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Figurec, une BD de Christian de Metter

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Figurec

Dessiné par Christian de Metter

D’après le roman de Fabrice Caro

Edité par Casterman en 2007

72 pages

 

Ouah ouh ! Grâce au blog de Violette, j’ai découvert une BD extraordinaire. Aux commandes : Christian de Metter. Le point de départ c’est le roman de Fabrice Caro (je découvre ainsi qu’il a écrit au moins un roman !), auteur que je connais sous le patronyme Fabcaro, à travers l’excellente BD Zaï, zaï, zaï… Bref ! Que du bon !

Je crois, encore plus que d’habitude, qu’il ne faut absolument rien connaître de l’histoire pour l’apprécier. Elle est incroyable, originale, parfaitement bien menée. Tous les détails font de cette BD une petite merveille, la façon dont le narrateur raconte, en n’écoutant qu’à moitié ses interlocuteurs, le mystère autour de ce personnage qui a l’air de suivre notre anti-héros (pas d’amis, pas d’amante, pas de boulot), mystère qui s’épaissit au fur et à mesure…

Livre sur le mensonge, les faux-semblants, livre avec des relents kafkaïens… On s’y perd, on regarde tous les personnages avec suspicion. C’est vraiment très bon et en même temps très inquiétant. Une histoire à devenir fou. Le monde ne serait-il qu’une vaste imposture ?

Et puis le dessin, que j’ai particulièrement aimé et je ne saurais dire pourquoi. Je n’ai aucune aptitude dans ce domaine ! Un mélange entre un flou artistique et des visages aux belles lignes. Entre réalité et fiction…

 

Ce que tient ta main droite t’appartient de Pascal Manoukian

dsc_0526Titre : Ce que tient ta main droite t’appartient

Auteur : Pascal Manoukian

Editeur : Don Quichotte

Date de parution : janvier 2017

285 pages

 

« L’inculture est le terreau de tous les fanatismes. »

 

 

Comme j’étais tendue à la lecture des premières lignes du roman ! Je craignais tellement de ne pas apprécier autant que le précédent. Le premier roman de l’auteur, Les échoués, m’avait totalement conquise et m’avait même donné un élan particulier pour en écrire la chronique.

Heureusement, il ne m’a pas fallu beaucoup de pages pour entrer de plein fouet dans le vif du sujet et surtout pour retrouver l’écriture alerte de l’auteur. Au passage, j’ai adoré ce petit clin d’œil au roman précédent à travers un personnage tellement emblématique… Mais je n’en dirai pas davantage !

Je n’ai aucune envie de raconter l’histoire, d’autres s’en chargeront.

En revanche, je vais tenter de trouver les mots pour traduire l’intégralité de mon ressenti face à ce roman. Pas simple !

La difficulté cette fois-ci réside dans l’actualité du sujet. Actualité brûlante ! L’auteur a pris un risque, ici. Le risque de choquer son lectorat en évoquant des événements dont la France ne se remet pas. Comment parler de ceux qui ont frappé à mort la liberté, l’insouciance ? Avec quels mots ? Comment réussir le pari de ne pas verser dans la caricature ou de ne pas faire pleurer dans les chaumières ? La ligne de démarcation est mince. Et Pascal Manoukian l’a franchie avec succès. De l’émotion, de la colère, mais pas de pathos !

L’histoire qu’il nous raconte est édifiante. On en devine l’issue très vite. Mais au-delà de ça, c’est avec un esprit journalistique qu’il parvient à nous transmettre son point de vue, sa vision du monde. L’auteur est suffisamment subtil et averti pour nous raconter une histoire (une vraie avec des personnages et un contexte social) tout en dénonçant les atrocités commises par Bachar El Assad ou par les djihadistes de Daech en Syrie, et en mettant le doigt sur l’incroyable facilité avec laquelle ils recrutent en Europe des hommes et des femmes pour soutenir leurs actions. J’ai retrouvé tout ce que j’avais vu dans les différents documentaires diffusés sur Arte (entre autres) et en même temps j’ai eu conscience de suivre une fiction passionnante.

Ce livre devrait être lu dans tous les lycées de France, par tous les jeunes susceptibles de se laisser embrigader, par ignorance (mot qui revient comme un leitmotiv dans le roman).

« L’imagination est une arme dangereuse, la littérature, c’est la liberté d’inventer d’autres mondes, or il n’en existe qu’un seul comme il n’existe qu’un seul livre, celui de Dieu. »

Mais cela n’empêche pas les djihadistes de singer les scènes cinématographiques cultes pour mettre en scène leurs propres atrocités. Il faut dire qu’ils ne sont pas à une contradiction près.

Une bonne fiction est souvent aussi percutante qu’un documentaire !

Stephie et Nicole ont aimé aussi.

 

Tristes revanches de Yoko Ogawa

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Nouvelles écrites par Yoko Ogawa

Traduites du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

Actes sud

2004

246 pages

 

Yoko Ogawa excelle vraiment dans l’art de la nouvelle. J’aime beaucoup ses romans, Le petit joueur d’échecs ou encore Cristallisation secrète et bien d’autres encore, mais j’apprécie aussi de plonger dans son univers insolite à travers ses courts textes.

Elle est capable de nous étonner en très peu de pages, de créer une atmosphère particulière, glaçante, pesante ou étonnante en quelques lignes. J’adore être surprise par cette auteure. On ne sait jamais à quoi s’attendre. C’est merveilleux à tout point de vue. On est tour à tour horrifié, amusé, stupéfait, glacé.

Ce recueil a ceci de particulier que chaque nouvelle en évoque une autre. Il se crée ainsi une connivence entre le lecteur et l’auteure. Un personnage repris d’une nouvelle à l’autre, un objet, une musique, des légumes…

Ce recueil est comme une symphonie alliant notes nouvelles et mélodies familières. La mort étant la petite musique commune à ces onze textes.

 

 

 

La cigale du huitième jour de Mitsuyo Kakuta

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Titre : La cigale du huitième jour

Auteur : Mitsuyo Kakuta

Traduit du japonais par Isabelle Sakaï

Edité par Actes sud

Date de parution : 2015

 

 

– Dis, qu’est-ce qui te plait en moi ? lui ai-je demandé.

Il a levé la tête et m’a regardée un instant.

– J’aime quand tu ne te retournes pas lorsque tu t’en vas, a-t-il répondu en riant.

 

 

Une jeune femme a volé l’enfant d’un couple. Pendant la première moitié du livre raconté à la première personne, le lecteur suit la fuite en avant de ces deux personnages. Ensuite, on change de narratrice mais je ne vous en dirai pas davantage… J’ai aimé être surprise, et il n’est pas question que je vous gâche ce plaisir.

Il est étonnant ce roman ! J’ai ressenti divers sentiments à sa lecture (et j’aime être bousculée ainsi dans mes pseudo certitudes). J’ai d’abord été agacée par la narratrice et son comportement. Je la trouvais un peu mièvre et maladroite. Ensuite, lorsque la cavale s’est posée, et que les personnages ont commencé à apprécier leur quotidien, ma lecture s’est ralentie, au rythme tranquille de la belle relation tissée entre la femme et l’enfant. Mais, c’est là que j’ai été surprise, endormie par les mots de la narratrice, et, transportée plusieurs années plus tard, par les mots d’une autre narratrice.

Dans la toute dernière partie, j’ai regretté qu’on revienne sur des faits déjà racontés par la jeune femme et qui n’avaient pas besoin d’explications supplémentaires, même sous cet angle plus journalistique. Le lecteur avait compris à demi-mots ce qui s’était passé. Cette relecture des événements n’était, à mon avis, pas nécessaire. Ce sera mon seul bémol.

Globalement, ce roman est intéressant, il aborde des thèmes sous un angle original et parfois surprenant. La maternité, l’avortement, la soumission à une secte, les relations filiales, le bien et le mal… Les émotions ressenties par le lecteur sont multiples et l’on ne s’ennuie pas un seul instant. Et comme souvent avec la littérature japonaise, ce mélange subtil de douceur et de sérénité pour traduire des situations difficiles m’a, encore une fois, séduite.

Et puis l’histoire de la cigale du huitième jour est à découvrir !!!

J’ai acheté ce roman suite au billet de Kathel.

 

Enivrez-vous !

 

Le seul moyen de supporter l’existence, c’est de s’étourdir

dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle.

Le vin de l’Art cause une longue ivresse et il est inépuisable.

C’est de penser à soi qui rend malheureux.

 

Gustave Flaubert (cité par Jean-Marie Rouart dans Ces amis qui enchantent la vie.)

 

 

ENIVREZ-VOUS

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

(Baudelaire dans Les petits poèmes en prose)

Anima de Wajdi Mouawad

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Titre : Anima

Auteur : Wajdi Mouawad

Edité par Léméac et Actes sud en 2012

Sorti en poche (babel) en 2015.

 

Wajdi Mouawad est l’auteur de la pièce de théâtre Incendies, adapté à l’écran par Denis Villeneuve en 2010 et qui a laissé une empreinte profonde dans mon cœur.  C’est dire si cet auteur est important pour moi !

Quelle expérience étonnante et fascinante que la lecture de ce roman !

Après de multiples lectures du premier chapitre (je m’y suis bien reprise à trois ou quatre fois), je me demandais toujours qui était ce narrateur qui avait mangé le thon et bu l’eau des toilettes (je ne comprends pas vite !). Ce n’est qu’après le troisième chapitre que j’ai, enfin, compris que chaque chapitre était raconté par un animal, différent à chaque fois, témoin se trouvant sur le chemin de l’homme parti à la recherche de l’assassin de sa femme.

Cette narration originale m’a d’abord empêchée de me concentrer sur l’histoire car ma première mission était de découvrir quel était l’animal narrateur (mouche, moufette, chat ou boa…) et d’observer, d’analyser le procédé, de traquer les tentatives d’anthropomorphisme, de guetter ma proie-auteur dans l’exercice de son art.

Il m’a fallu donc une bonne centaine de pages pour lâcher prise et pour entrer pleinement dans le vif du sujet. Mais à partir de ce moment-là, tous mes sens ont été capturés par les mots. Je ressentais, je sentais, je souffrais avec le personnage principal. La puissance des odeurs, la violence des mots, les scènes à peine supportables, tout m’a happée, m’a fascinée, m’a retournée et vidée de ma propre substance. Parfois, j’ai été obligée de poser le livre, pour reprendre haleine, pour reprendre pied avec ma réalité, moins sauvage, moins bestiale mais tout aussi humaine.

Ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains… personnes sensibles s’abstenir !

Mais quelle construction, quelle puissance ! C’est une descente aux enfers, digne d’une tragédie grecque, une descente pour une possible rédemption et qui passe par des sacrifices obligatoires.

Cette histoire n’est pas seulement celle d’un homme qui part à la poursuite de l’assassin de sa femme, c’est aussi celle d’un homme qui va lever le voile sur ses origines, ce qui va l’emmener à entendre et comprendre ce qui s’est passé à Sabra et Chatila en septembre 1982, ce qui est arrivé à sa famille, comprendre qui il est, d’où il vient et pourquoi il est devenu cet homme-là, broyé par la mort horrible de sa femme, hanté par des images obsédantes.

Je n’arrive pas à mettre des mots sur le dixième de ce que j’ai ressenti à la lecture de ce terrible trésor. Je n’ai qu’une chose à dire : lisez-le… si vous le pouvez. Il est unique, il est d’une beauté effrayante, il est d’une puissance et d’une violence peu égalées en littérature contemporaine.

Voilà un roman que je n’oublierai pas de sitôt. Il est gravé, là, au plus profond de mon être. Je n’aurais pas lu ce livre sans les articles de Mior et Papillon… Merci à elles. En revanche, heureusement que je les avais oubliés, car j’ai apprécié d’être saisie par le procédé narratif.

 

 

Petit pays de Gaël Faye

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Titre : Petit pays

Auteur : Gaël Faye

Editeur : Grasset

Date de parution : août 2016

215 pages

 

Attention, critique excessive !

Et bien voilà, un grand moment de solitude ! Ce roman, adulé de tous les critiques, de tous les bloggeurs et de toutes les bloggeuses ne m’a pas émue un seul instant.

Je suis passée complètement à côté, le lisant avec ennui, tournant les pages sans conviction. Je n’ai trouvé dans l’écriture aucune  trace de poésie ou de talent quelconque. D’une grande platitude, me gardant à distance, je n’ai pas vibré, pas aimé. Bon, allez, si, il y a bien quelques phrases qui ont retenu mon attention… et plutôt vers la fin (mais c’était trop tard).

Etrangement, j’ai l’impression que ce roman (témoignage… ?) manque totalement d’authenticité. Total paradoxe (puisque l’auteur raconte son enfance au Burundi) et ceci est dû sans doute à l’écriture.

La première partie, surtout, est d’une longueur infinie, la description de ses années de jeunesse, des bêtises de gamins, sans couleur particulière, juste des mots alignés les uns à côté des autres pour faire des phrases sans grand intérêt.

Lorsque le coup d’état au Burundi arrive, on sent que l’écriture se fait un peu plus pressante, mais elle  n’a pas suscité chez moi beaucoup plus d’émotion. Les innombrables ellipses, la volonté de laisser de côté la violence (sauf dans les quarante dernières pages), la distance, m’ont empêchée de me plonger dans l’histoire. Et lorsque la narration marque un pas en avant, c’est en jouant sur la corde sensible, afin de susciter des larmes chez le lecteur. Là où tout le monde a vu un témoignage bouleversant,  je n’y ai vu qu’un artifice (le passage de la mère qui revient, contre toute attente… qui fait écho à la toute fin du livre…)

Serai-je dénuée de toute sensibilité, ou ce roman aurait-il été sur médiatisé, surestimé ?

Je m’attends bien sûr à une avalanche de commentaires stupéfaits, mais je n’y peux rien, je n’ai pas accroché.

Pour ma défense, j’ai tenté de le lire après Yaak Valley Montana, un premier roman américain d’une grande densité. Je l’ai abandonné, agacée par la pauvreté du style, j’ai enchaîné avec Le chant des plaines, un autre roman américain magistral. Je l’ai repris et me suis forcée à le finir (il fallait que je le rende à la médiathèque), mais sans conviction. Il est des livres qu’on ne devrait pas lire après d’autres…

Ma seule consolation : l’avoir emprunté et pas acheté.