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14 juillet d’Eric Vuillard

14 juillet

Eric Vuillard

Actes sud

17 août 2016

208 pages

Lu sur liseuse

 

 

 

Je ne vais pas me faire des amis avec cet article. Amis blogueurs et amies blogueuses  qui avez adoré ce livre, passez votre chemin, ne lisez pas mon article, il va vous énerver !

Voilà encore une fois un grand moment de solitude. Un livre encensé, un auteur récemment récompensé et pour ma part, une lecture en demi-teinte. Je m’explique.

Quand mon avis sur un livre ne rejoint pas celui de la majorité, j’hésite souvent à écrire une bafouille. Je me sens bien peu de chose pour oser avouer que je suis restée de marbre devant le style inimitable de cet auteur. Et pourtant, le flot d’énumérations a eu raison de ma patience, mon agacement n’a cessé de croître et même si j’ai apprécié certaines tournures, certains bons mots, la vision originale de cette révolution, je suis restée globalement en marge, en retrait, à des kilomètres du propos.

L’originalité de ce texte, c’est l’angle de vue. L’auteur souhaite nous plonger dans la foule, ces anonymes qui ont fait cette révolution, loin des noms célèbres, des événements battus et rebattus. Il focalise sur les héros du peuple, les petites gens qui deviendront des personnages de légende, et les hommes et les femmes du peuple qui, resteront anonymes mais à qui il rend leur heure de gloire.

Malheureusement, cela n’a pas fonctionné avec moi. J’ai apprécié un chapitre sur Paris, la ville, qui s’étale, s’étend et gonfle. J’ai trouvé le texte sublime. Et puis paf ! Tout est retombé comme un soufflé au chapitre suivant sur la foule, chapitre dans lequel l’auteur s’est déchaîné, avec ses énumérations en pagaille, les noms, les âges, les métiers, même si je comprends ce qu’Eric Vuillard a voulu faire, cela m’a assommée. J’ai aimé tel ou tel passage mais c’était très vite gâché par les phrases qui suivaient.

L’auteur a voulu mettre la lumière sur les petits, les démunis, ceux qui vivent de rien mais qui ont, malgré tout,  marqué l’Histoire le 14 juillet 1 789. C’est pourquoi, il ébauche des vies, il évoque de brefs destins. Mais c’est aussi pourquoi, il enfonce  des portes ouvertes. « Certaines vies comptaient donc davantage que d’autres. » Bah oui, ce n’est pas nouveau et la mort d’un ouvrier comptera toujours moins que la mort d’un homme politique ou de nos jours que celle d’un artiste.

Néanmoins, j’ai apprécié les brèves incursions de l’auteur dans son récit, pour donner son avis, pour souligner un fait. Pour conclure, certaines choses m’ont plu, d’autres au contraire, m’ont ennuyée. J’hésite beaucoup à lire le livre qui lui a valu de recevoir le prix Goncourt 2017.

 

 

 

 

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Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer

Ces rêves qu’on piétine

Sébastien Spitzer

Les éditions de l’observatoire

Août 2017

305 pages

 

« Pour survivre, il faut s’oublier. »

 

 

Et non ce n’est pas un xième roman sur la seconde guerre mondiale. C’est une vision à la fois différente et familière, c’est un regard neuf, des mots choisis, c’est très documenté et librement adapté, les personnages nous emmènent dans leur sillage avec détermination.

J’ai aimé cette construction qui alterne chapitres centrés sur la glaciale Magda Goebbels dans le bunker, chapitres centrés sur ces Juifs qui fuient l’horrible brasier de la grange de Gardelegen, et ces lettres totalement fictives d’un père adoptif à sa fille.

Ces lettres seront le lien entre tous les personnages, entre l’histoire et l’Histoire, des lettres qui sont le fil conducteur du roman.

Car le véritable héros de ce roman est bien Richard Friedländer, un héros discret et malheureux  qui sème dans ses lettres des parcelles d’émotion incroyables.

Un premier roman très réussi.

 

« C’est la peur qui fait mal. La peur que la mort prenne son temps. »

 

J’ai acheté ce roman suite à l’article de Jérôme Jostein, H-Ch Dahlem, Alex, Estellecalim, a girl from earth ont aimé aussi.

 

Le garçon de Marcus Malte

Le garçon

Marcus Malte

Zulma

18 août 2016

535 pages

 

Le garçon n’a pas de nom. Le garçon naît une seconde fois à la mort de sa mère lorsqu’il part à la découverte du monde qui l’entoure et surtout des hommes qu’il n’a jamais rencontrés auparavant. Le garçon ne parle pas. Le lecteur ne sait jamais ce que pense le garçon, il reste un personnage mystérieux, mutique mais  ô combien attachant. Ses actes parlent pour lui. Les personnages qui jalonnent son chemin sont autant de témoins de son parcours atypique. Ils ne sont pas de simples esquisses mais des êtres de chair, au caractère bien trempé, trempé dans l’encre d’un auteur talentueux.

Ce roman déroule trente ans de la vie du garçon, de 1908 à 1938, une guerre, un amour, des rencontres essentielles, tout ça narré par un écrivain hors norme. De nombreuses références littéraires émaillent ce roman (dont Green, mon poème préféré de Verlaine !) et contribuent, s’il en était besoin, à la richesse du roman. L’histoire du garçon s’inscrit dans la grande Histoire (avec des pages fort intéressantes sur les événements survenus certaines années), il en est un des acteurs entre 1914 et 1916.

La langue de Marcus Malte est aussi sensuelle que rude et âpre, poésie et réalisme cru se côtoient avec naturel. Grâce à un style impeccable, un rythme qui alterne des phrases longues et haletantes quand elles traduisent de l’anxiété, des phrases langoureuses pour le temps de l’amour charnel, des phrases courtes et sèches quand elles évoquent la mort, la guerre, grâce aux mots choisis avec soin, aux images poétiques, ce roman m’a complètement séduite.

C’est un roman qu’on lit avec délectation, qu’on rechigne à quitter et qu’une fois la dernière page refermée, on regrette d’avoir lu parce qu’il ne sera plus à découvrir et on jalouse le lecteur qui ne l’a pas encore ouvert.

Oserais-je dire que ce garçon-là m’a donné du plaisir…

 

« Votre peuple n’est constitué que de valets et de maîtres, d’une grande quantité de valets et d’une petite poignée de maîtres, d’une infinité de valets, pour un unique maître au final, chaque valet aspirant de tout son cœur et de toute son âme à passer maître à son tour, mais chaque maître étant en réalité le valet d’un autre maître encore plus important que lui […] Le cycle se poursuivra et la cohorte des valets se perpétuera. Parce que ce qui fait un valet ce n’est pas son maître, ce qui fait un valet c’est son désir de devenir maître. Cela et rien d’autre. Tuer le maître ne serait donc d’aucune utilité, ce qu’il faut c’est tuer, c’est éradiquer le désir de l’être. »

 

« Le rituel veut qu’elle lui tende d’abord le volume choisi. Il le prend. Il en effleure, en caresse les deux faces, dessous, et la tranche au milieu qui les sépare et qui les lie. Ses gestes ont la douceur des prémices et la solennité des sacrements. Elle ne le quitte pas des yeux. Ensuite il y plonge le nez. Pour mieux dire, il le porte à l’orée de ses narines et l’ouvre, l’évente délicatement et respire, hume, s’imprègne des senteurs d’encre et de papier et peut-être, qui sait, du parfum même des mots. Il referme le livre et le tient encore un moment dans ses mains serré. Puis le lui rend. Elle s’en saisit. »

 

 

Un article pour ne pas dire grand-chose

Impossible en ce moment d’écrire des articles construits, détaillés et intelligents. Je ne vais donc livrer ici que des ressentis succincts de lecture, histoire de dire que je ne laisse pas tomber les chroniques.

 

J’ai lu La Tresse cet été, et j’ai été déçue. J’avais lu de nombreuses, trop nombreuses critiques élogieuses et j’ai longtemps hésité à livrer ma propre opinion parce qu’elle va à l’encontre des avis déjà donnés. J’ai trouvé ce roman rempli de clichés sur la femme, j’ai trouvé la fin tirée par les cheveux (c’est le cas de le dire), je l’ai lu rapidement sans déplaisir mais sans être séduite.

 

 

J’ai lu Luwak suite à l’article de Kathel, je ne sais quoi en dire. C’était agréable à lire, sans plus. On suit le parcours de cet homme ordinaire avec plaisir, on comprend son passage à vide, son envie d’un « hapax existentiel » mais son histoire de luwak et cette jolie fin heureuse m’a laissée sur le carreau. J’ai apprécié en revanche l’écriture douce-amère.

 

 

 

La BD de Zidrou et Monin, L’adoption, m’a laissée perplexe. En fait, je n’aime pas tout ce que fait Zidrou, je trouve que bien souvent il navigue sur le fil entre beau scénario sympa et gentil scénario qui verse parfois dans la mièvrerie. Ici, ça penche plutôt vers le second type de scénario, l’histoire de ce grand-père qui se fait apprivoiser par la gentille petite fille venue d’ailleurs, c’est du déjà vu, c’est gentillet. Heureusement, il sauve le tout avec la surprenante fin. Lirai-je le second tome, je ne sais pas.

 

J’ai enchaîné ensuite avec Bouffon, et là j’ai retrouvé le Zidrou que j’aime. Cynique et caustique. Une histoire passionnante, étonnante avec un brin de cruauté, dans un monde difficile au Moyen-âge. J’ai adoré.

 

 

 

 

Comment vivre en héros ? de Fabrice Humbert

Comment vivre en héros ?

Fabrice Humbert

Gallimard

17 août 2017

410 pages

 

 

 

 

Tristan Rivière fuit à 16 ans en abandonnant son entraîneur de boxe, qui se fait tabasser par trois hommes et un poing américain. Dès lors, il devient Tristan le lâche. Dix ans après, il va devenir Tristan le héros puisqu’il va sauver sa future femme agressée par une bande de jeunes dans le métro.

Fabrice Humbert s’amuse à nous présenter plusieurs vies de Tristan, et le lecteur s’amuse à les lire. Le ton est alerte, l’humour est présent. Trente-huit secondes, il a fallu trente-huit secondes à Tristan pour convoquer sa vie, pour la rendre captivante mais il n’en sera pas ainsi à chaque épreuve.

Car ce héros n’en est pas un, il est un homme comme les autres avec ses faiblesses, ses petites lâchetés, ses décisions unilatérales qui vont détruire son couple, son manque de communication avec ses enfants, sa fatuité parfois.

Si j’ai lu les cent premières pages avec enthousiasme, si elles m’ont surprise, amusée, c’est un peu moins vrai pour la suite. J’ai trouvé le roman très inégal et trop éparpillé.  La peinture du socialisme des années Mitterrand et Rocard, est caustique à souhait, ce qui est plutôt un bon point. Mais je me suis essoufflée en même temps que les personnages, surtout lorsque Tristan est devenu maire de Vinteuil et a laissé partir à vau-l’eau sa famille. La dernière partie avec la création de l’usine (boite branchée à la mode) par la fille de Tristan a achevé de m’ennuyer.

C’est donc une lecture en dents de scie, parfois grinçante, parfois plaisante, parfois gentiment soporifique, parfois drôle, parfois caustique, j’ai beaucoup de mal à expliquer pourquoi ce livre, au final, me laisse un goût étrange de pas assez. Je crois que j’aurais préféré que l’auteur creuse davantage la piste des possibles, des différentes vies hypothétiques.

Ne se demande-t-on pas nous-mêmes, parfois, quelle aurait été notre vie si nous avions pris une autre décision (rupture amoureuse, parcours professionnel, amitiés) ? Et l’écrivain, n’est-il pas sans cesse dans cette incertitude, les choix narratifs se posant constamment à lui.

Je n’ai pas retrouvé le souffle et la puissance des deux autres titres que j’avais lus : L’origine de la violence et Avant la chute. Ce titre m’a semblé plus anecdotique, j’ai eu l’impression qu’il survolait son sujet sans jamais se poser et approfondir le propos. Peut-être parce qu’il y a trop d’événements (« too much » pour certains comme le destin du fils), peut-être parce que, finalement, il ne répond pas à la question du titre.

 

D’où viens-tu Petit Sabre ? Qui es-tu Morille ?

 

Ecrit par Hélène Vignal

Collection Boomerang

Rouergue

janvier 2016

 

 

 

 

Quelle excellente idée de mettre en musique et en scène cette histoire de Petit Sabre et Morille ! (J’ai déjà parlé de ce petit livre jeunesse ici).

D’abord parce que c’est une bien belle histoire, très bien écrite, comme tous les textes d’Hélène Vignal et ensuite parce que le conte musical qui en a été tiré avec la complicité du musicien Paul Paitel est une réussite.

 

J’ai passé un moment délicieux, samedi après-midi à la médiathèque de Poitiers. Je me sentais l’âme d’une enfant, je buvais les paroles de la conteuse (l’auteure elle-même), je jubilais devant les sons produits par les différents instruments, je prenais plaisir à écouter chanter ou jouer Paul.

 

 

Le musicien utilise des instruments de percussion pour illustrer le récit d’un bruitage, accompagne parfois le texte d’une mélodie à la flûte traversière, ou au piano, intervient en jouant plusieurs personnages (fort bien d’ailleurs). On ne s’ennuie jamais, on s’étonne toujours, le texte a été mis en valeur avec talent. C’est doux, c’est beau.

 

 

Ce spectacle convient parfaitement à tous les enfants à partir de 6 ans et aux adultes qui aiment encore être émerveillés. Chacun y trouvera quelque chose à sa portée (aussi bien dans le texte lui-même que dans le jeu, que dans la musique). Parfait pour un spectacle à offrir aux élèves d’une école !

 

 

Tout sur le zéro de Pierre Bordage

Tout sur le zéro

Pierre Bordage

Au diable Vauvert

Septembre 2017

264 pages

 

 

 

 

Ce roman, c’est la folie du jeu, le casino, la roulette qui emporte tout sur son passage, les espoirs et les désespoirs, les gains et les pertes.

Je ne connaissais Pierre Bordage que de nom, un auteur de romans de science-fiction, un genre que je lis peu. Mais ici, il quitte son domaine de prédilection pour le roman plus social, plus ancré dans la réalité.

J’ai découvert un écrivain avec un style particulier, chaque chapitre est une longue phrase, ponctuée seulement de virgules (des points ne feraient pas le même effet), avec laquelle le lecteur voyage, navigue, au gré des mots et des idées, des jeux de mots et des énumérations. Cette logorrhée verbale (c’est l’effet que donne cette absence de points) m’a emportée dans son tourbillon de mots et du jeu, avec facilité, je n’ai opposé nulle résistance, je me suis laissé faire.

J’ai été moins emballée par les passages dialogués (toujours sans ponctuation), que j’ai trouvés souvent (pas toujours) factices, artificiels et même parfois peu crédibles.

Une histoire ? Non. Des histoires qui se croisent, des personnages qui se cherchent, fragiles, malheureux, qui souffrent et qui trouvent dans le jeu, une respiration, un bol d’air qui peut tout aussi bien les faire plonger. Un moment de leur vie où ils ressentent vraiment quelque chose, où le verbe vivre, est proche du verbe vibrer, loin des tracas, d’une vie morne et sans intérêt, loin du deuil.

On sent et ressent beaucoup de justesse dans ce que nous livre Pierre Bordage sur ces personnes addictes au jeu. Mais, on aurait aimé, ou plutôt j’aurais aimé, un peu plus de profondeur dans le propos, dans l’histoire, plus de réflexions, plus de corps. J’ai passé un bon moment de lecture, j’ai même vraiment apprécié certains passages, mais je reste aussi un peu sur ma faim.