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Cent seize chinois et quelques de Thomas Heams-Ogus

31 octobre 2010

Seuil, 2010

 

Entre 1941 et 1943, dans les Abbruzes, des chinois ont été internés dans un petit village Isola del Gran Sasso. Oubliés de l’Histoire mais réhabilités par Thomas Heams-Ogus, ces Chinois nous offrent de superbes pages de leurs histoires dans cette Italie fasciste qui leur reprochait d’appartenir à un peuple ennemi. Chinois mutiques, silencieux, « on les voulait signes d’une présence compacte. »

 

C’est un premier roman époustouflant pour le style. A chaque page, je me disais : « si je savais écrire comme ça, je serais écrivain ! » Il y a de la poésie dans ces phrases, il y a un rythme qui m’a littéralement happée jusqu’à ne pas pouvoir arrêter ma lecture, les mots sont justes, c’est une écriture qui ne nous laisse aucun instant de répit, il faut être aux aguets en permanence, pour ne pas perdre un mot, une phrase, pour ne pas être égaré dans les montagnes des Abbruzes.

« Un soir, les douze désignèrent trois d’entre eux pour aller affronter l’histoire qu’on leur imposait et pousser à l’extrême les formes de la colère. » Aucune action décrite, aucun paysage dépeint ne l’est simplement. Ce qui émerveille souvent peut donc apparaître parfois comme une préciosité.

Mais ce qui reste une fois le livre refermé c’est un sentiment d’admiration.

Le style m’a épatée, mais aussi la réflexion qui se dégage de l’ouvrage. Il est, plus que l’histoire des 116 Chinois, une métaphore de l’enfermement, de l’absurdité des hommes qui confinent un peuple (Chinois, Tsiganes, Juifs) dans des camps, ce qui fait qu’ils ne sont plus considérés comme des individus mais comme des « faisant partie de. »

 

Encore deux extraits :

« Se fit alors le choc de deux regards. Leurs deux visages furent soudain incroyablement proches. Les yeux de l’homme à terre, erratiques, parcoururent la courbure de ses joues, la pulpe de ses lèvres, l’ombre de ses cheveux, ses cernes, ses rides naissantes, les veinules rougies dans ses yeux. Elle en fit autant. Ils se confièrent la responsabilité de leurs visages, et leur choix de ne pas s’éviter, d’accepter cet instant désarmé. Dans ce moment sans durée, face à face, ils se donnèrent leurs blessures. »

 

« Mais ils étaient là, revenus comme chaque soir dans ce camp, ce lieu sans délimitation vraie, cette désarmante prison sans grilles, sans vrai geôlier, sans haine placardée et qui les détruisait pourtant, cette prison, ce camp impensable et impensé, juste su, vu et subi par chacun, chacun dont le renoncement était un des barreaux… »

 

 

 

 

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