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American Rust, Philipp Meyer

10 juin 2022

American Rust, Philipp Meyer, traduit de l’américain par Sarah Gurcel, 2021 pour cette édition chez Albin Michel, collection Terres d’Amérique, 483 pages.

Pourquoi ai-je mis autant de temps à ouvrir ce roman ? Il était gros, je me disais que je ne trouverais jamais le temps de le lire pleinement, à grandes goulées. J’avais peur de le picorer et de n’en pas gouter la véritable saveur. Et bien, je n’avais pas mesuré la capacité de ce livre à me tenir éveillée. Lorsqu’un roman nous tient dès les premières lignes, nous prenons le temps de nous installer pour entrer dans son monde. Nous peinons à le poser le soir (même si la fatigue se fait sentir) et nous nous réjouissons de le reprendre le matin ou le lendemain en fin d’après-midi. Il devient tellement attractif, que nous n’imaginons pas faire autre chose que de l’ouvrir pour voyager avec les personnages, pour les épauler, les écouter, leur tendre la main.

Ce roman, c’est l’histoire de deux jeunes hommes qui vont être confrontés à de graves difficultés. Un drame va faire basculer leur vie. Ils ne seront plus jamais les mêmes.

Isaac, a perdu sa mère, il vit seul avec son père invalide et il rêve de Californie. Il est brillant, atypique et peu enclin à lier des amitiés. Billy Poe vit avec sa mère dans un mobil-home, son père est toujours parti par monts et par vaux, il a été une star de l’équipe locale de football américain. Il est paumé.

Pour être sauvé, il faut partir. Comme l’a fait la sœur d’Isaac.

Dans cette Amérique malade, qui s’éteint dans ses coins les plus reculés, la misère, la violence, règnent en maître. Et c’est cette crise profonde que Phipp Meyer pointe avec talent.

« Tout ça formait un système complexe : quand les usines avaient fermé, c’est toute la vallée qui s’était effondrée. L’acier en était le cœur. Isaac se demanda combien de temps il faudrait à la rouille pour tout ronger, à la vallée pour retrouver son état sauvage. Seules resteraient les pierres. 

Pendant un siècle, la vallée de la Monongahela River, que tout le monde appelait la Mon, avait été la plus grosse région productrice d’acier du pays, et même du monde en fait, mais le temps qu’Isaac et Poe grandissent, cent cinquante mille emplois avaient disparu et nombre de villes n’avaient plus les moyens d’assurer les services publics de base – la police, notamment. Comme la sœur d’Isaac avait dit à un ami de fac : La moitié des gens se sont tournés vers les services sociaux, les autres sont redevenus chasseurs-cueilleurs. »

La peinture de cette Amérique n’est pas nouvelle mais ce qui est passionnant dans ce roman, c’est le point de vue. Le lecteur suit les personnages et observent leurs façons de réagir, leurs interactions avec les autres, que ce soit en milieu fermé, ou en pleine errance sur les routes, la même insécurité règne, et on tremble pour ces deux jeunes, on s’attache à leurs basques, on ne veut pas les perdre, on a peur pour eux.

Et puis aux côtés de ces jeunes, il y a Harris, un flic au caractère complexe, ni tout blanc, ni tout noir, tout simplement humain et qui se questionne sur ce qu’il doit faire ou ne pas faire. Car tout est histoire de choix dans ce roman.

Les mauvais choix. Tous les personnages remettent en cause leurs décisions, l’un pense qu’il aurait dû se lever dans la nuit pour ne pas se faire dévaliser, l’autre qu’il n’aurait pas dû accepter de tabasser un maton… chacun porte le poids de ses propres erreurs et essaie de s’en sortir comme il peut.

Ce roman choral est excellent (je n’avais aucune envie de le terminer, je l’aurais bien poursuivi encore sur cinq cents pages) et chose incroyable, c’est le premier roman de Philipp Meyer qui nous offrira quelques années après Le fils. Hâte de découvrir un prochain roman…

Merci aux éditions Albin Michel qui m’ont fait parvenir ce livre il y a bien longtemps…

33 commentaires
  1. keisha41 permalink

    Albin Michel me l’avait proposé, j’avais aimé Le fils, mais n’avais pas donné suite. J’ai vu depuis que le livre est à la bibli, en VO en tout cas. Un bon livre reste un bon livre…

  2. Je n’avais pas été enthousiasmée par Le fils, le système choral m’avait pesé parce que je trouvais qu’il n’apportait rien de particulier à la construction de l’intrigue, donc si celui-ci fonctionne de la même façon, je vais passer, surtout que l’Amérique malade, j’en ai un peu une overdose …

    • Personnellement, j’ai préféré ce roman, je crois, au Fils. Je n’y ai trouvé aucun longueur et ici le roman choral a toute sa place, il ne peut être autre…

  3. Je l’ai lu en Folio il y a six ou sept ans, sous le titre Un arrière-goût de rouille et j’avais beaucoup aimé. Quand j’ai vu la série qui en a été tirée cette année, je l’ai reconnu très vite ! Par contre, je reste sur ce bon roman, et n’ai pas trop envie de lire Le fils, qui semble très dur.

  4. Le nombre de pages n’est pas un problème si l’écriture, la construction et l’histoire nous embarquent… Et c’est mon cas actuellement dans un livre de 800 pages et pourtant c’est noir et provoquent nombre de sensations… J’avais beaucoup aimé Le fils pour les mêmes raisons que tu évoques pour Américain Rust et pourtant je n’ai pas renouvelé l’expérience de cet auteur mais je crois que je sature un peu de ce type de romans. 🤔😉

    • C’est vrai que le nombre de pages n’est pas un problème si le roman est bon mais le travail me prenant énormément de temps, j’ai toujours peur de n’en avoir pas assez pour lire. Et je déteste les lectures décousues qui durent des semaines…

      • Ici l’histoire m’a complètement embarquée et j’ai attendu longtemps avant de le prendre à la bibliothèque justement pour choisir le bon moment, m’y installer et je n’avais qu’une hâte le reprendre et continuer à habiter dans lui. J’ai adoré et pourtant que c’est triste, émouvant….. 🙂

  5. luocine permalink

    moi je suis une inconditionnelle des « Meyer » Philippe le français qui m’a fait connaître Philipp l’américain et je lirai donc celui-ci car j’ai adoré « le fils »

    • Amusant, ils n’ont pourtant rien à voir l’un avec l’autre… 😉
      Ce roman-là est très différent du Fils.

  6. Je n’ai pas encore lu Le fils, j’en ai un peu peur, pour des raisons inexplicables. Je commencerai par celui-là pour découvrir P. Meyer.

  7. C’est un romancier que je n’ai toujours pas lu, j’ai compris qu’il faut que je le place en priorité sur ma petite liste… Merci !

    • Ah bah voilà, ton commentaire apparait tout de suite ! Non mais ! Et tu fais bien de noter cet auteur !

  8. Eh bien moi j’ai adoré Le fils, et j’ai trouvé cette après-midi même un exemplaire de ce titre d’occasion pour la modique somme de 2,5 € (vive les déplacements sur Paris !), je l’ai bien sûr embarqué illico (en même temps que La crue, de Amy Hissinger, noté chez toi, et pour un prix encore inférieur… moi qui m’étais promis de ne pas succomber !!)

    • Et bien ça vaut le coup d’acheter des livres d’occasion ! Quand je peux, je ne manque jamais de le faire aussi…

  9. J’avais tellement aimé Le fils…celui-ci a tout pour me plaire également.

  10. Tu parles très bien de ce roman. Mais tu dis qu’il est très épais… Et puis la misère et la violence américaines ne me tentent pas… Déjà amorcée avec Jim Morisson et je n’avais pas du tout aimé…

  11. Un très bon roman, j’ai beaucoup, beaucoup aimé !!!

  12. J’ai beaucoup aimé Le fils et, compte tenu de ce que tu dis d’American rust, je pense que je le lirai aussi (pas dans mes médiathèques, donc j’attendrai sa sortie en poche, je pense).

  13. alexmotmots permalink

    Une pépite perdue dans ta PAL ?

  14. Un auteur qu’il faut absolument que je découvre ! Avec celui-ci ou Le fils.

  15. Merci car je viens de le finir grâce à toi !! billet à venir… Effectivement : un super bouquin !!

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