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Les magnolias de Florent Oiseau

5 mars 2020

Les magnolias

Florent Oiseau

Editions Allary

Janvier 2020

224 pages

 

 

 

 

Les magnolias, c’est le nom donné à un mouroir, euh pardon, un Ehpad. Ils sont un peu fanés les magnolias dans un tel endroit. C’est fou comme on plaque toujours des noms fleuris sur des lieux de fins de vie. On pourrait dresser la liste des noms que l’on pourrait donner à ces endroits comme Alain dresse la liste des noms que l’on pourrait donner à des poneys. Pour passer le temps.

L’odeur d’eau de Cologne, de produit de nettoyage et de merde, je connais, malheureusement, je ne connais que trop. Le « mouroir » comme dit Alain, j’y entre régulièrement et c’est exactement tel que le décrit l’auteur. Pas mieux, pas moins bien, pareil ! Je me suis extasiée sur chaque description, sur chaque regard posé sur ces non-vies, c’était ça, exactement ça, je n’aurais pas dit mieux. Florent Oiseau a mis des mots sur ce que j’éprouve à chaque fois que je pénètre dans l’antre de la vieillesse.  Et il a encore raison lorsqu’il évoque ce que cela nous fait à nous, visiteurs, c’est davantage la projection qui nous effraie que la réalité présente. On ne veut surtout pas se retrouver un jour là-dedans !

« Quand on y réfléchit un peu, de façon honnête, quand on passe du temps dans les maisons de retraite, dans les hôpitaux, alors on comprend qu’on ne plaint pas les vieux, qu’on n’est pas triste pour eux. On est triste pour nous, triste de s’imaginer à leur place un jour ou l’autre. C’est toujours soi qu’on plaint le plus, et de loin. »

Tout m’a touchée.

Le côté anti-héros, type pas vraiment mal dans sa vie mais pas vraiment bien non plus, qui se laisse couler, sans rien faire, l’incarnation de la nonchalance. D’ailleurs, Alain n’est pas le seul, son oncle est pas mal dans son genre, un pauvre type qui porte sur lui tout le malheur du monde. Et puis son ami et agent est un personnage haut en couleurs, bien loser aussi, mais de manière différente, un loser qui agit, pas toujours dans le bon sens, lui, il tente des trucs foireux. Bref ! Ces trois personnages sont attachants au possible.

L’écriture m’a touchée, tout en finesse, avec des images grinçantes, un ton un peu décalé, mais aussi un petit côté mélancolique, amer, et sa vision juste des situations. Un soupçon de gravité enrobé dans un emballage humoristique avec un arôme poétique.

L’histoire aussi m’a touchée, ce comédien raté dont le seul grand rôle fut celui d’un cadavre dans une série de TF 1, s’intéresse tout à coup à la vie de sa grand-mère (qu’il va voir tous les dimanches plus par habitude que par plaisir) et ce qui pourrait devenir un énième roman sur les secrets de famille et la vieillesse devient un roman décapant sur la difficulté à vivre une vie ordinaire.

 

« La macédoine, ça sent le chagrin, je trouve que c’est un plat émouvant. »

 

« – Tu n’étais pas heureuse avec pépé ?
– Il a toujours été là, c’était comme un bras ou une jambe. On n’aime pas une jambe, on vit avec. Et puis, un jour on vous l’enlève et tout devient bancal. »

 

« Parfois, la vie ne vous donne rien pendant des années, des décennies. Pas un trèfle à quatre feuilles, pas un Noël sous la neige, pas un billet de banque retrouvé dans une vieille veste. Aucune satisfaction, pas la moindre victoire, rien à manger pour l’ego. Elle ne vous donne tellement rien que vous pensez qu’elle vous a oublié. Vous êtes sous le porche d’une gare de province, un soir, et il pleut des cordes. Vous êtes trempé, il fait froid, vous êtes seul, le dernier bus vient de passer. Même un clébard ne viendrait pas vous tenir compagnie. Et alors que vous ne l’attendiez plus, elle vient vous éclairer dans la nuit de ses phares emplis d’espoir. Elle fait ça pour tout le monde. Certains sont devant les pleins phares chaque journée, d’autres -la majorité- doivent se contenter de brefs faisceaux, d’éphémères éclaircies. Mais la vie finit toujours par revenir chercher les oubliés sous les porches des gares de province. »

 

Ce roman, je l’ai demandé à Netgalley, grâce à l’article de Jérôme. Je remercie donc Netgalley, Les éditions Allary, et Jérôme.

41 commentaires
  1. aifelle permalink

    J’aime bien les extraits que tu cites ; il y a une version papier ?

    • Bien sûr ! D’ailleurs je ne crois pas que Jérôme lise sur liseuse…

      • Pas de liseuse chez moi, non !
        J’ai tout lu et tout aimé de Florent Oiseau, c’est un auteur dont l’univers et l’écriture me touchent particulièrement.

      • Oui j’avais vu que tu connaissais bien l’univers de cet auteur qui m’était complètement inconnu. Je savais bien que tu n’avais pas de liseuse…

  2. déjà noté, et réservé à la bibli (youpee)

  3. Un très joli coup de cœur pour moi 😉

  4. j’ai bien aimé ce roman aussi… L’écriture est belle, l’histoire aussi 🙂

  5. Déjà noté grâce à Jérôme, je ne le perds pas de vue !

  6. Rhôô, mais j’étais passée à côté de ce titre, bizarre de l’avoir loupé aussi bien chez Jérôme que chez Eve-Yeshé…une lacune à rattraper, donc.Un sujet pas facile, et assez peu abordé en littérature, finalement..

    • Il m’arrive aussi souvent de louper des articles chez des blogueurs que je suis pourtant de près. Tu vois, j’ai récupéré ton message dans mes indésirables !

  7. Après Jérôme, tu enfonces le clou. Ma PAL va gagner un livre!

  8. La force des citations est assez forte, je l’avoue ! Alors là, j’ai envie de le feuilleter. Merci et bon weekend

  9. Stephie permalink

    Décidément, je ne lis que du bon sur ce roman !

  10. J’en ai entendu et lu beaucoup de bien que tu confirmes mais un sujet sensible pour moi (souvenirs personnels). Alors oui peut-être un jour mais il faudra que je choisisse le moment 🙂

    • Ceci dit, le sujet principal du livre, contrairement peut-être à ce que mon article montre, n’est pas la vie en ehpad, ni la vieillesse, mais la vie désabusée d’un célibataire. Mais j’ai été tellement frappée par la justesse des descriptions du mouroir que je l’ai mis en avant de ma critique.

  11. Ingrid permalink

    Pff, visiblement le problème resurgit, j’ai posté hier un commentaire qui n’apparaît pas.. Bon, j’ai trouvé une solution de contournement, qui consiste à changer d’identité (mais qui m’a fichée comme indésirable chez wordpress ?!!).

    Je disais que j’étais très étonnée d’être passée à côté des billets de Jérôme et d’Eve-Yeshé sur ce titre. Une lacune à rattraper, visiblement. Une thématique difficile, et assez peu abordée en littérature finalement, cela m’intéresse !

    Ingannmic

    • C’est incroyable que tu sois la seule que wordpress évince de la circulation. Ceci dit, Ingrid, ça me parle ! Je sais que c’est toi ! Tu as vu, j’ai récupéré ton commentaire !

  12. luocine permalink

    Je l’ai demandé à la médiathèque j’espère qu’il sera commandé. Car j’ai très envie de le lire

  13. Delphine Olympe permalink

    Ah voilà ! C’est donc chez Jérôme que j’avais dû lire une première critique – et découvrir – ce livre… qui me semble mériter d’être lu.

  14. Terrible…

  15. A_girl_from_earth permalink

    Ah mais oui, je l’avais noté chez Jérôme celui-là ! Très tentée !

  16. J’avais aussi vu chez Jérôme… tu sembles tellement touchée que je ne peux pas ne pas noter.

  17. Bon, je vais réessayer avec ce monsieur : j’avais détesté son premier roman, du coup zappé le suivant… et moyennement motivée pour ce nouvel opus que j’ai reçu…

  18. Florent Oiseau… Je note précieusement le nom de cet auteur à découvrir !

    • Bah oui, quand même, un auteur que ton chouchou aime beaucoup ! Je suis étonnée que tu ne l’aies pas encore noté.

  19. Les éphad, j’y ai déjà passé trop de temps et je sais qu’un jour, je serai amenée à y repasser du temps et à m’y reconfronter… Donc pas trop envie de lire sur ce sujet.

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