laissez-vous emporter par ce roman. Mais surtout, surtout, fuyez les critiques qui en diront trop !

 

Je ne connaissais pas du tout l’auteure et n’avais jamais entendu parler de son apparemment célèbre Fidèle au poste.

 

« Bien sûr, il s’est égaré, il s’est perdu en chemin puisqu’on ne prend conscience de son bonheur qu’après l’avoir méprisé, qu’après l’avoir piétiné pour chercher quelque chose d’autre, plus haut, plus loin, toujours un peu plus loin, parce que rien ne semble jamais suffisant. »

« A force de ne jamais être là, tu ne me manques plus. »

 

 

Cinéma de Tanguy Viel

Cinéma

Ecrit par Tanguy Viel

Paru aux éditions de Minuit en 1999

122 pages

 

 

 

 

 

Lorsque je suis allée écouter Tanguy Viel à Poitiers en mars dernier, j’ai acheté trois romans de lui que je n’avais pas lus, dont celui-ci…

 

Quel livre ! J’ai été bluffée du début à la fin. Ce texte est un OLNI (objet littéraire non identifié) !  Le narrateur ne parle que d’un film et un seul, Sleuth de Mankiewicz (Le limier en version française), il l’analyse, le décortique, en montre toutes les ficelles, les subtilités, avec le ton du fan absolu, de celui qui ne peut garder pour ami quiconque n’aura pas trouvé ce film formidable. Il l’a vu des dizaines de fois en en découvrant chaque fois un détail nouveau. C’est une obsession.

Ce film, je suis sûre que je l’ai vu lorsque j’étais très jeune, des images me sont revenues à la lecture du livre de Tanguy Viel mais bien sûr, je ne m’en souvenais pas suffisamment. Cependant, il n’est absolument pas nécessaire de connaître le film, le narrateur en parle avec tellement de chaleur, de détails, de persuasion, de virtuosité qu’on a l’impression de voir le film. Et paradoxalement, ce livre n’est qu’un apéritif, parce que les mots ne sont pas les images et qu’ils ne donnent qu’une interprétation de la mise en scène. Alors, une fois le livre refermé, on se demande bien où on va pouvoir trouver ce film en version originale bien sûr !

Ce petit livre est un chef d’œuvre d’intelligence parce qu’il est capable d’emporter le lecteur dans cette folie obsessionnelle sans être nullement ennuyeux. Et je confirme mon attachement pour la folle écriture  de cet auteur. Le pouvoir des mots est puissant et décidément les phrases longues aux nombreuses incises me ravissent.

« Aussi, la plupart du temps, je vends la mèche dès le départ, dès que l’inspecteur Doppler sonne à la porte, je mets l’image sur pause et je dis très vite : c’est Tindle qui n’est pas mort parce que la balle était à blanc. C’est le seul moyen pour qu’ils finissent par mettre une couleur sur chaque objet, et un sourire sur chacune de leurs lèvres, sans toujours penser aux coups de théâtre, alors ils peuvent sentir un peu mieux comment les deux personnages tombent dans le vide, et s’entraînent lentement dans leur chute, si lentement. »

A la lecture de ce passage, Luocine, j’ai pensé très fort à toi et à ta façon de lire les livres et… j’ai souri.

 

Les pêcheurs de Chigozie Obioma

Les pêcheurs

Ecrit par Chigozie Obioma

Traduit de l’anglais (Nigeria)  par Serge Chauvin

Editions de l’olivier

Paru en 2016

296 pages

 

 

 

Ben, le narrateur (10 ans au moment des événements), nous raconte la tragédie qui a touché sa famille. Un jour, près du redoutable fleuve Omi-Ala,  Abulu, le fou du village, lance une prophétie sur un des fils de la famille. La vie de ces garçons et de leurs parents ne sera plus jamais la même après cela.

Voilà un roman que j’ai savouré. J’ai pris mon temps pour le lire, pour déguster sa langue imagée, pour m’arrêter sur certains passages.  J’étais au Nigeria dans le village d’Akure avec Ben et ses frères et sans aucune envie de les quitter.

Et pourtant, on suit, atterré, cette descente aux enfers, cette fuite en avant vers l’inéluctable. C’est à la fois, terrible et fascinant. L’écriture y est pour beaucoup. Les croyances et les superstitions se mêlent au réalisme politique et nous livrent un tableau haut en couleurs de ce pays maltraité par des dirigeants véreux et affaibli  par des guerres civiles. L’auteur est un véritable conteur, par la voix de son narrateur. Il nous transporte, nous émeut, nous fait sourire, nous glace, nous horrifie, nous saisit et ne nous lâche pas une seule seconde.

Et si l’écriture m’a subjuguée à ce point, c’est sans doute aussi grâce au talent du traducteur (on ne le souligne jamais assez).

Un premier roman à lire de toute urgence !

« Et, à l’aube, quand la ville se fut allongée dans le sommeil, quand le calme eut reconquis les rues, quand le ciel fut silencieux, l’église déserte, les poissons du fleuve assoupis, quand un vent marmonnant ébouriffa la fourrure de la nuit, quand notre père fut endormi dans le grand fauteuil et notre mère, dans sa chambre avec les deux petits, mon frère franchit de nouveau le portail, et le rideau se referma derrière lui. Alors l’aube, balai infernal, dispersa les débris de la fête – la paix qu’elle apportait, le soulagement et même l’amour sincère – comme autant de confettis jonchant le sol à la fin d’une soirée. »

 

 

Dans une coque de noix de Ian Mc Ewan

Dans une coque de noix

Ecrit par Ian Mc Ewan

Traduit de l’anglais par France Camus-Pichon

Edité par Gallimard

Paru en avril 2017

212 pages

 

 

 

Ian Mc Ewan ose tout ! Le narrateur de son nouveau roman est un fœtus ! Mais jusqu’où ira-t-il ? Et figurez-vous qu’il réussit le pari incroyable de rendre crédible son histoire ! Si, si ! Et pourtant… Ce n’était pas gagné. Lorsque j’ai lu la quatrième de couverture, j’ai failli reposer le livre et puis… Ian Mc Ewan quand même !!!

Le fœtus en sait autant que les œnologues sur les différents cépages de vin, sa mère buvant allègrement malgré sa grossesse. Sa culture et sa connaissance de la situation politique mondiale est mille fois plus étendue que celle d’un électeur français. La situation est cocasse mais le lecteur y adhère sans difficulté parce qu’on sent que l’auteur joue et s’amuse.

Une réécriture d’Hamlet, dixit l’éditeur. Je n’ai jamais lu Shakespeare (je sais, je sais, c’est une grave lacune) mais ce que je peux dire c’est que je me suis bien amusée à lire ce roman qui est à la fois une critique acerbe de notre société actuelle et un amusant thriller.

Le fœtus assiste, impuissant mais non sans nous livrer les fruits de ses réflexions, au complot ourdi par sa mère et son oncle pour se débarrasser de son père et sa vengeance n’en sera que plus… amusante.

Ce n’est pas le roman le plus profond de l’auteur mais il a le mérite de faire sourire son lecteur et de nos jours, on prend ce cadeau.

 

Tout le monde ne sait pas quel effet ça fait, d’avoir le pénis du rival de votre père à quelques centimètres de votre nez. Si tard dans la grossesse, ils devraient refréner leurs élans par égard pour moi. La courtoisie, à défaut de discernement médical, l’exige. Je ferme les yeux, serre les gencives, me recroqueville contre la paroi utérine. Ces turbulences arracheraient les ailes d’un Boeing.

Nous partageons avec Nicole l’avis et la citation !!!