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Buveurs de vent de Franck Bouysse

13 septembre 2020

 

Buveurs de vent

Franck Bouysse

Albin Michel

19 août 2020

400 pages

 

 

 

« Ça t’arrive jamais à toi de pleurer à l’envers ? »

 

J’adore les livres de Franck Bouysse, et je place au-dessus de tous ses romans Né d’aucune femme. Mais comment trouver les mots pour dire l’indicible ? Pour dire qu’on aime même si on ne met pas ce livre sur le haut de la pile ? Pour parler de ce roman rural, ni polar, ni roman social, ou plutôt un peu polar, un peu social, ou peut-être même poétique (à commencer par le titre) ?

Je suis entrée dans celui-ci avec facilité, j’étais en terrain connu. Franck Bouysse est le prince de la métaphore. Son écriture, toujours enchanteresse, m’a cueillie avec le même bonheur que d’habitude. Bon, il y a bien quelques images un peu extrêmes, quelques comparaisons osées que je ne cautionne pas forcément, mais je passe, comme toujours, parce que j’aime tellement tout le reste : ces phrases que je relis plusieurs fois, ces images qu’il suscite en moi et qui restent dans ma mémoire, cette ambiance. Et ce roman est un vrai grand beau roman d’ambiance. Il ne s’y passe pas tant de choses que ça, mais il y a une atmosphère bien particulière, pesante et légère. Si, si, je vous assure. Pesante, parce que les hommes et les femmes sont dépendants d’un homme, celui qui dirige la centrale électrique qui embauche tous les actifs de la région, celui que tout lecteur aimerait tuer, l’ogre, le tyran, et légère comme les frères et la sœur quand ils se balancent au bout de la corde sous le viaduc qui enjambe la rivière.

Ce roman est donc celui des paradoxes. Une ode à la liberté dans un univers carcéral. Les grands espaces naturels au milieu desquels vivent des gens emprisonnés dans leur bigoterie ou dans leur inaptitude à vivre. Stevenson dans une vallée française.

On a peur pour la fratrie, pour chacun des frères, pour la sœur et en même temps on envie leur liberté de penser, leur liberté d’être, leur insouciance, leur vitalité et leur lien si puissant. On vibre, on vit avec les personnages, les principaux mais aussi les secondaires. Ce grand-père extraordinaire, cet ancien marin, Gobbo, qui se transforme en ange-gardien de Mabel et en défenseur des opprimés, et puis la fragile femme du tyran ou encore Julie Blanche prise au piège de ses actes.

« Au fil de leurs conversations à L’Amiral, Gobbo lui avait fait comprendre que le silence est une vaste prison où l’on enferme ses peurs. »

Contrairement à ses autres romans, celui-ci est plus lumineux. Il est un poil moins noir, mais suffisamment pour que je m’y complaise. Et j’ai été tout à fait séduite par Mabel, révoltée, libre, sauvage mais déterminée.

« Ce soir-là, lors du dîner, Mabel posa tour à tour les yeux sur son père et sa mère. Ce père qui lui disait comment se comporter depuis sa naissance, et cette mère qui représentait ce qu’elle allait devenir si elle ne faisait rien contre, deux défaites face à face, deux condamnés voués à devenir ses bourreaux. »

Ce roman plaira à tous ceux qui avaient apprécié l’écriture de Né d’aucune femme mais qui n’avaient pas supporté certains passages. Il plaira à tous ceux qui aimaient déjà les écrits de Franck Bouysse parce que son écriture est toujours flamboyante. Il plaira à ceux qui ne connaissent pas encore Franck Bouysse, parce que commencer par ce roman, est une excellente entrée en matière dans le monde de cet auteur.

Comment ? Des voix s’élèvent pour dire qu’ils n’ont pas aimé ? Et même qu’ils se sont ennuyés ? Je ne veux pas les entendre…

 

« Dehors la nuit était barbouillée d’étoiles, et la lune, réduite à un quartier, ressemblait à une grosse tache que quelque démiurge aurait tenté d’effacer avant d’être interrompu. »

 

44 commentaires
  1. Belle chronique… J’hésite à le lire mais du coup tu m’inflechis…. J’avais beaucoup aimé voire adoré Né d’aucune femme et moins Glaise…. J’avais peur de ne pas retrouver la même magie…. Alors oui peut-être 😉

    • Franck Bouysse, c’est l’écriture ! Ce roman n’est peut-être pas aussi puissant et percutant que Né d’aucune femme mais il est superbe.

      • Je suis d’accord quelle écriture pour rendre supportable des ambiances noires mais le personnage de Rose est tellement fort qu’il va être difficile de ne pas l’oublier et la mettre en comparaison avec ses autres romans 🙂

  2. Bravo! Belle chronique sur un roman qui vaut vraiment cet éloge ! Bonne lecture à tous 😉

  3. Hâte de le découvrir !

  4. J’ai lu un avis beaucoup moins positif que le tien sur Instagram 😀
    J’avais adoré Né d’aucune femme mais je m’étais ennuyée avec les deux autres livres lus de lui après.
    Celui-ci pourrait me plaire mais je n’en fais pas une priorité.

  5. Delphine Olympe permalink

    😀 Comme il est doux d’aimer ainsi un écrivain !
    Je fais partie de ceux qui ne le connaissent pas encore. Peut-être une prochaine découverte…

  6. Je vais d’abord lire « Né d’aucune femme », et on verra ensuite ! Tu relèves ce qui m’avait un peu fait tiquer à la lecture de Plateau et Grossir le ciel : Bouysse a une belle plume, mais on a par moments l’impression qu’il se laisse emporter aux dépens de la justesse… mais j’ai bine noté aussi ton enthousiasme !

    • Né d’aucune femme devrait te plaire ! Tu aimes la noirceur, comme moi, tu ne devrais pas être déçue. Les deux que tu cites, je les ai aimés mais pas autant.

  7. Dire que je n’ai toujours pas lu Né d’aucune femme…

  8. Un peu moins noir, il pourrait donc me plaire… je le garde en tête !

  9. Je n’ai pas encore lu : Né d’aucune femme mais je commencerai par celui-ci !

  10. j’ai une pendule de retard, je suis en train de lire « grossir le ciel » (il fallait en choisir un car plusieurs de ses livres dans ma PAL!) et son univers me plaît bien alors je rajoute celui-ci 🙂

  11. Un poil moins noir… je pense que je pourrai faire avec. Il m’attend, celui-là!

  12. Hum, tu es enthousiaste, mais pas prioritaire pour moi, ce sera sans doute en bibli

  13. luocine permalink

    on vient de m’offrir « né d’aucune femme » mais j’hésite à le lire et à aimer… car je déteste les injonctions à aimer un livre. Bizarre non? je préfère l’esprit de nuance.

    • Bah personne ne t’oblige à aimer. On peut proposer à quelqu’un de lire un livre qu’on juge intéressant mais en aucun cas, on ne peut forcer à aimer ce que les autres aiment. Parfois je n’aime pas les livres que la majorité encense et inversement. Tu le lis, si tu en as envie.

  14. Aussi bien que son précédent ? Je note, forcément.

  15. Je n’ai encore jamais rien lu de cet auteur dont on parle tant en cette rentrée littéraire… mais…mais, j’ai emprunté récemment la version audio de « né d’aucune femme », dont je commencerais par celui-là un de ces jours !

    • Il est corsé Né d’aucune femme. Ce n’est pas une lecture anodine, elle ne laisse pas insensible. J’aimerais bien savoir ce que tu en penses.

  16. J’adore cet auteur également! Lecture à venir… 🙂

  17. Bon d’accord, d’accord ! tu nous as convaincus !!! Je fais partie de « tous ceux qui avaient apprécié l’écriture de Né d’aucune femme mais qui n’avaient pas supporté certains passages » 🙂

  18. Le titre de ce livre est déjà magnifique. Je crois qu’il pourrait me plaire, je n’ai encore jamais lu cet auteur autour duquel je tourne pourtant depuis un moment. Tu me conseilles de commencer par lequel?

    • Et bien, je pense que tu pourrais commencer par celui-ci. Personnellement, j’ai commencé par Grossir le ciel et j’ai beaucoup aimé.

  19. Malgré ton enthousiasme , je ne suis pas certaine de me laisser convaincre … Si la plume est belle, effectivement, elle déborde parfois d’un lyrisme noir qui m’agace un peu .

  20. Je dois vraiment découvrir cet auteur !

  21. Il m’est réservé à la bibliothèque, j’ai hâte ! Je n’ai lu de l’auteur que Plateau qui m’avait plu sans totalement me convaincre.

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