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L’été où maman a eu les yeux verts de Tatiana Tibuleac

18 avril 2021

L’été où maman a eu les yeux verts, Tatiana Tibuleac, traduit du roumain par Philippe Loubière, Editions des Syrtes, 2018, 168 pages.

Les premières lignes m’ont accrochée immédiatement :

« Ce matin-là, alors que je la haïssais plus que jamais, maman venait d’avoir trente-neuf ans. Elle était petite et grosse, bête et laide. C’était la maman la plus inutile de toutes celles qui ont jamais existé. Je la regardais par la fenêtre, plantée comme une mendiante à la porte de l’école. Je l’aurais tuée rien que d’y penser. »

Saisissant, non ? Ça peut choquer, ça peut faire refermer le livre ou au contraire l’ouvrir davantage, mais ça ne peut laisser indifférent ! L’auteure cueille son lecteur d’une manière peu orthodoxe, elle le malmène d’emblée. C’est comme si elle disait : « Ne restent que ceux qui n’ont pas peur d’entrer dans un texte dérangeant. » Et ceux qui restent ont bien raison parce que ce texte est aussi poétique qu’il est percutant.

Il est émaillé de courtes phrases sur les fameux yeux, la première étant :

« Les yeux de ma mère étaient une erreur »

Et la dernière :

« Les yeux de maman étaient des promesses de bourgeons. »

J’ai acheté ce roman parce que j’en avais lu le plus grand bien sur des blogs amis, comme celui d’Ingannmic ou de Luocine, mais j’avais bien sûr oublié tout ce qui avait été dit de l’histoire. Et tant mieux ! Comme c’était agréable (une fois de plus) de découvrir peu à peu de quoi il s’agissait. Je vais donc en dire deux mots, mais de grâce, si vous ne l’avez pas encore lu, oubliez très vite ce que j’ai écrit…

Vous l’aurez aisément compris avec cet incipit pour le moins abrupt, c’est l’histoire d’un adolescent que tout oppose à sa mère. Mère, qui de surcroit, va emmener son fils dans le nord de la France (ils vivent en Grande-Bretagne) pour passer un été qui deviendra inoubliable puisque le narrateur nous le raconte bien des années plus tard.

C’est un livre sur la maladie qui ronge et pourrit l’intérieur, sur la résilience qui ouvre les yeux malgré une forte résistance, sur la manière de passer à côté des êtres qu’on aime, sur la mort qui détruit les vivants.

Ce texte m’a remué de telle manière que j’ai dû faire de nombreuses pauses dans ma lecture et ce, malgré la brièveté de ce roman. Raconté par un esprit torturé, psychologiquement atteint, il est autant de fragments de vies détruites par la mort et la violence, éparpillés au gré des tribulations du narrateur et qu’on ne cherche même pas à rassembler tellement ces morceaux d’obus nous brisent et nous broient.

« La littérature est l’art du comment » nous dit Cristina Hermeziu dans l’avant-propos, ce que Tatiana Tibuleac illustre parfaitement. Elle nous prend par la main et nous emmène sur des sentiers escarpés, là où nous ne sommes jamais allés, loin, très loin, en nous.

31 commentaires
  1. Il ne me semble pas avoir croisé ce roman jusqu’à présent, il semble t’avoir bien secouée. Intrigant…

  2. Un livre que j’avais lu avec enthousiasme tant il est porté par une grande sensibilité et une belle écriture. J’aime beaucoup le commentaire sur la première et la dernière phrase concernant les yeux de la mère, à lui seul il résume le livre!

  3. Je l’ai noté également et je crois que j’ai eu raison 😉

  4. Eh bien je n’en avais pas encore entendu parler. Il a l’air pour le moins atypique…

  5. aifelle permalink

    Je l’ai fait commander à ma bibliothèque (ainsi que le suivant). Je n’ai plus qu’à attendre patiemment.

  6. keisha41 permalink

    Pareil, si je veux le lire, ce sera par la bibli, je reste prudente

  7. J’ai été tentée par les deux avis que tu mentionnes, visiblement à raison. Je vais laisser passer quelques temps avant de le lire, pour « l’oublier » un peu … ( quelle démarche tortueuse …)

  8. Je l’ai noté également dans les « coups de coeur du web » et je crois que j’ai bien fait. Un achat en occasion va sans doute suivre ! 😉

  9. Comme je suis ravie de lire ton billet, ce roman mérite vraiment de faire du chemin. C’est une lecture qui marquera durablement ma vie de lectrice (merci Passage à l’Est !).

    • J’ai bien envie de découvrir son autre roman maintenant. Heureusement qu’il y a les blogs pour guider nos choix de lectures.

  10. aufildeslivres permalink

    Je le note. J’ai tellement aimé « Le jardin de vert » de cette auteure

  11. Tu racontes si bien ton plaisir , pour moi tu n’as aucune crainte à divulgâcher ou non ce roman, tu fais comprendre ton émotion et c’est très touchant, comme cette histoire qui est forte aussi du style de cette auteure. Je suis contente d’avoir contribué à cette découverte que je devais moi aussi à la blogosphère.

  12. Bien joué, miss! Tu as su trouver les bons et les beaux mots (je cherche encore les miens!). Quelle histoire bien enrobée. Les mots claquent et virevoltent. J’ai adoré, au point que j’ai commandé Le jardin de verre. À suivre!

  13. Ayant été conquise par Le jardin de verre, je compte bien découvrir celui-ci!

  14. J’aime la Roumanie. Il serait bon de voir si sa littérature me plaît tout autant. (Je la méconnais à vrai dire.)

  15. Patrice permalink

    Je n’ai lu jusqu’à ce jour que des avis positifs sur ce titre. J’ai beaucoup aimé son autre roman « Le jardin de verre » qui a lui aussi une tonalité très particulière, et traite également du thème de l’enfance.

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