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Le paradoxe d’Anderson de Pascal Manoukian

22 septembre 2018

Le paradoxe d’Anderson

Pascal Manoukian

Le Seuil

Août 2018

295 pages

 

 

 

 

De cet auteur, j’avais adoré Les échoués, beaucoup aimé Ce que tient ta main droite t’appartient, et j’attendais ce nouvel opus sur un thème différent avec une certaine impatience.

Pascal Manoukian situe ce roman dans l’Oise. Un couple de jeunes quarantenaires voit sa vie basculer le jour où les usines, dans lesquelles ils travaillent, décident pour l’une de délocaliser et pour l’autre de vendre aux Chinois. Le chômage et les conséquences qu’il entraîne, à savoir l’isolement, le déclassement social, l’humiliation, le désespoir, sont décrites avec réalisme et, comme tout ce qu’écrit cet auteur, avec humanité. Il dénonce avec conviction les conditions de vie des ouvriers à l’heure de la mondialisation, il met le doigt là où ça fait mal, il éclaire les zones d’ombre, il redonne vie à ceux que la société broie. Ce genre de roman est indispensable, il permet aux lecteurs de sortir la tête du sol pour prendre conscience de la violence des inégalités sociales.

Le style est toujours aussi fluide et certaines réflexions sont percutantes, les mots choisis avec soin. C’est un régal de lecture.

Après deux romans sur l’immigration, Pascal Manoukian poursuit sa dénonciation de notre société d’égoïstes, dans laquelle les plus riches s’enrichissent, et les plus pauvres s’appauvrissent. D’ailleurs quand les nantis perdent leur emploi, il leur reste toujours quelque chose (des placements, des maisons secondaires…), quand les moins fortunés le perdent, ils perdent leur vie, puisqu’ils n’ont aucun lapin à sortir de leur chapeau.

L’originalité de ce roman réside dans la nature des personnages. Les parents pour protéger leurs enfants, inventent mille et un stratagèmes, les laissent rêver, ils souhaitent à tout prix les préserver. Ils se lancent aussi dans une action digne de Robin des bois. Cela donne au roman un côté burlesque qui ne m’a pas déplu, j’ai souri à plusieurs reprises alors que la situation générale est plutôt dramatique, et il y a même un petit côté poétique lorsqu’ils emmènent leur fils en voyage…

Loin de la littérature française autofictionnelle, Pascal Manoukian est une voix importante, parce qu’il allie la qualité d’écriture au récit nécessaire.

J’ai pensé à l’excellent Les vivants et les morts de Gérard Mordillat, pour le côté roman social. Le paradoxe d’Anderson apporte cependant un ton différent. Et le titre me direz-vous ? Et bien il suffit de lire le livre, si on n’est pas économiste, pour le comprendre. D’ailleurs, l’auteur égrène des théories économiques tout au long de son roman, qui font écho à la situation, par l’entremise des révisions pour le BAC ES de la fille du couple.

 

J’ai avalé ce livre en une journée, avide d’en connaître la fin. Je n’ai pas été déçue, je la souhaitais ainsi, je ne peux en dire davantage. Le choix final d’alterner deux événements est remarquable, c’est une conclusion en apothéose.

 

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30 commentaires
  1. A_girl_from_earth permalink

    J’avais adoré Les échoués, j’avais détesté son deuxième opus au point de me dire que c’en était fini pour moi de Manoukian, mais je tenterai peut-être ce roman quand même, histoire d’être bien fixée sur mes affinités avec cet auteur^^, et puis la thématique me parle.

  2. Très très tentée maintenant que j’ai lu ton excellente chronique, merci Krol 🙏

  3. jz l’ai rajouté à ma PAL dès que j’ai vu les premières critiques.. Il faut d’abord que je lise « Les échoués » et « Ce que tient ta main droite »
    ô temps suspends ton vol!!!!!!!!!!! dès que je sors un livre de ma PAL, j’en rajoute 3 🙂

  4. J’avais bcp aimé les échoués, mais je n’ai pas lu les suivants !

  5. Pascal Manoukian, évidemment… Un regard et un ton tellement justes et empreints d’humanité. L’homme et ses livres sont vraiment une chance.

  6. Comme toi, j’avais été vivement impressionnée par Les échoués et avait beaucoup aimé le deuxième opus de l’auteur. L’an dernier, il avait très gentiment accepté que je l’interviewe et m’avait reçue chez lui où il m’avait parlé de ce livre alors en écriture. Un moment vraiment précieux, et je ne vais évidemment pas rater ce roman, dont je suis effectivement convaincue qu’il est excellent et nécessaire.

    • Quelle chance ! Je suis allée l’écouter parler de son second roman et de son troisième en préparation dans une bibliothèque mais, comme je suis une grande gourdasse, je n’avais pas osé aller lui dire toute mon admiration, alors qu’il avait aimé ma critique des échoués et qu’il m’avait fait envoyer son second roman… On ne se refait pas !

  7. un auteur qui en plus sait parler à ses lectrices, cela donne envie de le lire.

  8. keisha41 permalink

    Tu me tentes (et je devrais peut être lire les échoués?)

  9. La thématique m’intéresse mais je n’ai pas vraiment accroché à ses deux précédents romans, que j’ai trouvés par moments peu crédibles, et aussi un peu didactique en ce qui concerne Ce que tient ta main…

  10. J’ai adoré son premier roman et je vis dans l’Oise, autant d’arguments qui me laissent penser que je ne peux pas faire l’impasse 😉

    • Tout à fait ! 😉 C’est d’ailleurs grâce à toi que j’ai découvert cet auteur avec Les échoués…

  11. Quel billet alléchant.

  12. valmleslivres permalink

    Je m’étonnais de ne pas encore avoir lu de billets sur ce roman.

  13. j’avais tellement adoré les Echoués! J’ai peur d’être déçue par celui-là mais il fait l’unanimité, je crois.

  14. J’ai vraiment hâte de le lire!

  15. Vrimant hâte de retrouver la voix de Manoukian !

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