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Fantômes de Christian Kiefer

2 mai 2021

Fantômes, Christian Kiefer, traduit de l’américain par Marina Boraso, Albin Michel, 2021, 274 pages

« […] la notion de gaman se répercutait dans mon cœur tel le son d’une cloche. Supporter ce que l’on ne peut maîtriser. Cela entrait en résonance avec tout ce que j’avais vécu depuis mon retour au pays, et il y a des moments, encore aujourd’hui, où ce sentiment continue à me hanter. »

1945, Ray Takahashi revient de la guerre, il a combattu aux côtés des alliés, lui l’américain d’origine japonaise. Il retourne dans la ville où sa famille et lui vivaient avant leur expulsion pour le camp de Tule Lake, on s’étonne de sa présence ici, on l’ignore ou on s’en inquiète. En tout cas, il ne passe pas inaperçu. Seulement voilà, un jour, il disparait et plus personne n’a de nouvelles.

1969, John Frazier revient de la guerre du Viet-Nam, hanté par ses fantômes, il cherche à s’en sortir par l’écriture mais finalement, il s’intéressera au destin de Ray dont il écrira l’histoire, celle que nous lisons…

Christian Kiefer met en lumière un fait mal connu de l’Histoire : le sort des américains d’origine japonaise pendant la seconde guerre mondiale. Je ne savais pas qu’on les avait parqués dans des camps. Je ne savais pas qu’on leur vouait une telle haine. Mais cela ne m’étonne guère. C’est simplement que je n’avais jamais pris le temps d’y réfléchir. On est au lendemain du bombardement de Pearl Harbour, les japonais sont les ennemis numéro 1.

Décidément, les américains ont fort à faire avec leur Histoire, avec leur manière de traiter leurs minorités, de la maltraitance des Indiens que l’on parquera dans des réserves, à l’esclavage des Noirs qui auront bien du mal à survivre dans un milieu hostile et raciste, aux japonais parqués eux aussi pendant la seconde guerre mondiale…

Ce roman a une construction qui le rend captivant. Mené comme une enquête, il nous révèlera les tenants et les aboutissants de cette énigme, au compte-gouttes, au fur et à mesure des révélations des uns et des autres. Le lecteur s’intéresse aussi bien au narrateur qui se débat avec ses démons, qu’au destin du jeune japonais. C’est un livre sur le poids des secrets, des secrets bien lourds et bien pesants qui paralysent la vie de ceux qui les portent et de ceux qui les ignorent.

J’ai vraiment trouvé ce texte brillant, intelligent, dense. Christian Kiefer à travers ces destins croisés parvient à nous livrer un texte d’une grande émotion, il ne mise pas sur les rebondissements à outrance mais sur la profondeur des sentiments humains. Le poids de la culpabilité est analysé avec finesse, c’est celle d’un soldat qui a permis le massacre de femmes et d’enfants au Viet-Nam, c’est celle aussi de cette femme qui a caché la vérité… C’est un roman extrêmement documenté qui met aussi l’accent sur le poids de la peur et ses conséquences sur tout une société.

29 commentaires
  1. aifelle permalink

    J’ai déjà lu quelque chose sur les Japonais mis dans des camps pendant la guerre, mais tout de suite le titre et l’auteur m’échappe. L’histoire a l’air bien construite dans ce roman, alors pourquoi pas.

  2. keisha41 permalink

    Julie Otsuka a écrit sur le sujet

    • Oui, Quand l’empereur était un dieu mais comme je n’avais pas aimé Certaines n’avaient jamais vu la mer, je n’avais pas relu l’auteure…

  3. Je connais le sort réservé aux Américains d’origine japonaise ou asiatique en général
    j’ai gardé un souvenir fort du roman de Julie Otsuka!
    Les Américains ont toujours ce style de réactions il n’y a qu’à voir les agressions des Asiatiques qu’ils estiment responsables du COVID merci Donald
    les Amérindiens les Noirs ont été de la chair à canon pendant leurs guerres…

    • C’est ça et c’est bien triste. Heureusement que les auteurs américains s’emparent de ces sujets.

  4. Puisque je me mets à la littérature US, je pense qu’il pourra arriver sur ma PAL lors de sa sortie en poche.

  5. Oui en effet les américains ont fort à faire avec leur Histoire, pas mal de comptes à régler mais c’est le cas de presque tous les endroits du monde et c’est ce qui fait le sel des romanciers, creuser là où ça fait mal 🙂

  6. Je l’ai repéré chez Electra, le sujet m’attire beaucoup…

  7. Ah, je me sens toute légère, et mon porte-monnaie aussi. J’ai été plus vite que ton billet tentateur. Il est déjà dans ma PAL.

  8. Mais dis donc, ça fait très envie ! Mais comme j’ai déjà Animaux dans ma PAL (grâce à ton billet précédent), il faudra que je le lise avant.

    • Alors, tu vas d’abord lire Les animaux, et puis ensuite, tu vas faire comme moi et lire celui-ci… 🙂

  9. Le poids de la peur : se sujet me tente. La guerre un peu moins.

  10. Décidément, il faut que je lise cet auteur! Celui-ci ou Les animaux d’abord d’après toi ?

  11. luocine permalink

    Ce n’est pas si simple de juger des faits de guerre si longtemps après.

  12. J’ai lu plusieurs romans sur le thème des américains d’origine japonaise pendant la guerre : Certaines n’avaient jamais vu la mer par exemple, qui a déjà été cité.
    Je retiens celui-ci.

  13. lebouquineur permalink

    Un bon bouquin, je suis d’accord !

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