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Lorsque le dernier arbre de Michael Christie

20 novembre 2021
Lorsque le dernier arbre, Michael Christie, traduit de l’anglais (Canada) par Sarah Gurcel, Albin Michel, août 2021, 589 pages.

Quel roman ! Quel souffle !

La construction d’abord. Formidable. Nous débutons le roman en 2038 (dans un monde poussiéreux où les arbres n’existent plus guère). Et ensuite, nous remontons le temps jusqu’en 1908 (à la naissance de l’histoire de la famille Greenwood) pour revenir peu à peu en 2038. Ce roman est construit comme les cernes de l’arbre, une fois qu’on arrive au centre, on n’a plus qu’à revenir vers le cambium. Et de la même façon que l’apparence du cerne témoigne d’une sécheresse, de trop d’humidité ou d’un incendie, les personnages sont des témoins de la grande Histoire. Au fur et à mesure de la lecture, ce qui était semé dans les premiers chapitres prend toute sa valeur. J’ai même pris plaisir à y revenir pour donner un éclairage à ce que je lisais.

C’est un roman qu’on avale à grandes goulées et qu’on pose à regret. Les personnages, même les moins sympathiques, même les plus secondaires, ont une profondeur, une densité telle qu’on ne peut les juger tout mauvais ou tout bons, ils sont des êtres humains dans toute leur complexité.

Les membres de cette famille sont tous liés aux arbres d’une manière ou d’une autre, qu’ils les détruisent ou les protègent, ils entretiennent avec les rois de la nature une relation étroite, fraternelle. Et l’on sait que les frères ne sont pas toujours les meilleurs amis du monde…

La narration. Incroyable. Les événements s’enchainent de telle manière qu’ils finissent par s’imbriquer les uns dans les autres avec une aisance élégante. L’écriture est à la fois fluide et intelligente.

Je partage assez cette vision de Willow Greenwood :

« La « lignée familiale » n’est de toute façon qu’un concept de propagande capitaliste et colonialiste destiné à confisquer le pouvoir au profit d’une petit nombre. »

Et quelques lignes plus loin :

« Non, son fils n’est pas qu’à elle. Il descend de bien des lignées. Ou, plus exactement, il descend de la grande, l’unique lignée : il est né de la Terre et du cosmos et de toutes les merveilles vertes à qui nous devons la vie. »

Magnifique comparaison :

« Même lorsque vous avez coupé et posé une pièce de bois, elle continuera à vivre après votre intervention : elle absorbera l’humidité et se tordra, se courbera, se déformera indépendamment de votre volonté. Il en va de même de nos vies. »

Et cerise sur le gâteau, l’auteur s’amuse avec la notion de saga familiale, au bénéfice de la sacro-sainte poésie, celle qu’Harris, aveugle, aura plaisir à entendre tout au long de sa vie par la voix de l’être qu’il aura le plus aimé sur terre.

« Si Harris aime tant la poésie, c’est pour cette façon qu’elle a de « prendre » dans sa tête comme du ciment, contrairement aux éphémères feux d’artifice des romans qui tissent d’interminables histoires sur des familles et des gens qu’il ne connaîtra jamais. »

 Ce roman époustouflant n’est pas un feu de paille, ni un feu d’artifice, ni même un feu de bois, il est, comme les arbres qu’il décrit, un texte qui plonge dans nos racines les plus profondes et qui établit de multiples ramifications dans nos vies. Jacinda, c’est elle, c’est vous, c’est moi, c’est nous, c’est l’illustration qu’on ne se construit pas sur rien, qu’on a tous besoin de connaître nos origines.

Pour conclure, c’est un vrai beau coup de cœur mais je ne suis guère originale, c’est un avis quasi unanime. Depuis cette lecture intense, les livres me tombent littéralement des mains. C’est une catastrophe.

Merci aux éditions Albin Michel pour l’envoi de ce livre.

50 commentaires
  1. aifelle permalink

    J’attendais un avis sur ce roman. Voilà, voilà, tu ne m’aides pas beaucoup dans mon désir de ne plus acheter de nouveautés ..

  2. aifelle permalink

    PS. Je suis sauvée, il est en commande dans deux de mes bibliothèques !

  3. ton enthousiasme est communicatif! ça donne très très envie!

  4. Je me le suis offert et j’attends mes vacances de Noël avec impatience pour le déguster.

  5. Oui, quel fantastique roman ! Il me trotte encore dans la tête depuis ma lecture estivale. La construction, les personnages, la narration… tout est enthousiasmant.

  6. Je l’ai commencé hier soir et donc je ne lis pas ta chronique pour l’instant mais j’avoue avoir simplement lu : Coup de coeur, quel souffle….. et comme je veux préserver mon ressenti je ne te lirai qu’après….. Mais cela s’annonce un bon week-end au chaud, sous le plaid avec chat et thé et ….. les arbres 🙂

    • Je sais que tu viens de le commencer, j’espère qu’il ne te décevra pas. Mais quel bon week-end, thé, chat, chaleur et les arbres…

  7. keisha41 permalink

    Coup de coeur pareil chez moi!!! C’est sûr qu’après on a du mal à quitter la lecture et en trouver une aussi épatante!

  8. luocine permalink

    comme je suis plutôt dans des lectures en mi- teintes (voire pas terribles), je note tout de suite ce titre que pour l’instant je n’ai vu que chez toi. Donc tu n’es pas du tout après la bataille !

  9. Déjà repéré ! Comme tu l’écris, il suscite un enthousiasme unanime. Du coup, je crois qu’il va passer sur ma pile au-dessus de L’arbre-monde de Richard Powers, auquel je n’ai toujours pas osé m’attaquer… (et que tu as lu, je crois ?)

    • Oui j’ai lu L’arbre-monde et j’ai été plutôt mitigée… en tout cas pas aussi enthousiaste que la majorité des critiques.

  10. toutes les critiques semblent aller dans le même sens…
    J’ai hésité à l’acheter car mon budget rentrée commence à grimper sérieusement…
    Si je le vois à la BM et surtout s’il n’est pas pris d’assaut 🙂

    • C’est vrai que pour l’instant, je n’ai pas lu de critiques négatives… La bibliothèque est un bon compromis pour ne pas faire exploser le budget livres.

  11. Déjà repéré(du coup je n’ai lu que la première mention, enthousiaste, de ton billet), mais pour le moment c’est son côté pavé qui me freine (car il m’est accessible via le Prêt Numérique en Bibliothèque)…

  12. J’avais beaucoup aimé « L’arbre-monde » de Powers, tu as préféré celui-ci largement si je comprends bien !!

    • Tu as bien compris. Dans l’arbre-monde, j’avais trouvé le texte trop éclaté avec tous ses personnages et l’accent trop mis sur l’écologisme extrémiste… bref, j’avais apprécié certaines choses mais pas tout… Ici, j’ai tout aimé !

      • Re coucou ! tu m’as évidemment donné envie et je viens de le finir ! suis en train d’écrire mon billet et je mettrai le tien en lien !! J’ai beaucoup aimé aussi mais il m’a manqué je ne sais quoi pour en faire un coup de coeur ! merci pour la découverte !!

  13. Hé bien quel enthousiasme ! J’avais repéré et noté ce roman, mais je suis dans une période « zéro achat » (depuis… heu, quinze jours !) alors, je vais le surveiller ou le réserver à la bibliothèque… 😉

  14. Je l’ai dévoré aussi, quel roman !

  15. Quelle catastrophe en effet. Cette lecture était trop belle ?

    • C’est très difficile d’enchainer avec une autre lecture après un livre aussi puissant, aussi réussi.

  16. uneviedevantsoi permalink

    Il se trouve dans ma PAL depuis sa sortie, lecture imminente! À lire ton billet, je ne vais pas être déçue.

  17. Ce Canadien remporte un très beau succès avec son premier roman.
    J’ai de la chance: il m’attend! J’avais adoré son recueil de nouvelles, Le jardin du mendiant, traduit par Albin Michel en 2012. J’en étais à me demander s’il écrivait encore… De toute évidence, il murissait son roman.

    • Ah mais il faut que je trouve ce recueil de nouvelles ! Il a peut-être mis du temps pour l’écrire mais quelle réussite !

  18. Oups… je n’avais pas terminé! Quant à l’effet «tombage des mains», je compatis. C’est terrible quand ça arrive…

    • Oh la la oui, je déteste ça. Je prends un livre, j’en lis trois pages, je repose, j’en prends un autre, je lis un chapitre, je repose et ainsi de suite… Terrible ! Jusqu’au roman qui fait mouche, et grâce à toi, c’est Blizzard qui me sauve !

      • Je suis tout à fait ravie que ce soit le roman de Marie Vingtras qui te remette en selle. Yahoo!

  19. Comment ne pas être tentée après la lecture d’un avis si enthousiaste !

  20. J’avais noté, repéré à ma bibli, failli l’emprunter, juste rebutée par le côté pavé. Je vais m’y mettre alors, tu es suffisamment convaincante !

    • Ah non, ne sois pas rebutée par le côté « pavé », il se lit tout seul, ça coule comme du petit lait… et surtout on ne peut plus le lâcher quand on a le nez dedans !

  21. Ce livre semble génial !

  22. La construction narrative fait envie, et j’aime beaucoup les sagas familiales !

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