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Villa des femmes de Charif Majdalani

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Villa des femmes

Ecrit par Charif Majdalani

Edité au Seuil en août 2015

279 pages

 

 

 

 

 

Dans le Liban des années soixante et soixante-dix, Skandar Hayek règne sur ses terres, ses usines et sa famille jusqu’au jour fatidique. Trois femmes Mado, Marie et Karine (sœur, femme et fille de Skandar) vont jouer un rôle important dans l’histoire du clan Hayek, chacune à leur manière.

Cette histoire nous est contée par le chauffeur de Skandar qui, bien sûr, ne pourra nous relater que les événements qu’il a connus, vus ou qui lui auront été rapportés. C’est le témoin discret de la grandeur et de la déchéance de cette famille. Il nous raconte dans une langue chantante et agréable la grande Histoire étroitement mêlée à celle plus singulière des Hayek. Il nous emmène dans un tourbillon de mots au sein des rivalités, des intrigues familiales avec un naturel incroyable.

L’originalité de cette narration c’est qu’on ne peut pas tout savoir, tout connaître, puisque notre narrateur n’est pas omniscient. Nul dialogue, tout est rapporté, et pourtant, l’on ne s’ennuie pas une seconde.

En revanche, si on veut en savoir un peu plus sur la guerre du Liban, ce n’est pas dans ce roman qu’on va trouver des réponses.

 

Le billet de la tentatrice Luocine.

La la land, the film !

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Réalisé par Damien Chazelle

Sorti le 25 janvier 2017

Acteurs : Emma Stone, Ryan Gosling, J.K. Simmons

 

 

 

 

 

Contre toute attente, j’ai adoré ce film ! Je ne suis pourtant pas fan des comédies musicales. Mais là, j’ai passé un moment très agréable, voire plus ! Ca, c’est dit !

Je n’en connaissais pas le sujet, bah oui, malgré le tapage médiatique ! Ce n’est pas que j’habite sur une autre planète, c’est que mes oreilles se ferment dès que quelqu’un se met à raconter l’histoire d’un film comme d’un livre que j’ai envie de voir ou de lire !

La première scène, magistrale, m’a entraînée au cœur du film sans crier gare, et pas une minute je ne me suis ennuyée. Dès les premières secondes, mes petits yeux se sont écarquillés, mes papilles se sont délectées, mes oreilles se sont grande ouvertes. Ici j’appréciais les lumières, là, un dialogue, là, l’apparition du héros de Whiplash (J.K Simmons), là, un décor, ici encore la musique… C’est bien simple, j’en aurais bien repris pour quelques minutes encore.

Une mention spéciale à l’actrice Emma Stone, extraordinaire. Elle joue juste, elle joue très bien, elle est parfaite !

C’est un film qui fait du bien, qui ressource, un film réalisé avec brio, un film qui mérite les louanges qu’il a reçues. Ce metteur en scène est un virtuose qui sait filmer la musique, qui sait filmer, tout court !

Et puis cerise sur le gâteau, pour moi, la fin est celle que j’espérais ! Je déteste les films qui finissent trop bien, trop « bonbon rose » et là rien de tout ça, mais autre chose, et vraiment réussi ! Une fin dans laquelle je me suis complètement retrouvée, une fin originale et juste. (Encore cet adjectif ! A croire que je manque de vocabulaire.)

En fait, je me rends compte que ma vision du film est totalement subjective. J’ai adoré parce que j’étais bien disposée, bien dans ma tête et dans ma peau, avec une envie de le voir sans aucune attente particulière. J’avais adoré Whiplash mais cela n’a pas été un frein, au contraire, j’ai été ravie lorsque J.K Simmons est apparu à l’écran ! Et le dialogue entre les deux acteurs, à ce moment-là, est succulent et drôle.

Un bon grand film dans lequel on glisse comme dans un pyjama confortable !

 

Ameni ne sait pas s’il a aimé, Dasola n’a pas été emballée plus que ça, Chris a adoré.

Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal

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Corniche Kennedy

Ecrit par Maylis de Kerangal

publié aux éditions Verticales en 2008

180 pages en poche

Une corniche, des jeunes qui sautent dans la mer, une fille (d’un autre milieu social) qui veut faire comme eux, comme ces « p’tits cons », un commissaire chargé de la surveillance du littoral qui vit dans le passé, dans le souvenir. Le tableau est posé. Mais l’important n’est pas là. Il est dans l’écriture de Maylis de Kerangal, dans ses longues phrases enveloppantes.

On ne peut lire ce texte que d’une traite, entre deux respirations, tellement les phrases nous happent, et développent pour nous une histoire haletante, ensorcelante, vertigineuse comme les sauts de ces jeunes gens du haut de la corniche.

Ce n’est pas l’histoire qui m’a séduite, ce sont les mots qui la racontent. Ce ne sont pas les personnages que je suivais avec intérêt, ce sont les phrases qui décrivaient leurs faits et gestes. Et c’est pour cette raison que je n’ai aucune envie de voir le film adapté récemment de ce roman, pas plus que je ne souhaite voir celui adapté de son autre roman Réparer les vivants. En revanche, je lirai d’autres titres et notamment Naissance d’un pont parce que je souhaite vivement déguster à nouveau ce style si particulier et qui sait si bien me séduire.

 

 

Le rouge vif de la rhubarbe de Audur Ava Olafsdottir

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Le rouge vif de la rhubarbe

Ecrit par Audur Ava Olafsdottir

Traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson

Edité chez Zulma en 2016

156 pages

Agustina, jeune fille handicapée, s’allonge aux beaux jours dans le carré de rhubarbe au-dessus de son village, surplombant ainsi la plage de sable noire. Et j’avais l’image !!! La vraie !!! Parce que sur la plage de sable noire, j’y suis allée ! C’est là :

 
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J’ai lu les trois romans d’Audur Ava Olafsdottir, je les ai aimés, et même beaucoup aimés. Alors lorsque celui-ci est paru, je l’ai acheté sans réfléchir. Or, ce roman est, en fait, le premier écrit par l’auteure. J’aurais dû me méfier.

Il y a ce qu’on retrouve dans ses autres romans : des personnages atypiques, un regard poétique posé sur le monde, des petits tableaux impressionnistes, une douceur dans l’écriture qui tranche avec l’âpreté de l’ile… Mais !

Mais, un sentiment de trop peu, d’inachevé. Trop peu de passages m’ont emportée, réjouie ou enthousiasmée. Je suis restée sur ma faim. Et puis, j’ai tiqué à quelques endroits sur la maladresse de l’écriture que l’on ne peut imputer à la traductrice puisque c’est elle qui a traduit avec talent tous ses autres romans.

J’attends donc son prochain avec impatience.

La vie rêvée de Virginia Fly écrit par Angela Huth

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La vie rêvée de Virginia Fly

Ecrit par Angela Huth

Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff

Edité par La table ronde dans la collection Quai Voltaire

Paru en 2017 en France mais en 1972 au Royaume-Uni

217 pages

 

« Vous savez ce que c’est, le réel. Il détruit toujours nos illusions avec une extrême cruauté. Une cruauté dévastatrice. »

 

Une vieille fille de trente ans, vierge, qui rêve d’épouser celui avec qui elle correspondait depuis longtemps, puis qui rêve d’épouser celui qu’elle a rencontré grâce à une tierce personne, puis qui… chut…

Il est terrible ce petit roman, terrible et en même temps très drôle par moments. Et puis il agace aussi.

Je développe.

Qu’est-ce qui agace ? Le personnage de la mère, insupportable, celle qu’on n’aimerait pas avoir, celle qui se mêle de la vie de sa fille à outrance, qui régit tout, celle qui dirige la vie de son mari. Et donc, forcément, le comportement de la fille face à sa mère exaspère le lecteur. On a envie de lui dire : « pars, pars loin de chez toi, décide de tes actes, ne te laisse pas mener par le bout du nez. Tu as trente ans, bazar de bazar ! »

Mais voilà, nous sommes au début des années 70, et non en 2017. La vie n’est pas la même et on se souvient de quelle manière notre propre grand-mère dirigeait notre mère quand nous étions enfant…

Qu’est-ce qui est drôle ? Certains passages sont particulièrement cocasses. Notamment la scène sexuelle entre cette tendre ingénue et l’homme avec qui elle correspondait depuis une dizaine d’années. Angela Huth maîtrise l’art de la description et de l’analyse d’une situation pour le moins surprenante. Elle sait faire naître des images en nous. On vit cette scène à travers les yeux de l’héroïne et cela crée un décalage très drôle.

On ne s’ennuie pas dans ce roman, on s’amuse, on fulmine, on se désespère.

Et puis terrible, parce que finalement Virginia ne vivra jamais la vie qu’elle a rêvée… Bien au contraire, et l’image finale n’en est que plus cruelle. Avec un humour grinçant, Angela Huth nous transmet un message plutôt pessimiste, plutôt pathétique.

 

« Qu’est-ce qu’il y a ?

– Tu fais comme les enfants : tu fermes les yeux et tu t’imagines que les autres ne peuvent pas te voir. Je te vois, tu sais. Et tu as un petit corps magnifique. »

 

« Il se tenait dans le carré de lumière de la lampe : jambes écartées, mains sur les hanches, cheveux toujours ridiculement décoiffés, sourire sarcastique, ventre proéminent, énorme érection violacée prête à lui voler à jamais sa virginité, sans oublier les chaussettes en angora bleues. »

 

 

Le chagrin des vivants d’Anna Hope

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Le chagrin des vivants

Anna Hope

Traduit de l’anglais par Elodie Leplat

Gallimard

383 pages

Première guerre mondiale en Angleterre. 5 jours (du 7 au 11 novembre 1920) dans la vie de trois femmes. Elles ne se connaissent pas, elles ne se croiseront pas mais on découvrira au fur et à mesure quel lien les unit.

Deux d’entre elles vivent dans le souvenir d’un homme mort à la guerre et pendant ces quelques jours, on assistera à leur propre libération. Faire danser les anciens soldats est le travail de la troisième qui, une fois rentrée chez elle, doit affronter la présence d’un frère revenu de la guerre dans un bien piteux état, il n’est pas mort mais il n’est pas vivant non plus.

J’ai trouvé l’histoire de la mère à qui on n’a jamais dit dans quelles circonstances était mort son fils, particulièrement touchante.

Trois vies, trois portraits passionnants que l’on suit avec un grand intérêt. J’ai aimé cette vision plurielle de la vie après guerre, de la reconstruction personnelle de chacun, aussi bien homme que femme. Et cette vision féminine donne un regard nouveau sur cette période de l’Histoire tant racontée en littérature. Toute souffrance est légitime et les atrocités de la guerre rejaillissent inévitablement dans le quotidien des vivants, et des survivants.

La construction du roman contribue à sa réussite. Chaque petit chapitre dédié à une des trois femmes distille petit à petit des informations qui finiront par apporter un éclairage sur les comportements des unes et des autres et sur ce qui leur arrive. Leur alternance crée le désir d’en connaître toujours davantage, de comprendre les situations et ménage un certain suspense.

Un bon roman, sensible et intelligent.

Idée de lecture piochée chez Luocine.

 

 

Pereira prétend, la BD

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Pereira prétend

D’après le roman d’Antonio Tabucchi

Dessiné par Pierre-Henry Gomont

Edité chez Sarbacane en 2016

152 pages

Comme j’ai eu du mal à entrer dans cette BD ! Le dessin m’empêchait de bien adhérer à l’histoire. Je n’étais absolument pas séduite par les traits, les couleurs criardes.

J’ai parcouru les premières pages sans conviction, prête à laisser tomber.

Pourtant, cette BD m’avait été recommandée par des gens très bien qui ont souvent les mêmes goûts que moi. Alors, il fallait que je m’accroche. J’ai donc repris l’album, un soir, entre deux activités passionnantes (préparer ma classe et mon repas), persuadée que j’allais le reposer bien vite. Et là, allez savoir pourquoi, je n’ai pu le lâcher, j’ai été embarquée dans l’histoire (à l’insu de mon plein gré) et c’était parti ! Résultat : j’ai mangé un morceau de pain avec du fromage !

J’avais lu le roman il y a un certain nombre d’années, je n’en avais guère de souvenirs si ce n’est qu’il ne m’avait pas marquée. Peut-être faudrait-il que je le relise d’ailleurs. Comment ai-je pu passer à côté d’une histoire pareille ? Étais-je trop jeune ? Trop immature ? N’était-ce pas le bon moment ?

L’action se passe au Portugal en 1938. C’est la prise de conscience d’un homme devant la montée du totalitarisme. Et c’est finement vu, très finement. Ce gros bonhomme qui parle à la photo de sa femme morte, qui ne boit que des citronnades sucrées, qui s’entretient avec ses différents MOI (symbolisés par des petits LUI en négatif) est tout à fait attachant. Et surtout tellement humain !

Je suis ravie d’avoir dépassé ma première impression !