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Gros-Câlin de Romain Gary, alias Émile Ajar

24 août 2020

 

Gros-Câlin

Romain Gary (sous le pseudo d’Emile Ajar)

Mercure de France

1974

214 pages en poche

 

 

 

« La vie est une affaire sérieuse à cause de sa futilité. »

 

Monsieur Cousin vit avec un python à Paris, il travaille dans les statistiques, il aligne les chiffres, c’est ennuyeux mais ça occupe l’esprit, il est célibataire et amoureux d’une collègue de travail, une guyanaise.

Il vit simple, il pense simple, il est décalé, ses réflexions sont étonnantes parce qu’elles cachent un mal-être existentiel terrible. Il arrange les situations à son compte, il interprète les signes des autres à sa sauce et c’est ce décalage qui prête si souvent à sourire, mais sourire jaune.

Sous des allures de texte burlesque, loufoque, un peu déjanté, se cache un texte pathétique, un drame intérieur terrible. Bien sûr, j’ai eu souvent un sourire aux lèvres mais qui se muait en grimace, de compassion, de pitié, ou peut-être de reconnaissance, compréhension. Qui n’a pas, un jour, ressentit cette solitude extrême (même de manière éphémère) ? Qui ne s’est pas senti, un jour, isolé au milieu de la foule ?

Ses collègues, ses voisins se moquent ouvertement de lui, l’appellent Gros-Câlin, nom qu’il a donné à son python, c’est criant de désespoir. Et puis cette schizophrénie latente qui éclatera à la fin du roman, on ne saura plus qui est qui, l’homme deviendra python, apothéose de la solitude, je me parle à moi-même, je suis moi, je suis lui.

Matérialisation de l’inadaptation du personnage dans la société, le python est aussi celui qui lui permet d’assouvir ses fantasmes, qui lui permet de combler son manque d’amour. Cet homme est pathétique parce qu’il souffre de n’être pas aimé. En mal de câlins, il se serre dans ses propres bras, il aime quand le python l’enlace, l’enserre, il va voir les « bonnes putes » pour être embrassé (dans le sens d’être pris dans les bras de l’autre).

Ce sont les mots virtuoses de Romain Gary qui donne au texte toute sa grandeur, qui joue sur les effets, je n’ai certainement pas saisi toutes les subtilités, mais qu’importe, je me suis laissée porter par la musique des phrases, la répétition des leitmotivs, les jeux de mots. C’est inventif, parfois poétique, ça frise l’absurde. C’est à lire. J’ai adoré.

 

« Mes parents m’ont quitté pour mourir dans un accident de la circulation et on m’a placé d’abord dans une famille, puis une autre, et une autre. Je me suis dit chic, je vais faire le tour du monde. »

« L’amour est peut-être la plus belle forme du dialogue que l’homme a inventé pour se répondre à lui-même. »

 

26 commentaires
  1. J’aimerai beaucoup tenter cet auteur même si comme toi je n’en saisirai peut être pas toutes les subtilités.
    Bonne soirée

  2. aifelle permalink

    Sous la signature d’Emile Ajar, je n’ai lu que « la vie devant soi ». Je ne suis pas très tentée par une histoire de python (brrrrrrrrrrrr)

  3. keisha41 permalink

    Ah les vieilles couvertures folio… ^_^

  4. luocine permalink

    j’ai tout aimé de cet auteur que je relis souvent, celui-là je ne l’ai pa slu depuis longtemps je vais le remettre à mon programme de lecture.

  5. il est pour moi celui-ci!
    j’aime bien la plume de Romain Gary (et lui-aussi d’ailleurs!) j’en ai encore dans ma PAL, je prends mon temps pour déguster 🙂

  6. A_girl_from_earth permalink

    Pas mon Gary préféré (un de mes auteurs chouchou !) mais c’était bien barré comme j’aime.:)

  7. J’espère qu’il est ré-édité ou que ma BM l’aura.

  8. Prévu avec Ingannmic en lecture commune … Il me semble à te lire (même si j’ai un peu survolé ta note, du coup) que nous allons découvrir encore un autre Gary

  9. Ah pourquoi pas oui, je suis intriguée ! 😉

  10. Je me réjouis de le lire ! C’est dingue cette capacité qu’avait Gary de se renouveler d’un titre à l’autre, j’ai lu à ce jour 6 à 7 de ses romans, et aucun ne ressemble à un autre, mais ils ont comme point commun de m’avoir tous plu !

  11. Je n’avais jamais entendu parler de ce titre. Evidemment, ton billet me fait bien comprendre qu’il est à lire. je note !

  12. Je suis folle de Gary depuis ma lecture de La vie devant soi. Et ce titre sera un de mes prochains. Et comme il me tarde.

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