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Le fleuve des rois de Taylor Brown

16 juin 2021

Le fleuve des rois, Taylor Brown, Traduit de l’américain par Laurent Boscq, Albin Michel, collection Terres d’Amérique, 2021, 452 pages


« On dit qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, et Hunter sait que cet adage signifie qu’on ne peut jamais toucher deux fois la même eau vive. Qu’à peine effleurée, elle est déjà ailleurs, dans la mer, ou dans les nuages, ou dans le sang des bêtes et des hommes. »


Un an après le décès de leur père, Lawton et Hunter descendent l’Altamaha River en kayak pour disperser ses cendres dans l’océan. Mais Lawton n’a pas ce seul but en tête, il cherche aussi à comprendre de quelle manière son père est mort, il ne croit pas à la version officielle (« un impact d’esturgeon apparemment ») et profite de cette descente du fleuve pour creuser plus avant le sujet. On ne peut dire ce qu’il découvrira mais sa déception sera à la hauteur de son attente…

Les chapitres alternent entre ce périple qui permettra aux deux jeunes hommes d’apprendre à se connaître, l’expédition à laquelle participe le dessinateur et cartographe Jacques Le Moyne en 1564, et le passé de ce fameux père, Hiram. Trois récits, trois époques. Le point commun étant le fleuve et ses démons.

Car ce fleuve est un personnage à part entière. Il renferme bien des mystères, à commencer par celui évoquant la présence d’un monstre en son sein. Légende qui a traversé les siècles et qui s’avère encore bien vivace.

C’est un roman ambitieux et follement intéressant. Difficile à lâcher. J’avais souvent hâte de retrouver les premiers colons français sur les terres indiennes du Nouveau Monde, leur expédition parfaitement relatée, leur manière de traiter les indiens, leur soif d’or, leur peur de la cruauté des colons espagnols, cet épisode historique a comblé mon désir d’en savoir toujours plus sur cette période de l’histoire. Tout ce qui est lié à la découverte de l’Amérique, à la colonisation de ses terres me passionne.

Et Taylor Brown montre bien que la chose la mieux partagée du seizième au vingt-et-unième siècle, c’est la cupidité, l’appât du gain, la soif de posséder toujours plus au détriment de toute humanité, au mépris du respect de la nature, avec un égoïsme qui surpasse la bêtise.

Les récits, dans une puissante construction, se retrouveront liés à la toute fin du roman, liés par ce fleuve, ce fleuve-roi, ce fleuve qui garde précieusement ses mystères en lui.

Ode à la nature, diatribe contre la pollution, dénonciation de la voracité des hommes pour l’argent, ce roman est dense, puissant, captivant. J’ai été emportée dans ses flots.


« J’ai pas mal bourlingué à la surface du monde, mon ami. Et manquer à sa parole est la seule chose universellement condamnée. »


Merci aux éditions Albin Michel pour l’envoi de ce roman.

31 commentaires
  1. aifelle permalink

    Un titre qui ne m’aurait pas forcément attirée, mais vu ton billet, je le note.

  2. keisha41 permalink

    Je l’aurais bien accepté, mais je sortis de la balade en canoe sur le yukon, qui m’avait enthousiasmée!

  3. Je n’aurais pas été tentée a priori par le résumé, une petite impression de « déjà-lu » venue d’on ne sait où… 😉 mais après ton avis, je note aussitôt, d’autant que j’ai beaucoup aimé La poudre et la cendre, premier roman dont on n’avait pas trop parlé !

  4. Vraiment un auteur à découvrir, visiblement. J’avais noté La poudre et la cendre chez Kathel, et il a depuis rejoint mes étagères, je commencerai donc par celui-là, mais je note cet autre pour la suite…

  5. Je ne sais pas si ça me plairait mais ta chronique donne envie de le découvrir tout de même 😉

  6. Cela fait plusieurs chroniques positives que je lis sur ce roman et avec à chaque fois la présence du fleuve qui tient un rôle important… Tu confirmes 😉

    • Oui moi aussi j’ai lu pas mal de chroniques positives, c’est une des raisons pour laquelle j’ai accepté de le recevoir.

  7. tu es très convaincante !!! j’ai envie de le découvrir ce livre 🙂
    je sors d’un récit passionnant « L’agonie des grandes plaines » sur les Amérindiens et la manière dont ils ont été traités…J’en reprendrais bine une tranche 🙂

  8. Argh, je l’avais dans les mains ce matin et puis j’ai fait d’autres choix. Bon, j’y retourne 🙂

  9. Je te rejoins complètement sur ce très beau et puissant roman.

  10. Voilà une lecture qui a l’air très forte.

  11. « follement intéressant », tu sais trouver les mots qui nous appâtent !

  12. Un Albin Michel que je ne compte pas rater!

  13. luocine permalink

    sympa ce billet et les commentaires en rajoutent une couche, j’aime bien aussi le carrelage sur lequel tu as posé ton livre. Je note ce roman, mais avec mon rythme de rédaction, billet à prévoir en 2022

  14. Pas sûre qu’il soit pour moi…

  15. Sans ton billet, je pense que j’aurais passé, même si le sujet de la colonisation des ces terres amérindiennes me passionne aussi, mais la recherche du père, les deux frères, bof ! Me voilà pourtant convaincue par la puissance d fleuve ( et la qualité de ta note) !

  16. A te lire, il semble valoir le détour celui-ci!

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