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Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu

24 novembre 2018

Leurs enfants après eux

Nicolas Mathieu

Actes sud

Août 2018

426 pages

Lu sur liseuse

 

 

 

Difficile de fermer ce livre. J’ai avalé les pages avec avidité, soulignant là un propos juste, ici une phrase que je me plaisais à relire pour la beauté de l’image qu’elle suscitait en moi, là encore un dialogue percutant ou ici un désespoir compréhensible.

Je ne pensais vraiment pas prendre plaisir à lire ce roman. Je l’avais emprunté à la médiathèque par curiosité. Bien souvent les lauréats du prix Goncourt me laissent sur ma faim et je m’attendais encore une fois à ressentir un sentiment d’insatisfaction. Oui, oui, je dois l’avouer, je lisais ce roman dans l’intention de le dézinguer.

Ce roman a une construction intéressante. Eté 1992, puis 1994, 1996 et enfin 1998. Les années tues sont évoquées par bribes tout au long de la partie suivante, c’est très finement vu. Cela maintient les sens du lecteur en éveil, lecteur avide de savoir ce que sont devenus les personnages et de quelle manière ils en sont arrivés là.

Roman du passage de l’adolescence à l’âge adulte, roman social, roman naturaliste, nullement caricatural. Il ne déborde pas d’actions, il observe ses protagonistes, les rapports de force, les espoirs et les désespoirs des uns et des autres de manière toujours juste. Quatre personnages surtout, et d’autres, en quête d’amour, de reconnaissance, d’idéal. Anthony, son cousin (il est toujours nommé ainsi), Hacine, Steph, Clem,… issus de milieux différents, des personnages à la dérive, dans une région qui a connu le chômage, les fermetures des hauts-fourneaux. Les adolescents s’ennuient et vivotent entre alcool, drogue, menus larcins, baignades, baise, battements du cœur, moto, recherche d’emploi… C’est profondément humain, et ça oscille entre l’universel et l’intime.

Le narrateur qui est subtilement extérieur et en même temps porte-parole des personnages, porte un regard désabusé sur la société. Ses remarques paraissent cruelles, voire crues, à première vue, mais elles reflètent parfaitement la réalité. Des propos décomplexés, sans langue de bois et dans un style si fluide que l’on a l’image immédiate devant les yeux, un ton parfois caustique, grinçant, mais sensible, à fleur de peau et qui suscite en nous un acquiescement muet.

J’ai beaucoup apprécié ce roman que j’ai refermé à regret.

 

30 commentaires
  1. Un Goncourt pour casser la malédiction d’une série noire de déceptions, qui l’eut cru ? Je voulais le lire à sa sortie, ayant apprécié le premier roman de cet auteur, dont j’ai fait la connaissance sur un salon du livre il y a trois ans, je crois. Il m’avait alors expliqué qu’il avait arrêté temporairement d’écrire, car il s’occupait de l’adaptation TV de son premier roman (qui est actuellement en cours de diffusion). Il a donc repris l’écriture, et avec quel résultat ! Mais bon, du coup, de le voir partout m’a un peu refroidie, je crois que je vais attendre sa sortie en poche, maintenant…

  2. aifelle permalink

    Il ne m’attire pas du tout et comme Ingannmic, le voir partout me refroidit encore plus.

  3. « ça oscille entre l’universel et l’intime », c’est tout à fait juste, comme tout ton billet d’ailleurs. On sent ton enthousiasme (que je partage).

  4. Pas convaincue par ce Goncourt

  5. ton billet est très intéressant, j’ai lu une bonne centaine de pages pour l’instant et il m’a fallu du temps pour y prendre du plaisir, j’ai été rebutée d’emblée par le contexte et ces histoires d’ado mais ça commence à prendre et je me réjouis de lire la suite.

  6. Tu as raison , un livre profondément humain !

  7. j’ai envie de le lire! d’habitude je me méfie des romans choisis par les Goncourt , je préfère la plupart du temps le choix des Lycéens. Une fois n’est pas coutume, le thème me plaît 🙂

  8. On verra, de toute façon le roman n’est pas disponible (bonne excuse)

  9. Les histoires d’ados ne m’attirent pas trop, mais ton billet me fera peut-être changer d’idée ! Merci pour ce beau billet.

  10. Une écriture comme j’aime mais j’ai trouvé les personnages caricaturaux dans l’ensemble. Disons que ça manque un peu de nuances.

    • Et bien, je ne les ai pas trouvés si caricaturaux que ça… et cela ne m’étonne pas que tu aies aimé l’écriture.

  11. Alors Goncourt plus le voir partout était plutôt égal à je fuis pour moi. Mais ton billet change la donne et m’intrigue. J’irai voir de plus prêt. Merci.

  12. Au-delà du prix, qui n’est pas un moteur pour moi, l’histoire me tentait bien. Et l’auteur que l’on voit un peu plus depuis le fameux prix m’a l’air sympathique, ce qui ne gâche rien

    • Et puis pas mal de sa personne ! Bon d’accord, je sors !!!

      • Autist Reading permalink

        Non, non, ne sors pas : tu as raison (et je plussoie) : il est plus que charmant 😀

  13. Il me tarde de le lire? J’ai toujours son premier dans ma PAL.

  14. Encore un avis positif, il va vraiment falloir que je le lise!
    Daphné

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  1. Le blog de Krol – Leurs enfants après eux

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