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Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle

Femme à la mobylette

Jean-Luc Seigle

Flammarion

Août 2017

239 pages

 

« Tout finit dans l’absence et le silence absolu du monde. »

 

 

 

J’ai eu peur ! J’ai beaucoup aimé les deux précédents romans de l’auteur, ma rencontre avec lui dans une petite bibliothèque de campagne, et je partais donc confiante pour aborder ce troisième roman.

Seulement voilà, les premières pages me laissaient de marbre, j’assistais, pétrifiée, à la description d’une femme malheureuse, au bout du rouleau, tellement au bout qu’elle avait pensé tuer ses enfants et se suicider ensuite, et moi, inerte, imperturbable, à lire des phrases brèves, presque cliniques, sans qu’elles ne produisent aucune émotion en moi.

Heureusement, cela n’a pas duré. Dès que l’auteur a commencé à évoquer les ancêtres de Reine, j’ai retrouvé l’écriture que j’apprécie tant et puis surtout, dès que le ciel s’est ouvert pour elle, que le bleu a éclaté, que la vie est revenue avec ses espoirs, j’ai réussi à naviguer entre les mots, entre les phrases, les images sont venues en force, et l’histoire m’a touchée en plein cœur.

J’avais encore une légère crainte, celle d’une fin heureuse, genre bonbon collant, mais c’était sans compter sur le talent de l’auteur pour dépeindre une société en crise qui oublie ses « exclus », et les laisse s’enfoncer toujours davantage sans même leur tendre la perche dont ils ont besoin.

Un beau moment de lecture, comme toujours avec cet auteur.

Ce tableau de Rembrandt à découvrir derrière les mots de Jean-Luc Seigle :

 

L’avis d’Eve qui a beaucoup aimé.

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Pour services rendus de Iain Levison

Pour services rendus

Iain Levison

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fanchita Gonzales Batlle

Publié chez Liana Levi

5 avril 2018

219 pages

 

 

 

Les mensonges ! Comment fabriquer de vrais témoignages et de fausses preuves (quitte à aller très loin)  pour faire perdre son adversaire aux élections sénatoriales ? Tel est le thème de ce dernier roman de Iain Levison, court, mais efficace et très bien construit.

1969. Vietnam. Drake est sous les ordres de Fremantle.

2016. Etats-Unis. Drake est sénateur et se représente aux élections. Fremantle est directeur de la police d’une petite ville du Michigan. Le second devra aider le premier à gagner les élections, de témoignage en témoignage, de petit mensonge en gros mensonge.

Iain Levison démonte méticuleusement l’engrenage des manœuvres politiciennes, dans une satire qui fait frémir parce qu’on sait que, dans la vraie vie, les mécanismes de l’accession au pouvoir sont les mêmes.

J’ai aimé la mise en parallèle de l’absurdité de la guerre au Vietnam et de l’absurdité d’une campagne électorale où tous les coups bas sont permis, tout ça pour élire un type avide de pouvoir. La mauvaise foi, apanage des politiciens, les discrédite à longueur de temps mais elle leur colle à la peau, et ils n’envisagent jamais de faire sans. La mauvaise foi des militaires est la même, ils donnent des ordres, sans être convaincus de leur bien-fondé, quitte à envoyer leurs hommes au carnage.

J’ai aimé le dernier chapitre qui explique le pourquoi du comment, qui éclaire tout à fait le lecteur sur les vraies raisons de l’acceptation de témoigner…  et qui clôt le roman de manière tout à fait inattendue mais parfaite, qui boucle la boucle de façon magistrale.

Comme Jérôme, j’ai juste regretté une toute petite chose (mais c’est une peccadille) : l’humour si présent dans Un petit boulot, et quelque peu absent de ce dernier roman. Mais heureusement, le cynisme est toujours là et bien là et je me suis régalée !

 

Dans les angles morts d’Elizabeth Brundage

Dans les angles morts

Elizabeth Brundage

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud

Quai Voltaire/Editions de la Table ronde

Janvier 2018

528 pages

 

 

 

Dès les premières pages, je me suis dit : « zut, c’est un polar, pas sûr que ça me plaise » et puis très rapidement, j’ai compris que ce n’était pas du tout ça. Certes, le roman commence sur un assassinat, une femme retrouvée morte sur son lit. Mais il se déploie dans bien d’autres directions, bien plus complexes, bien plus intéressantes, bien plus poignantes.

C’est un roman qui commence presque par la fin, on connait presque le coupable, finalement ce roman, c’est l’histoire d’une maison, d’une petite ville, d’une famille de garçons orphelins, d’un couple sans amour… des relations des uns avec les autres, la femme avec la maison, les garçons avec la femme et l’enfant… la femme avec le fantôme bienveillant de la mère des garçons…

C’est très bien raconté, très addictif. Très difficile pour moi de m’arrêter dans ma lecture. Et puis cette manière de raconter un événement  du point de vue d’un personnage, puis du point de vue d’un autre, de remonter le temps et d’entrelacer les histoires, de montrer les côtés ambigus de l’âme humaine, de jouer avec les nerfs du lecteur qui ne sait plus que penser, c’est d’une grande puissance évocatrice et d’une grande qualité romanesque !

J’en ai aimé l’écriture, parfois poétique, elliptique juste comme il faut, et cette fin… qui scelle le destin des personnages d’une phrase, d’une image, sublime. C’est sombre, c’est tortueux, comme j’aime, mais pas complètement désespéré, ça a failli… mais non.

De fausses vérités en vrais mensonges, George est un personnage antipathique, mais on le suit sans déplaisir, parce qu’on veut savoir ce qu’il va faire, de quelle manière, pour quelles raisons, on l’accompagne dans ses errances et dans son machiavélisme et on sait bien que la mort est au bout de son parcours (puisque le roman commence par la fin). Les autres personnages sont parfaitement dépeints, façonnés par leur éducation et par leur époque, les femmes cherchent à s’émanciper, les hommes les accompagnent ou pas dans leurs choix, c’est passionnant.

Je vous le conseille, c’est un très bon roman noir.

L’avis de Jostein.

 

 

On ne sait jamais ce que le passé nous réserve de Edouard Moradpour

On ne sait jamais ce que le passé nous réserve

Edouard Moradpour

Fauves editions

2018

290 pages

 

 

 

 

Je n’accepte pas souvent les propositions d’envoi de livres de la part des éditeurs ou des auteurs parce que je n’aime pas écrire sous la contrainte. J’ai besoin de liberté pour écrire. Et je n’aime pas blesser un auteur de mes mots, si je n’aime pas…

Pourquoi ai-je accepté de recevoir celui-ci ? Pour le sujet traité sûrement.  Et parce que j’étais bien luné ce jour-là, je n’ai pas mis le message à la corbeille.

Je sais, je sais, vous vous dites, elle délaye, elle fait diversion pour ne pas parler du roman…

Et bien non ! En fait, pas tout à fait. Je posais le contexte, figurez-vous !

C’est l’histoire d’une octogénaire qui pousse son caddie vert, tous les jours, dans la rue, pour aller faire ses courses. Cet objet fait partie du décor et il a son importance. Un jour, elle se dirige vers un écrivain en mal d’inspiration (je vous l’accorde, ce n’est guère original), qui se trouvait sur son chemin (pas tout à fait par hasard) pour lui demander de la dénoncer à la police. Et à partir de là, elle se met à lui raconter son histoire, dans l’espoir secret qu’il écrive sur elle, sur sa vie, sur ses déboires. Je n’ai pas envie d’en dire davantage, je trouve que j’en ai déjà dit beaucoup (ça ne me ressemble pas). J’ajoute cependant, que son histoire se déroule en partie pendant la seconde guerre mondiale.

C’est un roman qui invite le lecteur à changer ses idées sur un personnage. Ce qu’il croit pendant les trois quarts du roman s’avère faux. J’aime quand les auteurs m’emmènent sur une fausse piste. En l’occurrence ici, on est surpris par la fin, très surpris.

J’ai avalé ce roman en très peu de temps, impatiente de découvrir le fin mot de l’histoire. Je n’ai pas été déçue par le contenu.

Le procédé utilisé, à savoir, le personnage qui raconte sa vie au narrateur, permet de créer du suspense, de réagir aux propos de la vieille dame, à l’unisson avec le narrateur, il s’établit alors une espèce de connivence pas désagréable.

Néanmoins, il m’a parfois agacé ce narrateur avec ses remarques inutiles et dans lesquels trop d’explications tuaient l’oiseau dans l’œuf. Ceux qui me suivent le savent, je préfère qu’un auteur me suggère les choses plutôt qu’il ne me les explique comme si j’étais une andouille incapable de comprendre à demi-mot.

Globalement et pour conclure, j’ai été vraiment séduite par l’histoire et son rebondissement final, mais l’écriture ne m’a pas toujours convaincue, même si je reconnais que le style fluide de l’auteur permet une lecture aisée.

 

Le sang et le pardon de Nadeem Aslam

Le sang et le pardon

Nadeem Aslam

Traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli

Le Seuil

Janvier 2018

362 pages

 

 

 

Un Américain tue des hommes au Pakistan, il se fait arrêter, mais les autorités pakistanaises demandent aux familles de lui pardonner en échange d’argent ou d’un visa américain. Le prix du sang. La femme de Massud ne voudra pas se laisser faire mais la possible révélation au grand jour de son secret pourrait la perdre…

Nadeem Aslam fait partie de mes valeurs sûres. Lorsque j’ai une panne de lecture, que la plupart des romans me tombent des mains, je sais qu’en prenant un roman du Pakistanais, je vais quitter, pour un temps, notre confortable monde occidental pour un monde oriental terrifiant. Et j’avoue que j’aime ça.

Ce roman est douloureux mais il nous éclaire sur la corruption au Pakistan, sur l’intolérance religieuse, aussi bien du côté des hindous (au Cachemire) que des musulmans, sur les relations diplomatiques mondiales qui font fi de l’humain.

Ce genre de lecture touche particulièrement le côté rebelle de mon cœur, je tourne les pages au gré de mes soupirs et de mes révoltes intérieures, je pose le livre, exaspérée par le comportement des hommes, je le reprends, avide de lire la suite…

La vie est difficile pour les chrétiens au Pakistan comme pour les musulmans au Cachemire… Les religions pourrissent vraiment les relations entre les hommes. Il y a de quoi devenir fou :

« Des non-musulmans se faisaient tuer parce qu’ils n’étaient pas musulmans. Et des musulmans parce qu’ils n’étaient pas de la bonne obédience. »

Mais même sans parler de religion, ces hommes avides de sang et fiers de leurs certitudes ne trouveraient-ils pas un autre terrain de mésentente ? Le Cachemire par exemple, étant écartelé entre l’Inde et le Pakistan… une histoire de bout de terre…

Je désespère de l’âme humaine.

La narration est parfaitement maîtrisée. L’art de créer du suspense en laissant le destin d’un personnage dans l’incertitude à la fin d’un chapitre, la volonté de retarder les informations, de les révéler au compte-gouttes jusqu’à la toute fin du livre, d’enchaîner les événements mais sans surcharge, révèlent que Nadeem Aslam est un grand romancier.

 

 

Plusieurs en un…

Deux semaines que je n’ai pas écrit un seul article, et pourtant j’ai beaucoup lu mais que m’arrive-t-il ? J’ai perdu l’inspiration… alors je renvoie vers des blogs ou je cite d’autres lecteurs avec qui je partage le point de vue.

 

Extrêmement déçue, j’avais beaucoup aimé J’étais derrière toi. Mais là, non. « Un Harlequin customisé par un habillage P.O.L » dixit un très cher ami. Et je partage !

 

 

 

 

Oui, bon, bah, tout ça pour ça… Belle écriture, certes. D’habitude, j’aime Claudel. Mais je l’ai lu après Jeu blanc de Wagamese et je n’aurais pas dû. Je suis d’accord avec Jérôme.

 

 

 

 

Éléphant n’était pas à la médiathèque, j’ai donc emprunté un roman plus ancien de Martin Suter. J’ai été très déçue. Mais promis, Kathel, je lirai quand même son dernier roman.

J’ai eu du mal à appréhender le concept : le temps n’existe pas. On pourrait donc faire revivre une personne aimée et disparue en rétablissant au millimètre près le décor dans lequel elle évoluait le jour de sa mort… J’ai attendu la fin avec impatience, pour… ça ! « Et là rien, sauf une lenteur et une prétention à propos des réflexions sur le temps ! » dit Luocine sur Babelio.

 

 

 

 

J’ai adoré la BD Jamais que j’ai achetée suite à l’article de Mo’ qui dit exactement ce que j’ai pensé de cet album.

 

 

 

 

 

D’autres livres m’ont laissée muette, et pas forcément parce que je n’ai pas aimé, mais tout simplement parce que je n’ai rien à en dire d’intelligent. Cependant, je n’ai pas trouvé de critiques qui reflétaient ce que je pouvais en penser. Alors, je ne dis rien. J’avoue que je suis dans une phase critique du blog…

 

 

Jeu blanc de Richard Wagamese

Jeu blanc

Richard Wagamese

Traduit de l’anglais par Christine Raguet

Editions Zoé

250 pages

 

« Qui aime ne brandit ni ne requiert la peur. »

 

 

Un résumé bref : un jeune indien d’origine ojibwé vit son enfance dans un internat où les Blancs croient pouvoir détruire les histoires personnelles de chacun des enfants pour leur inculquer une éducation chrétienne… Il va trouver une porte de sortie grâce au hockey sur glace mais c’est sans compter sur le racisme des Blancs envers les Indiens. Et le titre prend tout son sens.

 

Lire un livre les larmes au bord des yeux, le cœur lourd, la révolte tapie au fond de l’âme.

Ce roman a tressé à l’intérieur de moi un mélange de colère, d’impuissance devant la méchanceté des hommes, et d’admiration devant la force intérieure de ce personnage.

J’ai lu l’homme dans ce qu’il a de pire et l’homme dans ce qu’il a de meilleur. J’ai haï l’un et aimé l’autre. J’ai compris pourquoi je prenais systématiquement la défense des plus démunis, parce que lire pareilles injustices, pareils traitements envers des êtres humains, et surtout des enfants, attaque ma chair en profondeur, je ressens fortement la souffrance d’autant plus que l’écriture de Wagamese touche à tous nos sens et nous la rend palpable.

« Quand on t’arrache ton innocence, quand on dénigre un peuple, quand la famille d’où tu viens est méprisée et que ton mode de vie et tes rituels tribaux sont décrétés arriérés, primitifs, sauvages, tu en arrives à te voir comme un être inférieur. C’est l’enfer sur terre, cette impression d’être indigne. C’était ce qu’ils nous infligeaient. »

Une écriture comme un ballet, Wagamese a un talent extraordinaire pour générer des images dans l’esprit de son lecteur, j’ai visualisé les matches de hockey sur glace comme si j’y étais et que ce sport me passionnait. Hallucinant !

La fraternité face au racisme, la force intérieure face aux coups de poing, le silence face aux huées, l’honnêteté face aux crachats. C’est tout ça et bien plus encore. J’ai l’impression que mes mots ne parviennent pas à traduire tout ce que j’ai ressenti à la lecture de ce roman. N’est pas Wagamese qui veut ! Et dire que cet auteur est mort et ne nous réjouira plus de ses écrits…

Je me suis forcée à fermer le livre pour ne pas l’engloutir d’une seule longue gorgée, j’ai ralenti ma lecture mais malheureusement, je l’ai terminé…

Un roman qui m’a remuée, qui m’a subjuguée, que je recommande chaudement.

A lire aussi de cet auteur Les étoiles s’éteignent à l’aube.