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Le cerbère blanc de Pierre Raufast

26 avril 2020

Le cerbère blanc

Pierre Raufast

Editions Stock

Collection Arpège

Mars 2020

260 pages

Lu sur liseuse

 

 

« Quand tu aimes, il faut savoir

Chanter courir manger boire

Siffler

Et apprendre à travailler

 

Quand tu aimes il faut partir

Ne larmoie pas en souriant

Ne te niche pas entre deux seins

Respire marche pars va-t-en »

(Blaise Cendrars)

 

De cet auteur, je n’ai lu que La fractale des raviolis que j’ai vraiment apprécié, mais je n’ai jamais lu les autres, ce n’est pas faute d’avoir été tentée par les multiples articles fleurissant sur la blogosphère, mais non, ça ne s’est pas fait.

Et puis, là, je savais ce titre différent des autres, un roman de facture plus classique, il était sur Netgalley, je l’ai demandé par curiosité, je l’ai eu, je l’ai lu en une journée, je me suis délectée.

Effectivement, cela commence comme un roman classique renforcé par l’utilisation du passé simple et de l’imparfait à la troisième personne du pluriel, par cette langue un peu châtiée, qui sied bien à mon oreille mais pendant quelques chapitres on se dit « tiens, mais cela ne ressemble pas à l’univers de Pierre Raufast », d’autant plus que nous est narrée une histoire d’amour, ce qui est loin d’être ma came. Amandine et Mathieu se connaissent depuis leur naissance, ils ont quasiment été élevés ensemble, leurs parents sont des amis très proches. Un malheur va toucher  l’un pour permettre à l’autre d’être encore plus présent, encore plus proche. Mais je sentais, je savais que ce roman allait virer de bord, pour mon plus grand bonheur. C’était trop classique pour être honnête. D’ailleurs quelques petites phrases, quelques petites traces d’humour égrenées ça et là laissent percevoir que l’auteur va nous mener sur un chemin parallèle, loin des traditionnels états de l’âme humaine.

Des disparitions soudaines et imprévues, une décision lâche et veule et hop, le roman amorce un virage, en tout cas, nous éloigne de cette amourette… c’était plutôt pour me plaire. Mais je ne vais pas en dévoiler davantage. Ce n’est pas mon genre de raconter les histoires. Il faut vous laisser embarquer sans en trop savoir (c’est ainsi que je l’ai vécu) et accepter d’entrer dans les mondes imaginaires (très imaginaires) de l’auteur. Il faut accepter de naviguer au temps des dieux et des déesses, d’Orphée et d’Euridice, de Perséphone et de Hadès, et bien sûr de Cerbère.

On retrouve la fantaisie, mais conjuguée à des réflexions plus profondes sur des thèmes tels que le culte de la jeunesse, le désir d’un corps parfait et la crainte du vieillissement. La mort est ultra présente, la culpabilité dans la mort d’autrui, la mort injuste des personnes jeunes, la maladie, la mort comme compagne des vivants. L’écriture de Pierre Raufast est agréable, les phrases s’enchaînent avec légèreté. Ce n’est pas un texte qui nous résiste, c’est un texte qui nous détend, qui s’avale avec une facilité déconcertante, qui nous fait voyager dans les limbes et dans nos propres peurs, qui nous questionne, comme ça, l’air de rien.

La narration alterne entre Amandine et Mathieu, leurs points de vue, leurs vies respectives, si éloignées l’une de l’autre et en même temps si proches. Jusqu’à cette phrase que l’on relit plusieurs fois parce qu’on n’en croit pas ses yeux et en même temps, on n’est pas surpris parce qu’on lit un roman de Pierre Raufast quand même, et cette brutalité non pas dans l’acte (enfin, si, aussi) mais plutôt dans la façon inopinée qu’elle a de surgir, sans transition aucune, est à elle seule, une vraie réussite. Donc, on la relit trois, quatre fois, on relit ce qui précède et puis on avance et l’autre narrateur confirme les dires du premier, oui, c’est bien ça, il n’y a aucun doute.

Et pour conclure, cette fin, mais pouvait-on s’attendre à une autre, merci monsieur Raufast, une porte ouverte sur l’inconnu, sur notre propre vision des choses, et l’on revient vers le prologue qui nous paraissait si hermétique et qui nous laisse suspendu…  à notre choix.

 

Merci aux éditions Stock et à Netgalley

33 commentaires
  1. j’ai hésité, car j’ai bien aimé « La fractale des raviolis » mais j’ai trop de retard dans mes lectures 🙂

  2. J’ai fini par me lasser de ses histoires et de ses récits si particuliers… Je ne sais pas si je le relirai…

    • Je n’en ai lu qu’un avant, je n’ai pas eu le temps de me lasser mais je comprends ce que tu veux dire, parce que je ressens la même lassitude avec Fabcaro. Ceci dit, ici, il change… me semble-t-il.

  3. Delphine Olympe permalink

    Ce n’est pas le premier éloge que je lis, ni sur ce texte ni sur cet auteur. Il va falloir que je me penche de plus près sur son cas…

  4. Je confirme et suis très en phase avec ta chronique. Je suis un peu plus avancé que toi puisque j’ai aussi lu La variante chilienne et surtout Habemus piratam qui m’a fait glousser comme une baleine sous ma couette… L’évolution est intéressante avec ce nouvel opus.

  5. aifelle permalink

    J’ai dû lire « la variante chilienne » et j’en suis restée là. Je n’avais pas été enthousiasmée.

  6. Chic, il m’attend dans ma PAL !

  7. Je n’ai jamais lu cet auteur, rebutée par un avis très négatif d’Athalie sur La fractale des raviolis, si je me souviens bien (je sais, je suis influençable !..) et je ne suis pas très attirée par ce que tu dis de celui-là, Orphée, Eurydice, .. ce n’est pas un univers qui me parle vraiment..

    • Je suis allée lire l’avis d’Athalie du coup… Effectivement elle n’a pas accroché ! Mais celui-ci est très différent de La fractale… mais bon, tu fais comme tu le sens. Moi aussi, il y a des auteurs que je n’ai pas très envie de lire, alors que je n’ai pas essayé…

  8. J’avais bien aimé la fractale des raviolis, il faudrait que j’en lise d’autres de cet auteur…. Je n’ai lu aucun roman mais ce n’est pas l’envie qui me manque…

    • Yapluka ! J’ai été attirée par celui-ci justement parce qu’il a écrit quelque chose de différent.

  9. A_girl_from_earth permalink

    Hé bé, tu sais rendre ce livre tentant ! Je n’ai lu que La fractale des raviolis qui m’avait plu sans plus, du coup je n’ai pas lu les autres non plus, mais celui-ci m’intrigue…

    • Je suis bien contente de réussir à rendre tentant un livre qui à priori ne te tentait pas plus que ça…

  10. keisha41 permalink

    Il me faut lire Habemus piratam, c’est à la bibli (oui, je sais) ensuite on verra pour ce dernier

  11. luocine permalink

    J’adore cet auteur, je rentre très vite dans ses délires, alors que j’ai souvent des réticences quand les histoires sont trop déjantées « Habemus Piratam » m’a beaucoup plu. Donc encore une fois je vais prendre cette idée de lecture chez toi.

  12. J’ai aimé La variante chilienne, sans déborder d’enthousiasme, mais là, tu me donnes envie de retenter cet auteur !

  13. Je viens tout juste de découvrir cet auteur avec La variante chilienne que j’ai adoré. La fractale des raviolis sera le suivant car il m’attend déjà mais celui-ci me tente également.

  14. Bonjour Krol, c’est le seul Raufast que je n’ai pas lu. Je l’ai noté. Les autres sont tous très bien. Je te conseille en particuler Habemus piratam. Bonne fin d’après-midi.

  15. De l’auteur, je n’ai lu que « la variante chilienne » dont je m’étais délectée. Je m’étais promis de revenir sur cet auteur, mais le temps passe, il y a la PAL et d’autres tentations au fur et à mesure. En tout cas, le menu de ce texte est bien appétissant, et la façon dont tu l’évoques est très convaincante.

  16. Il faut que je découvre l’auteur… son originalité m’intrigue.

  17. Stephie permalink

    Comme toi, je n’ai lu que la Fractale. Et celui-ci est sur ma liseuse, lecture imminente 😉

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