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L’aube sera grandiose d’Anne-Laure Bondoux

L’aube sera grandiose

Anne-Laure Bondoux

Gallimard jeunesse

21/09/2017

297 pages

 

 

 

 

 

La mère de Nine l’emmène (bien malgré elle) passer une nuit blanche dans une cabane au bord d’un lac pour lui raconter sa vie et celle de sa mère et de ses deux frères dont elle ne connaissait pas l’existence.

C’est un livre dont j’ai pris plaisir à tourner les pages, et ceci d’autant plus qu’il se déroule en partie sur  la période de ma jeunesse. L’héroïne  est une femme de mon âge. A partir de là, on peut se demander si ce livre plaira aux jeunes lecteurs (lycéens et grands collégiens) qui ne pourront s’identifier qu’au personnage de Nine. Je m’interroge souvent sur ces livres jeunesse qui ne peuvent être rangés en littérature adulte et qui ne touchent pas forcément le public visé.

Contrairement à ses autres romans, Anne-Laure Bondoux a pris le parti de traiter un sujet relativement banal : le secret familial et j’avoue que j’ai été un peu déçue. Moi qui ai adoré Les larmes de l’assassin ou encore Pépites ou encore son précédent Tant que nous sommes vivants, ici, j’ai attendu, en vain, une originalité,  ce petit quelque chose qui fait que la voix de cette auteure se situe dans un registre différent, loin des sentiers battus, cette petite musique si particulière que j’apprécie tant. En vain.

Bien sûr, Anne-Laure Bondoux maîtrise parfaitement l’art du suspense, ses allers-retours entre le passé et le présent affament le lecteur. Elle sait créer une atmosphère liée à une époque, elle sait rendre ses personnages attachants avec leurs particularités propres. Bien sûr, la vie de ses personnages est plus rocambolesque que la moyenne. Anne-Laure Bondoux est indéniablement une bonne conteuse.

J’ai aussi aimé cette fin dont on ne peut rien révéler mais qui me semble parfaite. Je ne peux pourtant pas en donner la raison… En revanche, je suis certaine qu’elle ne plaira pas forcément à un plus jeune public qui préfère des fins bien moins ouvertes.

Vous l’aurez compris, je reste perplexe et j’aimerais vraiment avoir l’avis d’un plus jeune lecteur, un qui n’a pas vécu ces années 70-80 et qui les découvre sous la plume de l’auteure.

 

 

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Les filles au lion de Jessie Burton

Les filles au lion

Titre original : The Muse

Jessie Burton

Traduit de l’anglais par  Jean Esch

Gallimard

Mars 2017

497 pages

Lu sur liseuse

 

Je me sens une humeur  pinailleuse. Ca doit être l’effet du froid sur mon organisme ou alors l’approche des fêtes de fin d’année que je déteste, je ne sais pourquoi mais j’ai envie de dire toutes les petites choses qui m’ont agacé dans ce roman. Globalement, j’ai apprécié, j’avais envie de connaître le fin mot de l’histoire, mais quelques petits détails m’ont froissée.

Le côté too much des personnages. Je m’explique. Odelle vient des Caraïbes, elle vit à Londres en 1967 et subit le racisme ordinaire des gens de couleur. Et bien, il me semble que cela ne sert pas l’intrigue et que, par conséquent, il n’était pas nécessaire d’en rajouter en évoquant ce thème alors que le roman aborde déjà beaucoup de thèmes divers : la création artistique, la place de la femme dans la société en 1936 et en 1967, la difficulté pour la femme d’être reconnue comme artiste, la guerre civile espagnole, le marché de l’art, le mystère familial, l’amour…

Les personnages, donc, me semblent assez caricaturaux et l’auteure donne un très mauvais rôle aux hommes. Ils sont détestables, sans nuance possible. Les personnages féminins ne sont pas plus sympathiques (surtout ceux de 1936), ils peuvent même être agaçants, hormis Odelle (en 1967) qui est à la recherche de la vérité sur ce tableau.

Le style ne m’a pas éblouie, on lit bien ce roman mais il n’a aucune originalité de ton. Je l’ai trouvé assez inégal. Les descriptions des tableaux en revanche sont plutôt réussies, parce qu’on les visualise très bien.

Et pour ne pas finir sur une note discordante (par rapport au reste des critiques), j’ai aimé qu’il s’agisse d’une réflexion autour du désir de reconnaissance (ou non) d’un artiste, qu’il soit peintre ou écrivain, et d’ailleurs le parallèle entre Olive et Odelle est intéressant, que le roman navigue entre les deux époques (celle de la naissance de l’œuvre et celle de sa redécouverte), que l’arrière-plan historique  ne soit pas qu’un arrière-plan, j’ai aimé me tromper (et non, ce n’était pas celle à laquelle je pensais ! Que je suis niaise !), j’ai aimé dénouer les fils de cette intrigue. Mais sans plus.

Je crois qu’il serait bon que je lise Miniaturiste, le premier roman de Jessie Burton que tout le monde porte aux nues.

 

 

Heather, par-dessus tout de Matthew Weiner

Heather, par-dessus tout

Matthew Weiner

Traduit de l’anglais par Céline Leroy

Gallimard

2017

130 pages

 

 

 

Roman court ou longue nouvelle, ce texte a été écrit par le créateur de la série Mad Men, qui a l’air très connue et que je ne connais pas du tout (bon, il faut dire que je ne suis pas fortiche en séries, je n’en ai regardé qu’une dizaine… et encore pas toutes entièrement).  Apparemment, c’est son premier roman.

J’avoue que je n’ai pas été aussi séduite que j’aurais voulu. Je m’attendais à quelque chose de plus dense et de plus puissant.

Karen et Mark se sont rencontrés tardivement (c’est-à-dire aux alentours de quarante ans), ils sont aussi patauds l’un que l’autre dans les relations qu’ils établissent avec autrui. Ils ont de l’argent, dépensent sans compter et élèvent leur fille Heather dans la certitude qu’elle est la plus belle et la plus intelligente. Parallèlement, on suit, un peu, le parcours d’un pauvre gosse, Bobby, né d’une mère alcoolique et droguée et de père inconnu qui va très vite être incarcéré parce qu’il a violenté une jeune fille. C’est en prison qu’il apprendra qu’il aurait mieux valu qu’il tue sa proie…

Bref ! Le tableau est dressé, on se doute dès le début que tout cela va mal finir, et même si la fin n’est pas tout à fait celle qu’on attendait, elle ne nous étonne guère non plus. La tension est palpable à partir du dernier chapitre (seulement). Dans les quatre précédents, le style de l’écrivain crée une telle distance avec ses personnages qu’on lit ça de loin, d’un œil presque distrait, et surtout on en souligne les aspects caricaturaux. Le couple qui se croit heureux mais qui n’en a que l’air, les riches tout gentils, les pauvres tout méchants, la prison qui finit de convertir le pauvre mec à la méchanceté vraiment méchante, bref… tout cela est un peu trop attendu me semble-t-il.

J’aurais aimé être plus dérangée, plus malmenée, plus étonnée.

 

No home de Yaa Gyasi

No home

Yaa Gyasi

Traduit de l’anglais par Anne Damour

Calmann-Lévy

4 janvier 2017

Lu sur liseuse

 

 

 

Difficile de décrocher de ce roman-là pour deux raisons : il est captivant et on a peur de perdre le fil si jamais on laisse passer trop de temps entre deux lectures.

L’histoire ? Elle s’étend sur trois siècles !

Au Ghana, une femme a deux enfants, deux filles, de deux pères différents, deux sœurs qui ne se rencontreront jamais. Le roman raconte l’histoire de ces deux lignées, l’une grandit en Afrique (famille d’un vendeur d’esclaves, la fille ayant été mariée de force à un colon anglais) et l’autre en Amérique (famille vendue par le même vendeur d’esclaves).

Chaque chapitre est centré sur un personnage, fils ou fille du personnage précédent, et les chapitres alternent l’une et l’autre lignée.

Est-ce clair ? Rien n’est moins sûr.

Mais peu importe, je ne connaissais rien de l’histoire et j’ai aimé découvrir cette construction particulière du roman (un peu perdue au début mais pas longtemps) parce que j’avais l’impression de lire plusieurs histoires individuelles, je lisais chaque chapitre comme autant de nouvelles ou de contes. Néanmoins, la réussite de ce roman c’est son ampleur, son ambition ! On ressent, on vit chaque vie comme une partie d’un tout, d’une histoire commune à tous, l’esclavage, la ségrégation, et sur l’autre continent, la colonisation, les guerres interethniques, les croyances… Ce roman c’est l’Histoire du Ghana ! et donc des Etats-Unis et donc de la Grande-Bretagne, comme le Sénégal est aussi celle de la France.

C’est un livre sur les souffrances des gens opprimés. Les personnages sont meurtris, abimés, humiliés, et malgré tout, ils vivent, se marient, aiment et se battent. C’est un livre qu’on lit en retenant son souffle, une inspiration pour chaque chapitre. On sait ce qui est arrivé à ces peuples, on connaît et pourtant on s’indigne toujours autant. Et surtout, l’auteur réussit à dérouler l’histoire sur les deux continents sans aucun manichéisme, mais avec un talent incroyable qui ne faiblit pas de page en page.

Certains ont comparé Yaa Gyasi  à Toni Morrison, je n’irai pas jusque-là, sa langue est un peu moins imagée, un peu moins haute en couleurs, elle est plus abordable, moins dense, mais cela n’enlève rien à la puissance de ce roman. J’ai beaucoup aimé. Il m’a cueilli sans prévenir, je l’ai ouvert dans l’intention de n’en lire que les premières lignes et j’ai avalé le premier chapitre d’une traite.

 

 

The square, un film de Ruben Östlund

The square

Film suédois de Ruben Östlund

Avec Claes Bang, Elisabeth Moss, Terry Notary…

Sorti le 18 octobre 2017

Palme d’or à Cannes en 2017 (même si ce n’est pas une référence)

 

 

 

 

J’écris un article sur ce film pour avoir votre opinion. Que ceux et celles qui l’ont vu lèvent le doigt et surtout participent !

Je reste perplexe devant ce film. Pour résumer, c’est un conservateur de musée qui prépare une exposition, The square, un carré installé au sol qui a pour but d’inciter les visiteurs à l’altruisme (ou tout au moins à y réfléchir). Cet homme est beau, imbu de lui-même et ses actions ne sont pas le reflet du message qu’il voudrait faire passer.

Ce film se présente plus comme une suite de scènes que comme un ensemble parfaitement homogène. Parfois, cela part un peu dans tous les sens. Il n’y a pas toujours de suite logique même s’il y a un fil rouge. Certaines scènes sont jubilatoires, amusantes, d’autres caustiques, dérangeantes, d’autres encore incompréhensibles (mais que fait ce chimpanzé qui se barbouille de rouge ?), d’autres magnifiques.

Le film dresse un portrait cruel de notre société, s’attaquant aussi bien à l’art contemporain en dénonçant son côté pédant et abscons, qu’à notre dépendance aux nouvelles technologies, qu’à notre égoïsme de petits bourgeois. Visuellement, le film est superbe, il y a des plans absolument fascinants, il est inventif, original, mais ne verse-t-il pas lui-même parfois dans ce qu’il dénonce dans la première scène (très réussie) du film, à savoir l’hermétisme d’un certain art ?

En conclusion, j’ai aimé de nombreux passages du film, je n’ai pas tout compris, je pense qu’il est trop long (on pourrait enlever une petite demi-heure), mais il m’a marquée, et ne me quitte pas.

J’ai vu aussi le précédent film de ce réalisateur Snow therapy qui m’avait aussi laissée perplexe…

 

 

14 juillet d’Eric Vuillard

14 juillet

Eric Vuillard

Actes sud

17 août 2016

208 pages

Lu sur liseuse

 

 

 

Je ne vais pas me faire des amis avec cet article. Amis blogueurs et amies blogueuses  qui avez adoré ce livre, passez votre chemin, ne lisez pas mon article, il va vous énerver !

Voilà encore une fois un grand moment de solitude. Un livre encensé, un auteur récemment récompensé et pour ma part, une lecture en demi-teinte. Je m’explique.

Quand mon avis sur un livre ne rejoint pas celui de la majorité, j’hésite souvent à écrire une bafouille. Je me sens bien peu de chose pour oser avouer que je suis restée de marbre devant le style inimitable de cet auteur. Et pourtant, le flot d’énumérations a eu raison de ma patience, mon agacement n’a cessé de croître et même si j’ai apprécié certaines tournures, certains bons mots, la vision originale de cette révolution, je suis restée globalement en marge, en retrait, à des kilomètres du propos.

L’originalité de ce texte, c’est l’angle de vue. L’auteur souhaite nous plonger dans la foule, ces anonymes qui ont fait cette révolution, loin des noms célèbres, des événements battus et rebattus. Il focalise sur les héros du peuple, les petites gens qui deviendront des personnages de légende, et les hommes et les femmes du peuple qui, resteront anonymes mais à qui il rend leur heure de gloire.

Malheureusement, cela n’a pas fonctionné avec moi. J’ai apprécié un chapitre sur Paris, la ville, qui s’étale, s’étend et gonfle. J’ai trouvé le texte sublime. Et puis paf ! Tout est retombé comme un soufflé au chapitre suivant sur la foule, chapitre dans lequel l’auteur s’est déchaîné, avec ses énumérations en pagaille, les noms, les âges, les métiers, même si je comprends ce qu’Eric Vuillard a voulu faire, cela m’a assommée. J’ai aimé tel ou tel passage mais c’était très vite gâché par les phrases qui suivaient.

L’auteur a voulu mettre la lumière sur les petits, les démunis, ceux qui vivent de rien mais qui ont, malgré tout,  marqué l’Histoire le 14 juillet 1 789. C’est pourquoi, il ébauche des vies, il évoque de brefs destins. Mais c’est aussi pourquoi, il enfonce  des portes ouvertes. « Certaines vies comptaient donc davantage que d’autres. » Bah oui, ce n’est pas nouveau et la mort d’un ouvrier comptera toujours moins que la mort d’un homme politique ou de nos jours que celle d’un artiste.

Néanmoins, j’ai apprécié les brèves incursions de l’auteur dans son récit, pour donner son avis, pour souligner un fait. Pour conclure, certaines choses m’ont plu, d’autres au contraire, m’ont ennuyée. J’hésite beaucoup à lire le livre qui lui a valu de recevoir le prix Goncourt 2017.

 

 

 

 

Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer

Ces rêves qu’on piétine

Sébastien Spitzer

Les éditions de l’observatoire

Août 2017

305 pages

 

« Pour survivre, il faut s’oublier. »

 

 

Et non ce n’est pas un xième roman sur la seconde guerre mondiale. C’est une vision à la fois différente et familière, c’est un regard neuf, des mots choisis, c’est très documenté et librement adapté, les personnages nous emmènent dans leur sillage avec détermination.

J’ai aimé cette construction qui alterne chapitres centrés sur la glaciale Magda Goebbels dans le bunker, chapitres centrés sur ces Juifs qui fuient l’horrible brasier de la grange de Gardelegen, et ces lettres totalement fictives d’un père adoptif à sa fille.

Ces lettres seront le lien entre tous les personnages, entre l’histoire et l’Histoire, des lettres qui sont le fil conducteur du roman.

Car le véritable héros de ce roman est bien Richard Friedländer, un héros discret et malheureux  qui sème dans ses lettres des parcelles d’émotion incroyables.

Un premier roman très réussi.

 

« C’est la peur qui fait mal. La peur que la mort prenne son temps. »

 

J’ai acheté ce roman suite à l’article de Jérôme Jostein, H-Ch Dahlem, Alex, Estellecalim, a girl from earth ont aimé aussi.