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Le blues de La Harpie de Joe Meno

17 juillet 2020

Le blues de La Harpie

Joe Meno

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Morgane Saysana

Agullo

2016

308 pages

 

 

 

Tout d’abord, je me suis dit « encore un livre américain sur un pauvre type à qui il n’arrive que des ennuis, sa vie est noire de chez sombre et peu d’espoir à l’horizon, j’ai déjà lu ça vingt fois ». Et même si j’aime les romans bien noirs américains, j’ai aussi besoin d’autre chose en littérature qui m’ouvre l’horizon. Je commençais donc à bougonner.

Et puis très rapidement, la qualité de l’écriture s’est imposée, forte, puissante, un mélange de violence et de poésie, et j’ai basculé dans le roman, toute entière, pour ne plus vouloir en sortir.

C’est l’histoire d’un type qui sort de prison où il a passé trois ans parce qu’il avait renversé un landau avec sa voiture, alors qu’il s’enfuyait après un braquage. Le bébé était mort sur le coup et l’avenir de Luce Lemay s’était alors obscurci d’un voile épais.

En prison, il a fait la connaissance de Junior Breen, un type qui transporte un bagage bien lourd aussi. Ils se retrouvent, une fois libérés, dans la petite ville de La Harpie, ville natale de Luce.

Et là, les coups vont pleuvoir sous toutes les formes parce qu’on ne pardonne pas, parce que purger sa peine en prison ne veut pas dire que les gens vont accepter de vivre aux côtés d’anciens criminels, parce que la possibilité d’une deuxième chance n’est pas donnée à tout le monde.

Pourtant, il y a Charlene, qui permet à l’auteur de nous offrir des pages magnifiques sur l’amour, loin des niaiseries banales, qui permet au roman de ne pas être que sombre, qui dessine une petite lueur d’espoir au bout du tunnel, mais qui est aussi source de violence.

J’avais déjà été séduite par Prodiges et miracles, mais là, j’ai été plus que conquise. Ce roman m’a touchée en plein cœur. Ses personnages sont aussi complexes que les hommes peuvent l’être. Torturés, profondément meurtris, ils sont bouffés par la culpabilité, tout en espérant une vie meilleure, une rédemption. Ils rêvent d’échapper à leur passé, d’être libérés de leurs cauchemars. Junior est le personnage qui m’a le plus marquée, un colosse poète qui ne se pardonne pas et dont les nuits sont hantées par le fantôme de son crime.

De quelle manière peut-on payer sa dette envers la société ? Est-ce aux hommes de juger leurs semblables ? Peut-on espérer se libérer d’un meurtre ?

Le roman pose des questions, n’y répond pas, mais il suscite en nous des interrogations profondes sur la nature de l’homme, sur notre société remplie de personnes persuadées d’être dans le bon droit parce qu’elles n’ont commis aucun délit, cette bonne conscience que chacun s’octroie dès lors qu’il se croit meilleur que son voisin.

Ce roman est aussi puissant sur la forme que sur le fond. C’est un vrai beau coup de cœur.

« Ils m’ont redonné mon nom tout entier et la vie que j’avais perdue, mais ce landau continuait à rouler, sans chaleur, dans ma tête. Il passa devant moi en vacillant, balançant d’avant en arrière, au moment où je franchissais le portail en métal pour redevenir un homme maître de sa destinée. »

« … Des fois elle est comme ça, Ullele. Des fois, elle pleure parce que le soleil brille trop fort. Elle peut pleurer en plein jour sous prétexte que la nuit lui manque. »

32 commentaires
  1. J’ai découvert Meno avec ce titre, que j’avais lu en compagnie de Marie-Claude. Il m’avait un peu fait penser à Des souris et des hommes… J’en garde un souvenir assez net (fait plutôt rare), certaines images m’ont marquées (les oiseaux de la logeuse et les bribes de poésie sur le panneau de la station-service…). Et j’ai une LC de programmée de Prodiges et miracles pour septembre..

    • J’ai découvert cet auteur grâce à Marie-Claude. Et j’ai très envie d’en lire d’autres. J’apprécie beaucoup son écriture.

  2. Bonjour Krol, jamais entendu parler de cet écrivain. Tu donnes envie car c’est agréable de lire un livre bien écrit. Bonne journée.

  3. Intéressant surtout pour le fond (culpabilité des gens qui pensent être clean)….. Décidément les petites maisons d’édition nous réservent bien des perles 🙂

    • Cette petite maison d’édition publie ce bel auteur américain et c’est génial. J’espère qu’elle va continuer à traduire ses autres romans en français. Il en a écrit 7 et seulement 3 sont traduits.

  4. Merci pour la découverte! Je suis comme toi, il faut de l’écriture, pas toujours la même histoire

  5. aifelle permalink

    Je ne sais pas si j’aurais prêté attention à ce roman bien noir sur la seule foi de la 4e de couverture, mais ton avis me fait noter et le roman et le nom de l’auteur (pas repéré jusqu’à présent).

  6. Je n’en entends que du bien à propos de ce livre!

  7. J’aurais eu l’impression à lire le résumé, de quelque roman noir américain déjà lu, et tu fais bien de mettre en lumière son originalité… à noter, donc !

  8. A_girl_from_earth permalink

    Ah ils sont doués les Américains pour les romans noirs quand même visiblement. Je me note celui-là que je découvre ici et qui a l’air de valoir le détour.

  9. luocine permalink

    beau billet, tu dis exactement ce que je ressens au côté glauque américain, et puis la façon dont tu as été conquise fait que l’on se dit qu’il faut aller y vois de plus près.

    • Merci. J’adore la littérature américaine en général, mais cet auteur a quelque chose de plus dans son écriture qui le distingue des autres.

  10. J’ai découvert Joe Meno avec ce titre que j’ai adoré! Prodiges et miracles est dans ma pal 🙂

  11. d’accord d’accord, il faut noter le nom de l’auteur. ça fait toujours plaisir de découvrir des coups de coeur de blogueurs!

  12. J’avais découvert l’auteur avec ce premier roman, qui m’avait surpris. J’ai préféré Prodiges et Miracles.

  13. Je l’avais vu passer chez Inganmmic,cet auteur, et oublié … Je me demande comment j’ai pu passer à côté, alors que rien que le titre est excellent … Sans doute que comme toi, de temps en temps, je me dis que j’ai déjà lu toutes les histoires de pauvre américains à qui il n’arrive que des ennuis … Alors que non, bien sûr !

    • Et bien sûr que non, il y a toujours quelques pépites qui se distinguent… Joe Meno est un auteur que je garde en tête maintenant.

  14. Des questions bien intéressante, voire éternelles, car sans réponse et tant mieux si l’auteur n’en donne pas. je note !

  15. C’était noir et bien bien sombre, comme j’aime! Sans oublier cette petite lumière au bout du tunnel.

  16. Comme quoi il faut parfois dépasser sa première impression 😉

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