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L’amas ardent de Yamen Manai

L’amas ardent

Yamen Manai

Elyzad

2017

230 pages

 

 

 

 

La bibliothèque de l’université perdait de sa superbe même si elle en demeurait l’un de ses derniers joyaux. La poussière recouvrait plusieurs étagères et souvent, celui qui cherchait une information avait l’impression d’exhumer un tombeau. Malgré cette atmosphère fossile et le manque de rénovation, le Don vit dans ses rayons les œuvres scintiller et il se sentit comme sous la voûte d’un ciel étoilé, édifié de mots, monté sur les colonnes d’encre et de papier. Voilà ce que l’homme avait de divin, voilà son véritable temple.

 

Décidément cet auteur, découvert très récemment (avec La sérénade d’Ibrahim Santos) et que je vais rencontrer très prochainement (jour J – 3), a le Don de me plaire. Il sait conter des histoires écologico-politiques dans une langue admirable.

Cette fois, il s’attaque au délicat sujet de la destruction des abeilles par des frelons asiatiques. Et si vous souhaitez savoir ce qu’est l’amas ardent, il ne vous reste qu’à lire ce livre. Mais il ne s’arrête pas là, il ose s’en prendre aux barbus, à ceux qui imposent leur vision étroite du monde. L’après révolution du printemps arabe tunisien est évoqué avec subtilité. Les abeilles sont une allégorie, apprenons de leur technique de l’amas ardent pour nous débarrasser des importuns dangereux et perfides…

Grâce à l’utilisation de la fable philosophique, Yamen Manai dénonce les systèmes autocratiques avec finesse, avec humour, et avec une certaine poésie. Il porte un regard acéré et en même temps vierge, sur le monde, comme s’il découvrait à la fois la beauté du monde et son envers, sa noirceur.

Le seul reproche que je ferais à ce roman, c’est son entrée en matière. Son premier chapitre m’a décontenancée, je ne m’y suis pas retrouvée, trop  anecdotique, trop dialogué, et surtout je n’en ai pas vu l’utilité, je ne m’y attendais pas. D’ailleurs, il le nomme le chapitre 0, c’est dire à quel point il est dispensable.

Mais chut… ce n’est qu’un tout petit rien du tout, qui s’est vite effacé à la lecture du reste. J’ai déjà oublié. Et j’attends avec impatience de rencontrer cet auteur !

 

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Hamaika et le poisson de Pierre Zapolarrua

Hamaika et le poisson

Pierre Zapolarrua

Illustré par Anastasia Parrotto

Editions MeMo

Collection petite Polynie

Janvier 2019

 

 

 

Une poule, un poisson.

« Un petit oiseau, un petit poisson s’aimaient d’amour tendre. Mais comment s’y prendre, quand on est là-haut… »

Et bien, non, ce n’est pas du tout ça, ce n’est pas une histoire d’amour !

Ils n’étaient pas faits pour se rencontrer et pourtant… La poule est curieuse et veut découvrir son environnement, et les gens qui le peuplent. Lui ne veut pas passer sa vie à suivre son banc mais préfère découvrir le monde. Bah oui, finalement, ils étaient faits pour se rencontrer.

Voilà une petite histoire parfaite pour des enfants d’âge CE 2. Pas trop facile à lire, le texte se mérite, c’est de la littérature, au diable sujet-verbe-complément, il y a du vocabulaire, des phrases syntaxiquement riches. Bref, on ne prend pas l’enfant pour un abruti.

Et puis le sujet abordé l’est d’une façon originale et ça c’est génial ! C’est un livre sur l’acceptation de la différence, mais aussi sur l’amitié, qui va, qui vient. Un ami, on ne le mange pas ! C’est un livre humain. Et oui cela peut paraître paradoxal quand il s’agit d’animaux, mais ces bestioles-là sont pleines d’humanité. Elles s’intéressent à autrui, elles observent le monde et cherchent à le comprendre. Un monde qu’on doit se partager.

N’est-ce pas les humains ? LE PARTAGE DE LA TERRE, ça vous parle ?

Et la fin est superbe, bigarrée, et bigrement optimiste.

Pour conclure, ce petit livre A OFFRIR est superbe, les illustrations sont très belles, très colorées, et le livre est cousu ! Oui, oui ! Cousu ! C’est un très bel objet.

Décidément, ces éditions MeMo avec leurs collections Polynies nous offrent de bien belles perles. Je recommande aussi le roman d’Audren, La petite épopée des pions, très sympathique, c’est l’histoire d’un pion qui veut découvrir le monde au lieu de rester enfermé dans sa boite… et puis l’excellent roman de Sigrid Baffert dont j’ai déjà parlé La marche du baoyé.

 

 

Haies vives un recueil de poèmes de Véronique Joyaux

Haies vives

Véronique Joyaux

Recueil de poèmes

Publié par l’idée bleue

2005

93 pages

 

 

 

 

La poésie, ça ne s’explique pas (et pourtant, j’en ai disséqué des poèmes durant mes années d’étude… ça ne m’a pas fait aimer Mallarmé pour autant d’ailleurs…), ça se ressent, ça pénètre en nous pour retourner notre cœur ou notre âme. Alors je ne ferai pas de long discours à propos de ce recueil de poèmes. J’en recopie certains. Peut-être ne vous diront-ils rien, moi, ils m’ont parlé, ils ont trouvé un écho dans mes profondeurs, et je conseille ce recueil à tous ceux qui vibreront à la lecture des extraits que j’ai choisis, à tous ceux qui aiment les mots.

 

Un peu d’eau pour apaiser la soif,

Une page blanche où la parole se déroule

Telle un écheveau,

Je veille l’infime

Pour qu’il soit révélé.

****

Elle avait mis des livres tout autour d’elle

comme un placenta,

elle s’emplissait de mots,

elle ne vivait pas.

****

Sillage d’une aile dans le bleu du ciel,

les chemins se déploient sous le pas du promeneur,

Il n’y a rien,

que l’absence du vent,

mais, dans l’immobilité du jour,

des mots pour le dire.

****

Vivre est parfois si lourd

que ma gorge se noue

Je cherche un coin de jour

une trace de pas

une épaule familière

mais sur le rebord des mots

la solitude prend appui.

 

 

 

La vie aux aguets de William Boyd

La vie aux aguets

William Boyd

Traduit de l’anglais par Christiane Besse

Le Seuil

2007

Lu en poche

396 pages

 

 

Qui aurait dit qu’un jour j’allais lire un roman d’espionnage ? Et pire, que j’allais y prendre du plaisir ? Certainement pas moi. Je n’y comprends rien à l’espionnage et je fuis ce genre (aussi bien au cinéma qu’en littérature). Mais voilà, ce livre traînait sur mes étagères, je n’avais jamais lu l’auteur et je souhaitais le découvrir, je voulais aussi commencer l’année en sortant un livre de ma PAL.

Pourquoi ai-je aimé ce roman ?

D’abord, et surtout, parce qu’il est bien écrit. On sent qu’on a affaire à un écrivain, un vrai, qui soigne ses phrases, qui ne fait pas de l’esbroufe, qui ne cherche pas à tout prix à appâter son lecteur, une belle écriture.

Ensuite, la construction du roman m’a certainement aidée à aller jusqu’au bout. L’auteur alterne les chapitres entre l’histoire de l’espionne, la mère, recrutée par les services secrets britanniques durant la seconde guerre mondiale, et celle de sa fille, en 1976, qui découvre la véritable personnalité de sa mère.

Donc, ce n’est pas qu’un roman d’espionnage, c’est aussi deux beaux portraits de femmes, avec leurs doutes, leurs espoirs, leurs erreurs, leur relation compliquée.

J’ai appris des choses, j’en ressors donc un peu moins bête (ce n’est pas négligeable). Et notamment de quelle manière les services secrets britanniques ont œuvré en sous-main pour convaincre les américains d’entrer dans la guerre. Finalement, c’est le Japon qui va faire pencher la balance…

Et cerise sur le gâteau : j’ai compris ce que je lisais !

Bref, j’ai aimé, toujours avide de suivre les deux personnages. Ce ne sera pas la révélation de l’année, mais je ne boude pas mon plaisir.

Et ainsi, je sors un livre de ma PAL et participe au challenge d’Antigone.

Mille petits riens de Jodi Picoult

Mille petits riens

Jodi Picoult

Traduit de l’anglais par Marie Chabin

Actes sud

Mars 2018

592 pages

Lu sur liseuse

 

 

Ce roman démarre sur les chapeaux de roue. On suit le quotidien d’une sage-femme dans une maternité et les actions s’enchainent, sans respiration, relatées d’une manière telle qu’on s’y croirait. Bien fichu ! Il est très difficile de poser le livre.

Trois narrateurs : un homme suprémaciste blanc dont le bébé meurt trois jours après sa naissance, une femme noire infirmière accusée de meurtre et d’homicide involontaire sur cet enfant, et l’avocate commise d’office qui défendra Ruth lors de son procès.

Le point fort de ce roman c’est son efficacité narrative. Le lecteur est embarqué dans cette histoire, malgré lui, c’est très cinématographique. Et la narration à trois voix permet d’avoir deux points de vue d’un même événement, c’est intéressant.

Son autre point fort c’est qu’il incite fortement le lecteur à réfléchir sur lui-même, à la recherche de ses propres préjugés, de son racisme passif. Le « duel » entre les deux femmes impose un arrêt sur image. Que veut me dire l’auteur à cet instant ? Lorsque je pense que Ruth exagère quand elle présente sa vie comme un combat quotidien contre les mille petites humiliations qu’elle subit dans sa vie professionnelle et personnelle… je pense comme Kennedy, l’avocate blanche, alors que je ne sais même pas ce qu’une femme noire peut réellement vivre dans sa vie quotidienne, aux Etats-Unis. D’ailleurs, l’avocate veut-elle gagner son procès pour sa propre satisfaction personnelle ou pour Ruth ? L’analyse des sentiments des uns et des autres est passionnante. La souffrance de l’homme qui a perdu son bébé alors qu’on aurait juste envie de le traiter de « connard » est réelle et l’on s’étonne à éprouver un peu de pitié. Parce que la vie, c’est ça, c’est cette ambivalence perpétuelle.

Cependant, je n’arrive pas à être emballée à cent pour cent, comme s’il y avait un petit truc qui me gênait, un petit truc difficile à détecter. Certains passages m’ont exaspérée par la lourdeur appuyée du propos (ça va, j’ai compris, je n’ai pas besoin qu’on enfonce le clou !) ou certaines réflexions m’ont paru simplistes. Un côté trop facile, un manque de résistance peut-être.

J’ai été choquée par l’arrestation de Ruth, violente, en pleine nuit, et je me suis demandé si c’était réaliste. Dans l’affirmative, c’est… innommable. On est aux Etats-Unis ! Mais j’ai plutôt eu l’impression d’une surenchère.

Et puis la fin est trop belle pour être honnête et je ne parle même pas de la dernière partie qui se situe six après, vraiment de trop !

Mon avis ressemble à celui de Keisha c’est-à-dire qu’il oscille entre c’est intéressant, c’est bien mené mais c’est aussi too much.

La papeterie Tsubaki de Ito Ogawa

La papeterie Tsubaki

Ito Ogawa

Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako

Editions Philippe Picquier

23 août 2018

374 pages

 

 

 

J’ai lu ce roman juste après Instantanés d’Ambre de Yoko Ogawa dont je n’ai pas parlé parce que j’étais incapable d’en dire quoi que ce soit d’intéressant hormis le fait que j’avais aimé… Un peu bref !

Ce roman est à l’opposé de celui de Yoko, il est aussi lumineux que l’autre est sombre, aussi naturel et ancré dans le réel que l’autre est onirique et ancré dans la folie. Il ne se passe pas grand-chose ni dans l’un ni dans l’autre, mais chaque auteure, à sa manière, parvient à créer une atmosphère, son atmosphère.

Je vais arrêter là ma comparaison.

La papeterie Tsubaki est un lieu serein dans lequel on a envie d’entrer sur la pointe des pieds. On y va pour acheter de la papeterie, certes, mais surtout pour rencontrer celle qui a repris l’activité à la mort de sa grand-mère, et qui est aussi et surtout écrivain public, celle qui écrira ce qu’on n’arrive pas à mettre en signes soi-même. Et là, on découvre un monde incroyable : il ne s’agit pas que de mots, mais aussi de papier, d’encre, de timbre, de calligraphie. Sans aucun ennui, nous plongeons dans cet art avec un plaisir non dissimulé, en essayant d’en comprendre toutes les subtilités. Sublime.

La bonté du personnage, sa soif de faire au mieux, son exigence, la rendent extrêmement attachante. Son rapport à sa grand-mère, une femme sévère et exigeante mais qui l’a formée à l’art de l’écriture et à la calligraphie, évolue au fur et à mesure qu’on tourne les pages. Cette maîtresse-femme est l’être essentiel. Celle qui n’est plus mais qui occupe sans cesse le cœur et l’esprit de sa petite-fille. C’est une histoire de transmission avant tout.

Ce roman nous permet de découvrir un monde totalement inconnu d’un occidental, il nous plonge dans un Japon merveilleux et on en ressort calme et apaisé, détendu et avec un sourire aux lèvres.

Parfois, j’ai tiqué devant telle ou telle réaction d’un personnage, la trouvant niaise ou trop emplie de bons sentiments, mais globalement, ce qui prévaut c’est la quiétude, la fascination. C’est tout simplement un roman qui dépayse, emprunt de mélancolie et de douceur. On a juste envie de dire : c’est beau ! Et toutes ces pages de signes japonais donnent à l’histoire de l’authenticité.

Est-ce par opposition à ma lecture précédente que j’ai été tant charmée par ce roman ? Je ne sais pas. C’est vrai que je recherche souvent dans un roman, un univers plutôt sombre et tragique, dur et âpre, j’aime être bousculée, dérangée, (les deux derniers livres chroniqués démontrent le contraire….) mais là, j’ai été happée dès les premiers mots par cette atmosphère paisible. Je le conseille à tout le monde !

 

La somme de nos folies de Shil-Li Kow

La somme de nos folies

Shih-Li Kow

Traduit de l’anglais (Malaisie) par Frédéric Grellier

Zulma

2018

384 pages

Lu sur liseuse

 

 

 

Pour ce roman lu en décembre, un petit article énumératif :

Un village en Malaisie, ses lacs légendaires, ses inondations, des personnages atypiques, deux narrateurs différents : un vieil homme plus sage que fou, une jeune orpheline qui regrette de ne pas avoir osé demander des Springles, des événements cocasses, dramatiques, drôles, quelques longueurs mais point trop, une belle osmose entre tradition et modernité, un peu de réalisme magique, de la fraicheur, de la pétulance, un style enlevé, autant d’ingrédients qui m’ont permis de passer un très bon moment.

Si vous souhaitez être dépaysé, si vous n’avez jamais lu de roman malaisien (ou malais, je ne sais toujours pas quel terme choisir), si vous voulez être agréablement surpris, vous pouvez tenter la lecture de ce titre. Il mérite un détour.

Un petit bémol : la différence entre les deux narrateurs n’était pas assez marquée à mon goût.

D’autres en parlent bien mieux que moi et surtout de manière plus détaillée : Jostein, mes échappées livresques, Kathel, Mumu, Antigone, Leiloona.

Un avis différent, moins enthousiaste ici.