Aller au contenu principal

Cherry de Nico Walker

8 février 2020

Cherry

Nico Walker

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard

Les arènes

2019

 

 

 

 

D’abord, je me suis dit que je ne le chroniquerai pas parce que ça allait être trop compliqué d’expliquer mon exact ressenti.

Ensuite, j’ai balayé d’un revers de main ce moment de découragement, et j’ai décidé de relever le défi. J’ai peur de rien, moi, non mais !

Avant toute chose, il faut situer le contexte. L’auteur est en prison, il doit en sortir en 2020 c’est-à-dire très prochainement. Il a fait la guerre en Irak, il s’est drogué à outrance, il a braqué quelques banques pour acheter son héroïne et pourtant il précise au début du livre :

Ce livre est une œuvre de fiction.

Ces choses-là n’ont jamais eu lieu.

Ces gens n’ont jamais existé.

Et bien sûr, on sourit. Parce qu’évidemment il nous fait un clin d’œil.

Le narrateur est raide dingue d’’Emily, mais il s’engage tout de même dans l’armée et il va passer un an en Irak. Vous imaginez ce que cela peut faire sur un homme ? Sur un homme déjà fragile, déjà drogué, mal dans sa peau et mal dans sa vie. Et bien, c’est pas joli, joli.

Quand il va rentrer aux Etats-Unis, il sombrera totalement, une descente aux enfers sans pause pour respirer, une vraie chute, en compagnie de son amie toxique, l’héroïne, et de sa copine Emily qui ne va pas mieux que lui. Pour financer sa dope, il braquera des banques, c’est d’ailleurs sur cette image (son arrestation lors du dernier braquage) que le roman commence.

Suite aux remerciements de l’auteur, je dirais que le narrateur est un trou du cul mais qu’il m’a plu, ou tout au moins, qu’il m’a émue. Mais je vais développer.

Ce personnage principal possède tous les atouts pour être détesté : il a des accès de violence, il n’est ni bon ni mauvais, juste un pauvre type qui essaie tant bien que mal de survivre, il n’est pas toujours cool avec sa copine, ni avec les femmes en général. Mais comme il ne se donne jamais le beau rôle, et bien il arrive à nous émouvoir. Il parvient, grâce à une froide ironie, à nous faire passer la pilule, à accepter de lire un roman sur un type pas plus sympathique que ça.

Ce personnage s’est enrôlé dans la drogue comme il s’est enrôlé dans l’armée. Ca l’a vite saisi ! Et il nous raconte tout ça avec son langage de jeune drogué, un langage bien familier, bien cru. Et c’est là que je tique un peu. Les romans noirs, sombres, glauques, j’aime ça, c’est ma came, c’est mon moteur. Les fins tragiques, pessimistes, avec bien peu d’espoir, j’aime ça aussi. Le langage cru, familier, ne me gêne pas, sauf… quand ça envahit les pages, que ça les noircit tellement qu’on aimerait parfois une petite phrase bien tournée, bien poétique, un truc qui claque mais sans « fuck ». Heureusement, il y en a, et surtout dans la dernière partie, celle qui décrit sa vie de drogué, son retour placé sous le signe de l’héroïne. D’ailleurs, c’est ma partie préférée. Parce que dans la partie en Irak, j’ai eu l’impression de tourner en rond, d’entendre toujours la même musique avec des officiers qui beuglent genre Full metal jacket et j’avoue que j’ai parfois été agacée et soûlée.

Et pourtant, paradoxalement, j’ai aimé suivre ce narrateur, j’ai aimé reprendre mon livre et me replonger la tête dans la mouise. Il m’a bien eu, en fait, ce petit jeune. Son récit est très visuel, on s’y croirait, il nous parle vrai, authentique, sans langue de bois, il nous parle brut. Et du coup, il nous dit des tas de choses bien pessimistes sur l’Amérique et sur la façon qu’elle a de gérer ses jeunes soldats rentrés d’une zone de guerre où ils ont vécu le pire. Les « fucking » dialogues sonnent très justes tellement ils sont réels mais ils sont un peu trop redondants. Le roman m’a percutée, dérangée, exaspérée mais aussi puissamment marquée. C’est en cela qu’il est réussi.

Roman d’amour mais aussi sur le sexe, ce mec-là ne fait pas l’amour, il baise, roman sur la mort, roman sur l’absurdité de la guerre, roman sur l’aliénation causée par la drogue. Et finalement roman qui est en lui-même une note d’espoir, celle d’un écrivain en puissance qui a transformé son enfermement en une explosion créative.

Ce roman a été très apprécié par Jérôme, Electra et Marie-Claude.

 

34 commentaires
  1. Pas certaine que ce soit pour moi mais ton avis donne envie de découvrir un homme qui, de prime abord, n’avait rien pour attirer la sympathie ou susciter l’empathie…

  2. Tu as parfaitement relevé le défi ! J’ai presque ri en découvrant les blogs vers lesquels renvoient tes liens, et le « ce roman a été très apprécié par » ! Tu m’étonnes ! Je crois fortement qu’il est susceptible de me plaire aussi…

    • Merci beaucoup ! Ouf ! Euh oui, ce sont ces trois personnes qui m’ont donné envie de le lire… c’est assez connoté, hein ? Pas étonnant du tout que ce roman leur ait plu.

      • Ce qui signifie?!!!!!!! (lol) Suis-je si facile à cerner?!

      • Euh… bah oui un peu… quoi…que tu brouilles un peu les cartes en ce moment avec ta passion soudaine pour la littérature française. Cependant, tu n’as pas versé encore dans la romance… parce que si ça arrive, on t’aura perdue à tout jamais !

      • Pas de romance, mais…
        Deux Américains de suite! Les cartes ne sont plus brouillées!

  3. Je ne suis vraiment pas certaine que ce soit pour moi… mais si vous continuez à en parler comme ça… we’ll see!

  4. pas certaine que ce soit pour moi non plus… je garde dans un coin de ma mémoire 🙂

  5. Ah, ah, ton premier paragraphe m’évoque certaines lectures, ce n’est franchement pas toujours facile de partager son enthousiasme pour un livre ! Et je comprends pour celui-ci. Bon, j’avoue, ce genre, ce n’est pas trop  » ma came « , j’aime le noir, moins le style que tu soulignes.

  6. aifelle permalink

    Je ne pense pas que ce soit un livre pour moi, mais combien de vies de jeunes hommes comme celui-là ? J’imagine que s’il s’est jeté à corps perdu dans la drogue, c’est que sa vie n’était pas mirobolante avant ..

  7. je pense que ça peut me plaire, que des Fucking dialogues sont bien nécessaires parfois…

    • Oui parfois nécessaires, le langage cru, vrai, de ceux qui vivent ainsi pour que l’on comprenne bien.

  8. Vu ta note, et les références des blogueurs qui ont apprécié cette lecture, je pense que ce titre va forcément me tenter une fois en poche. Le noir, c’est ma came aussi, je vais tenter de passer par dessus les fucks, parce que sur le style très familier, j’ai parfois du mal.

  9. luocine permalink

    On comprend leur envie de crier à ces jeunes qui ont vu la mort et la drogue de près. J’espère qu’ils vont mieux après l’avoir mis sur papier.
    Je lirai le livre quand il va mieux et qu’il n’a plus besoin de dire fuck à toutes les lignes.

    • J’ai peur qu’on ne retienne de mon avis que ma boutade sur les « fucking » dialogues… Le langage est familier mais le propos du bouquin est profond et surtout il happe fort son lecteur.

  10. Bravo pour avoir repoussé de la main ce moment de découragement. C’est vraiment vrai: tu n’as peur de rien, toi!

    Pour moi, l’histoire autour du livre apporte une étoile de plus à mon appréciation. L’homme, aussi détestable soit-il, reste très intéressant. Un beau «cas».

    Je suis curieuse de savoir s’il compte remettre ça, ou si « Cherry » restera l’oeuvre de sa vie.

    • Excellente question ! L’avenir nous dira tout ça… Tu as raison, l’histoire autour du livre lui donne ce petit quelque chose en plus qui le rend… unique.

  11. A_girl_from_earth permalink

    Tu t’en es bien sortie finalement, ça aurait été dommage de te laisser décourager.;)

  12. Je l’avais acheté suite au billet tentateur de Marie-Claude et il est toujours dans ma pal, hâte de le découvrir à mon tour, on verra bien si ça passe ou pas 😉

  13. De prime abord, je n’étais pas tentée, mais ta conclusion me fait changer d’avis.

  14. je suis attentivement ce que Aurélien, directeur de la collection (ex directeur de la Série Noire) trouve comme pépites à publier. Etonné (agréablement hein ;-)) de voir chroniqué ce livre sur ton blog. Tu me donnes envie. merci

  15. J’ai aodré évidemment, parce que je suis prévisible pais aussi parce que Nico Cherry a mis dans ce roman tout ce qui me plait dans la littérature américaine d’aujourd’hui.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :