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L’écart de Amy Liptrot

10 octobre 2018

L’écart

Amy Liptrot

Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Karine Reignier-Guerre

Editions Globe

Août 2018

330 pages

 

 

 

 

L’auteur raconte sa descente aux enfers dans les vapeurs de l’alcool puis sa remontée grâce à la nature de ses îles natales.

Pendant une bonne cinquantaine de pages, j’avoue que je suis totalement restée en dehors de ce texte. Impossible pour moi de pénétrer dans ce récit, non à cause du sujet mais plutôt de l’écriture. Tenue à distance, je regardais les mots défiler en me forçant à faire naître des images. Inévitablement, je m’interrogeais, devenais-je imperméable à la littérature ? Pourquoi ce livre tant adulé pesait-il si fort entre mes mains ? Que se passait-il ?

C’est un témoignage et non un roman, et il m’a fallu d’abord accepter ce préambule. Il ne fallait donc pas que je recherche une écriture ou une construction romanesque. Et puis, il a fallu aussi que je le lise dans la journée et non le soir après une journée de travail dans les pattes et dans la tête.

Alors peu à peu la petite musique des mots s’est mise à vibrer en moi, a déclenché des émotions, et j’ai relu cette première scène hallucinante, cette image de deux personnes en fauteuil roulant, l’une avec un bébé dans les bras, l’autre enfermé dans une camisole et prêt à partir en hélicoptère.

J’ai aussi relu le passage à Londres, qui ne m’avait pas touchée plus que ça, et j’y ai enfin vu cette dichotomie entre une vie au milieu des autres, où l’alcool (ou la drogue) rassemblait des êtres qui en fait, vivaient dans une grande solitude.

Mais, mais…

Oui, j’ai appris des tas de choses sur l’archipel des Orcades.

Oui, j’ai aimé certains passages, sur Papay notamment, lorsqu’elle évoque les vols des fous de Bassan, lorsqu’elle parle de ses baignades dans l’eau glacée…

Oui, j’ai apprécié lorsque l’auteur pratiquait un peu d’autodérision.

« Je fantasme à propos d’un verre de vin comme vous fantasmez peut-être à propos d’une liaison : je sais qu’il ne faut pas céder à la tentation, mais, si les conditions s’y prêtaient et que nul n’en sache rien, nous passerions un sacré bon week-end ensemble, moi et mes bouteilles. »

Oui, j’ai aimé vivre avec l’auteure sa reconstruction au milieu d’une nature pas si amicale que ça.

Mais j’y ai souvent vu du documentaire, plaqué là et non enrobé dans la narration, Amy Liptrot évoque l’ornithologie, la météorologie, l’astronomie… loin d’une ligne narratrice.

Mais je m’y aussi parfois ennuyée, et principalement à cause du style qui ne m’a pas charmée, ou tout au moins, pas tout le temps. J’ai trouvé le texte trop inégal pour m’y complaire totalement. Il y a des passages extrêmement bien écrits et d’autres bien plats. Et puis il y a des répétitions, pas indispensables.

En résumé je crois que je suis passée à côté de ce témoignage. Je n’ai pas décollé. Comme un oiseau qui apprend à voler, j’ai voleté un peu puis suis retombée au sol, désolée de n’avoir pu prendre mon envol.

Et, j’endosse, encore une fois, le costume du vilain petit canard…  le petit qui ne vole pas avec ses congénères…

Merci à Masse critique.

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29 commentaires
  1. Je viens de le commencer donc nous verrons dans quelle typologie de canard je me situe 🙂

  2. On va dire que ça arrive 😉 Il semble aussi que tu ne l’as pas lu dans de trop bonnes conditions, non ?
    Pour moi, cela a été une très belle lecture, et je n’ai rien trouvé à redire au style, bien au contraire !

  3. Là, c’est comme l’amour, ça ne se commande pas.

  4. aifelle permalink

    Je ne te lis pas maintenant, je suis en pleine lecture. Je reviendrai vers ton billet quand j’aurais terminé.

  5. Justement j’ai plutôt aimé l’écriture (je t’accorde l’existence de quelques répétitions!)

  6. Ah dommage! je viens d’en lire une chronique bien plus enthousiaste chez Fanny (mes pages versicolores)… à voir! 🙂

  7. je l’ai mis dans mes livres à lire absolument tes réserves me freinent ….

  8. je ne sais pas trop… je le note dans un coin de ma mémoire pour plus tard 🙂

  9. C’est bien aussi, de lire des ressentis différents à propos d’un même livre.

  10. Parfois, il suffit de peu de choses pour que le courant ne passe pas. Oui, c’est davantage un témoignage. Et l’auteur aura peut-être du mal à écrire autre chose.
    J’ai aimé ces passages plus « techniques » sur l’ornithologie, la météorologie…Parce que s’intéresser à autre chose que soi est une étape indispensable à sa guérison, elle l’ explique très bien et craint d’ailleurs de tomber dans une autre addiction.
    Une lecture originale, vraie, vivifiante qui change un peu des autres lectures. Mais heureusement, chacun a sa propre perception.

    • Je suis entièrement d’accord avec toi. D’ailleurs de nombreux alcooliques trouvent souvent une autre addiction pour compenser la perte de l’alcool, le sport à haute dose en est une. Et oui c’est une lecture qui change un peu des autres et qui a su me toucher par moments mais pas sur la longueur. Et même si j’ai compris que son intérêt pour autre chose était important dans sa reconstruction personnelle, je n’ai pas adhéré à sa manière de l’intégrer à son témoignage.

  11. Tu es la première à ne pas y avoir trouvé ton compte il me semble. J’aime les avis qui ne vont pas dans le même sens que les autres, surtout quand ils sont bien argumentés comme le tien.

  12. Même si j’ai adoré je comprends tes bémols!

  13. Libre à toi d’être un avis désenchanté. C’est là tout le plaisir de lire la blogosphère.

    • Certes, mais j’ai toujours une drôle d’impression quand je ne ressens pas la même chose que la grosse majorité des lecteurs, comme si j’étais passée à côté d’un truc ! Si je ne n’avais pas dû faire une critique pour Babelio, je n’en aurais pas parlé d’ailleurs…

  14. Bonjour Krol, pas tentée plus que cela. Je passe. Bonne journée.

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