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Hubert, une BD de Ben Gijsemans

hubertTitre : Hubert

Dessinateur, auteur, scénariste : Ben Gijsemans

Editeur : Dargaud

Date de parution : janvier 2016

86 pages

 

 

 

Hubert, c’est une BD qui se déguste, à peine fermée se rouvre, et s’admire en silence.

Hubert, c’est l’histoire d’un homme seul, dont l’unique distraction est d’observer des œuvres d’art dans les musées pour les copier ensuite dans la solitude de son appartement (mais pas n’importe lesquelles, des portraits de femmes).

Hubert, c’est l’éloge de la lenteur, de la contemplation, c’est l’art du détail, c’est le défilement d’une vie morne et austère comme sur une pellicule de film.

Hubert, c’est le talent fou d’un dessinateur qui ose s’attarder sur la banalité du quotidien en construisant sa BD autour de planches faites de neuf cases détaillant les actes les plus ordinaires de son personnage.

Hubert, c’est aussi cette dernière page qui s’ouvre sur un « autrement » et qui fait naître le sourire au coin de nos lèvres.

Hubert, c’est fascinant !

Et Ben Gijsemans est un jeune auteur flamand très prometteur.

Merci au libraire qui m’a mis cette BD entre les mains !

 

J’ai vu un homme d’Owen Sheers

sheers_homme_def.inddTitre : J’ai vu un homme

Auteur : Owen Sheers

Traduit de l’anglais par Mathilde Bach

Editeur : Payot-Rivages

Date de parution : 2015

350 pages

 

 

 

Michael Turner pénètre dans la maison de ses voisins, en leur absence. Pour quelle raison ? Qu’est-ce que cela va engendrer ? Je n’ai pas envie d’en dévoiler davantage. Il est tellement agréable de découvrir au fil de sa lecture le contenu de ce roman. Tout ce que je peux dire c’est qu’il aborde pas mal de sujets divers, actuels et passionnants dont le principal tourne autour du deuil (fait-on jamais son deuil de la perte d’un être cher ?).

La qualité du roman repose sur sa construction. On sent un auteur sûr de lui, qui sait où il veut mener son lecteur, qui sait quand il doit lui révéler certains éléments et quand il doit les taire. Belle maîtrise ! Il jalonne son texte de petites phrases qui indique au lecteur qu’il doit être attentif, qu’ il va se passer quelque chose de tragique, mais il prend son temps pour l’y emmener. Et puis, lorsque « l’événement » a enfin eu lieu, il prend à nouveau son temps pour décortiquer ce que pensent les personnages, ce qu’ils vivent, ce qu’ils ressentent, pour décrire leur plus profond mal-être, avant de clôturer son livre avec panache.

J’ai vraiment apprécié d’être ballotée d’un lieu à un autre, du passé d’un personnage au passé d’un autre, en sachant que l’action « présente » est en suspens pendant ce temps-là. On lit ce livre, haletant, avec la soif d’en savoir toujours davantage d’abord puis avec celle de savoir comment les personnages, meurtris, vont se sortir de cet imbroglio psychologique.

Ce roman m’a passionnée de la première à la dernière phrase. Il m’a surprise, étonnée, interrogée, captivée.

Le roman s’ouvre sur ces mots :

« L’événement qui bouleversa leur existence survint un samedi après-midi de juin, quelques minutes à peine après que Michael Turner, croyant la maison des Nelson déserte, eut franchi le seuil de la porte du jardin. »

 

C’est Luocine qui m’a donné envie de le lire. Et comme elle, je l’ai emprunté à la médiathèque.

 

L’invité du soir de Fiona Mc Farlane

c_linvite-du-soir_1761Titre : L’invité du soir

Auteur : Fiona Mc Farlane

Traduit de l’anglais (Australie) par Catherine Chichereau

Editions de l’Olivier

Date de parution : 2014

269 pages

Premier roman

 

 

Comme il est étonnant ce roman ! Et comme il met mal à l’aise !

Ruth, une femme de 75 ans, vivant seule, avec ses chats, dans une maison isolée, au bord de l’océan croit entendre un tigre une nuit dans son salon. Une aide-ménagère, débarquée là sans que personne n’ait rien demandé, se met à avoir une emprise malsaine sur Ruth.

J’ai pensé à Laura Kasischke tout au long de ma lecture. Cette façon de créer une ambiance inquiétante, le malaise qui monte progressivement, l’attente d’une chute forcément terrible. Mais Fiona Mc Farlane n’a pas réussi à créer un suspense haletant jusqu’au bout. On se doute assez rapidement que Frida, l’aide-ménagère, n’est pas innocente et on s’attend à ce genre de fin. Il n’y a aucune surprise finale.

Ce qui est vraiment réussi en revanche, c’est la tension psychologique créée autour du personnage principal. On pénètre dans l’esprit de Ruth de telle manière qu’on comprend parfaitement ses interrogations, ses doutes et ses craintes. Le vieillissement et tout ce qu’il entraîne chez une personne (les confusions, les pertes de mémoire, les oublis, les peurs, la vulnérabilité) est le vrai thème du livre. L’auteure nous livre une description glaçante de la perte des capacités d’un être humain.

A découvrir.

Repéré chez Kathel.

 

Le bon gros géant de Roald Dahl

bggTitre : Le bon gros géant

Auteur : Roald Dahl

Traduit par Camille Fabien

Editeur : Gallimard jeunesse

Illustré par Quentin Blake

254 pages

 

 

 

« Pas plus tard qu’hier, on ne croyait pas aux géants, n’est-ce pas ? Et voilà qu’aujourd’hui on ne croit pas aux schnockombres. Alors, sous prétexte qu’on n’a jamais vu quelque chose avec ses deux petits quinquets, on croit que cette chose-là n’existe pas ? »

 

C’est un classique. L’auteur est certainement un des plus connus en littérature jeunesse. Je n’avais jamais lu ce roman-là, mais comme il sort au cinéma en ce moment, j’en ai profité, non pour aller voir le film mais pour découvrir le texte (et les illustrations de Quentin Blake).

Je n’ai pas été déçue. Si l’histoire se met en place doucement, les péripéties s’enchaînent ensuite à vive allure. Il est touchant, ce bon géant qui subit les moqueries et les humiliations de ses confrères (pas gentils du tout).

Bien sûr, il faut accepter de se laisser embarquer dans le monde merveilleux de Roald Dahl, chose aisée pour moi qui ai une vraie admiration pour le Monsieur ! On côtoie ici une orpheline, la reine d’Angleterre et des géants méchants. C’est très bien écrit et l’on s’amuse des jeux de mots incessants du bon gros géant qui, n’ayant pas été à l’école, s’emmêle les pinceaux pour notre plus grand bonheur.

Un classique à faire découvrir aux enfants si ça n’est déjà fait.

Le film est-il  à la hauteur du livre ? A vous de me le dire. Roald Dahl a beaucoup été adapté au cinéma, James et la grosse pêche, Charlie et la chocolaterie, Mathilda, Danny le champion du monde (Je crois bien que c’est mon livre préféré de l’auteur, pas vu le film)… Il va peut-être falloir que j’aille voir ce BGG…

 

La couleur du lait de Nell Leyshon

couleur du laitTitre : La couleur du lait

Auteur : Nell Leyshon

Traduit de l’anglais par Karine Lalechère

Editeur : Phébus  10/18

Date de parution en poche : septembre 2015

186 pages en poche

 

 

 

« 1831. ceci est mon livre et je l’écris de ma propre main. »

Une jeune fille de quinze ans, née dans un milieu très défavorisé dans la campagne anglaise écrit son histoire. Elle vient juste d’apprendre à lire et à écrire. Alors, sa langue est rudimentaire, ses conjugaisons approximatives, mais elle choisit ses mots. Et même si elle répète, même si elle tâtonne, elle nous livre une magnifique leçon de vie tout en en nous racontant une vraie tragédie.

Un père violent, une mère inexistante, un grand-père qui l’adore, une vache contre laquelle elle se réchauffe, et une nouvelle vie chez un pasteur…

On ne sait pas pourquoi la narratrice a besoin de coucher sur le papier ses mots, on ne l’apprendra qu’à la fin. On se doute que la tragédie va arriver et on lit, fébrile, ce qu’elle veut bien nous en livrer.

Je n’ai pas été arrêtée par le style, comme tant d’autres. Au contraire, j’ai apprécié ce travail de l’auteur pour nous mettre en situation. Et puis, il se dégage une vraie poésie de ce texte. Et oui ! Et surtout grâce au regard candide que pose Mary sur le monde qui l’entoure et sur le comportement des gens à son égard. L’humour aussi est présent grâce au franc parler de Mary qui ne connaît pas les codes de bonne conduite. Et l’on sourit de ses réactions, de ses remarques.

J’ai beaucoup aimé la puissance de ce petit roman.

C’est Anis de Litterama qui m’a tentée.

 

 

De nos frères blessés de Joseph Andras

frères blessésTitre : De nos frères blessés

Auteur : Joseph Andras

Editeur : Actes sud

Date de parution : mai 2016

Lu sur liseuse

 

« Paris croule sous les linges lourds du ciel. »

 

 

Alger, 1956. Fernand Iveton, un jeune ouvrier communiste anticolonialiste pose une bombe dans son usine. Elle devait exploser une fois que tout le monde aurait quitté le lieu, acte symbolique sans victime. Elle a été découverte avant. Il va être condamné à mort et exécuté le 11 février 1957.

Une histoire vraie qui fait frémir a posteriori. Roland Dumas rapportera dans Coups et blessures que François Mitterand a, selon lui, tenu à abolir la peine de mort pour se « racheter », aussitôt parvenu au pouvoir, de ses décisions lors de la guerre d’Algérie, parmi lesquelles, l’exécution de Fernand Iveton, mort « à cause de l’opinion publique »…

Les chapitres racontent en alternance l’histoire d’amour entre Hélène et Fernand, et les tortures puis le procès du malheureux héros. Les premiers permettant de souffler, de respirer, de prendre un peu d’air pur avant de replonger dans les horreurs de la guerre d’Algérie.

L’écriture de ce roman est d’une diabolique efficacité. Il mérite d’être lu pour deux raisons essentielles : il est d’une grande qualité stylistique, et il nous permet de découvrir un morceau honteux de notre Histoire.

Un premier roman percutant !

Les premières lignes :

« Pas cette pluie franche et fière, non. Une pluie chiche. Mesquine. Jouant petit. Fernand attend à deux ou trois mètres de la route en dur, à l’abri sous un cèdre. Ils avaient dit treize heures trente. Plus que quatre minutes. Treize heures trente, c’est bien ça. Insupportable, cette pluie sournoise, pas même le courage des cordes, les vraies de vraies, juste assez pour mouiller la nuque du bout des doigts, goutte avare, et s’en tirer ainsi. »

Les avis de Jérôme, Noukette, Micmelo, Nicole.

 

Nos amis devenus de Jean-Claude Mourlevat

mes amis devenusTitre : Mes amis devenus

Auteur : Jean-Claude Mourlevat

Editeur : Fleuve

Date de parution : 12 mai 2016

217 pages

 

 

 

 

Première chose : j’aime le titre, cette tournure un peu désuète et qui reflète bien le ton du roman.

Deuxième chose : l’auteur ! Bah oui, je le connais bien, j’ai lu tous ses romans jeunesse, son roman adulte très autobiographique Je voudrais rentrer à la maison, son roman écrit avec Anne-Laure Bondoux, Et je danse, aussi. Et puis son dernier petit texte jeunesse publié en 2015 dans la collection petite poche de Thierry Magnier, Les trois caramels capitaux, une petite friandise exquise, un peu décalée et tendrement incorrecte, que j’ai adorée…

Bref ! J’ouvre toujours un de ses romans avec appréhension, surtout lorsqu’il n’est pas « jeunesse », de crainte d’être déçue…

Alors ? Qu’en est-il de ces fameux amis ? Que sont-ils devenus ? On n’en saura pas plus que ça, parce que, finalement, ce roman raconte la jeunesse du narrateur-écrivain, de sa naissance (un épisode fameux) aux années adolescentes passées avec ces quatre amis qu’il va retrouver aujourd’hui  à l’île d’Ouessant, alors qu’il n’a pas vu trois d’entre eux depuis quarante ans.

Je pense que l’auteur a mis beaucoup de lui-même dans ce roman, qui, sans être totalement autobiographique, s’inspire de sa vie. Lui seul, peut nous le dire. Mais tout concorde, les dates, les lieux et surtout si l’on a lu Je voudrais rentrer à la maison, on retrouve ses années-collège dans un établissement où sévissaient des enseignants impitoyables. Mais c’est bien un roman, avec les ingrédients qu’il faut : une écriture, un ton, la façon de présenter les personnages, des dialogues hallucinants (notamment lors d’un repas dans une famille genre « Groseille »), une construction. Et puis, cet humour décapant qui m’a fait sourire béatement tout au long de ma lecture. Jean-Claude Mourlevat est un excellent conteur surtout quand il parsème sa narration de pointes de malice, d’autodérision, de situations cocasses. C’est bon, c’est très bon !

Alors oui, j’ai énormément aimé ce livre, qui allie nostalgie et humour et dans lequel on peut s’identifier. Et pourtant, je n’aime pas l’autofiction française, pourtant je râle après les auteurs français nombrilistes mais je ne me suis pas ennuyée un instant à la lecture de ce roman. Tout est dans l’écriture bien sûr ! Et puis un peu (mais un tout petit peu)… dans le fait que je connais l’auteur et que j’apprécie ce qu’il écrit. Avis subjectif donc ? Bah oui, comme tous les avis que l’on donne sur les blogs !