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La fille qu’on appelle, Tanguy Viel

30 janvier 2022

La fille qu’on appelle, Tanguy Viel, Les éditions de Minuit, 2021, 173 pages

« Mais emprise, elle a dit, ce n’est pas un délit, n’est-ce pas ? »

Je ne savais pas du tout de quoi parlait ce roman avant de l’ouvrir. Quel ne fut pas mon plaisir de retrouver immédiatement cette plume tant aimée. Ces longues phrases enveloppantes qui nous emmènent au cœur des pensées des personnages, qui détaillent chaque action pour nous la rendre si proche qu’on a l’impression qu’elle se déroule sous nos yeux de spectateur ébahi.

Cette écriture est tellement cinématographique que les images déferlent dans notre esprit avec netteté et nous submergent de telle manière que nous avons peine à fermer le livre. Et pourtant, j’ai aimé le lire lentement, peu à peu, pour ne pas quitter trop vite ces mots parfaits, ces mots justes, ces mots qui frappent et qui distillent en nous de la colère, de la révolte, du désarroi. Ces mots qui nous font acquiescer sans cesse, « bah oui, c’est ça, c’est exactement ça, l’image ne pouvait être autre. »

J’ai apprécié cette découverte à l’aveugle, j’ai aimé comprendre le titre à la lecture du texte.

Ce texte n’est pas optimiste, il est le constat amer qu’une fois de plus les gens de pouvoir peuvent tout, et surtout peuvent détruire des vies, sans vergogne et en toute impunité. C’est la réalité pure et crue. La triste réalité. Celle d’une jeune femme qui va subir les avances d’un homme politique contre un éventuel logement et un travail. Le texte est remarquablement construit autour de sa déposition devant des policiers pas toujours compréhensifs, et l’on va plonger dans les affres de sa culpabilité, dans ses réflexions, dans son enfermement…

C’est un texte fort qui remue les tripes.

« En tout cas ce sont des choses qu’il aurait pu lui dire, mot pour mot – et parce que peut-être aussi, rien ne le remplissait plus que cette sensation de condescendre à la vie normale, si la vie normale à ses yeux c’était la masse indifférenciée des gens, c’est-à-dire ceux qu’il appelait lui-même « les gens », que depuis son élection c’était son rôle de connaître « les gens », de les aimer, de se faire croire qu’il les aimait, à moins que, oui, c’était possible aussi, il ne s’aimât lui-même en train de les aimer. »

« Non, rien du tout, a-t-elle dit encore aux policiers, dans un monde normal on n’aurait jamais dû se rencontrer.
Un monde normal… mais qu’est-ce que vous appelez un monde normal ? ils ont demandé.
Je ne sais pas… Un monde où chacun reste à sa place. »

« Regarder l’horizon pour se souvenir qu’il y en avait un, quand il lui semblait qu’aucune clarté ne suffisait à l’élargir – oui, c’est ce que ça lui fait après, dès qu’elle est sortie en fait, a descendu les escaliers en courant pour chercher l’air du dehors, et se mettant à marcher, marcher beaucoup dans la ville et puis sur les rochers et puis elle s’est posée là, sur la grande plage, comme une baleine échouée que l’eau bientôt recouvrirait, et alors espérant qu’elle puisse un jour reprendre le large, que les flots bientôt porteraient son âme sonore et qu’à nouveau elle courrait parmi les mers du globe. »

36 commentaires
  1. aifelle permalink

    Je n’ai pas encore lu cet auteur, sans raison particulière si ce n’est une PAL trop conséquente ! Il faudrait que je le fasse tout de même un de ces jours. L’actualité nous prouve hélas tous les jours que les hommes puissants se permettent tout sans trop de conséquences.

  2. keisha41 permalink

    Tu en parles superbement! je l’ai lu, mais sans écrire de billet. Merci de l’avoir réussi.

  3. J’ai été moins enthousiaste que toi et qu’après la lecture d’Article 353 du Code Pénal, certes l’écriture est intéressante mais j’ai trouvé le fond moins original et les personnages très stéréotypés….. J’ai compris comment tout cela allait se terminer très vite et c’est une sensation que je n’aime pas avoir. Intéressant mais pour moi pas aussi abouti que Article 353 🙂

    • Bien sûr que l’on sait très vite comment cela va se terminer puisque c’est la triste réalité… Ça se passe ainsi dans la vie, malheureusement. J’ai aimé l’écriture, la narration. Je crois que je l’ai autant apprécié que Article 353 du Code Pénal.

      • Je voulais parler par rapport aux professions des personnages et de leurs places dans la société plutôt que l’abus qui est le fond du livre 😉

  4. luocine permalink

    mon billet sur ce roman au programme de mon club de lecture va arriver bientôt et je partage ton avis, je pense insister davantage sur le côté si triste de ce texte.

  5. uneviedevantsoi permalink

    Pareil, un auteur que j’apprécie. Je n’ai pas lu celui-ci. Il me fait un peu trop penser à Article 353 du code pénal

    • Il fait penser, certes, mais il traite d’un sujet bien différent. Je pensais comme toi avant de le lire…

  6. J’ai lu et aimé Paris Brest et Article 353, mais je ne me souviens pas beaucoup de l’écriture. Il va falloir que je revienne donc vers cet auteur!

  7. J’ai aimé ce que j’ai lu de lui, notamment Article 353 du code pénal, pas encore lu celui-ci d’autant que j’ai raté une rencontre avec l’auteur au Mans… Mais je le garde à l’œil 😉

  8. J’avais préféré le précédent roman de l’auteur.

  9. Je n’ai encore lu aucun de ses livres et pourtant « Art 353… » est dans ma PAL depuis des lustres… il va falloir que je me décide mais par lequel commencer ?

  10. A_girl_from_earth permalink

    Toujours pas lu cet auteur mais tant d’enthousiasme sur sa plume vont finir par me faire vaciller.;)

  11. je n’ai pas du tout été déçu par son nouveau roman mais il ne sera pas dans mon top de ceux de l’écrivain.

  12. Je suis de retour! Je n’ai jamais mis le nez dans ses romans. Je ne demande qu’à m’y mettre, en temps et lieu. Je pense d’avoir me faire les dents avec Article 353?

  13. ah, chouette! Je ne savais pas trop quoi en penser, il me semble avoir lu des avis moins enthousiastes. Tu ravives mon envie de le lire !

  14. Beaucoup aimé aussi ! Je garde cependant une préférence pour Article 353 du code pénal.

  15. Il a rejoint mes étagères suite à passage en bouquinerie où je l’ai trouvé d’occasion, il y a quelques jours .. ma seule expérience avec cet auteur n’avait pas été très concluante (c’était avec « La disparition de Jim Sullivan », que j’avais trouvé un peu vain) mais j’ai lu tant de bien sur ce dernier titre, que je me suis laissée fléchir…

    • Ah oui ? J’avais beaucoup aimé La disparition de Jim Sullivan… c’est comme ça que j’avais découvert l’auteur…

  16. Un auteur que j’ai vivement apprécié dans « L’article 353… », donc je renouvellerai avec plaisir l’expérience !

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