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Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan

28 mars 2016


nuit

Titre : Rien ne s’oppose à la nuit

Auteur : Delphine de Vigan

Éditeur : JC Lattès

Date de parution : août 2011

440 pages

 

 

 

 

J’ai beaucoup hésité avant d’écrire une bafouille sur cette lecture. Ce roman qui n’en est pas un mais un peu quand même, a déclenché une foule d’avis positifs alors qu’il n’a cessé de m’interroger. Comment pouvais-je me démarquer et surtout traduire en mots les différents sentiments ressentis au fur et à mesure de ma lecture ?

A qui ce livre fait-il du bien ? Qu’apporte-t-il au lecteur lambda ? Ne peut-on pas écrire sur sa famille, évoquer des choses personnelles à travers un vrai roman, sous le couvert de personnages fictifs (on sait bien que la plupart des auteurs mettent beaucoup d’eux dans leurs écrits) ?

Delphine de Vigan ne nous prend pas en traître, elle est très claire, elle écrit sa mère, pour elle, pour tenter de comprendre. Au lecteur de subir ou pas ce déballage personnel.

Mes sentiments sont très mitigés. J’ai apprécié la première partie du livre, celle qui tenait plus du roman que de l’autobiographie, celle consacrée à la jeunesse de la mère. L’auteure s’est appuyée sur les témoignages de ses oncles et tantes, sur les écrits de sa mère, mais surtout, elle ne l’a pas vécue et c’est pour cette raison qu’elle est, à mon sens, la meilleure partie du livre. Delphine de Vigan a mis en œuvre tous ses talents d’écrivain, le style est fluide, elle a l’art de la formule, elle raconte bien. Elle a été tout à fait capable de recréer l’ambiance d’une époque, les années cinquante sont parfaitement décrites et j’ai aimé participer à la vie trépidante de cette famille atypique. Sans ses allusions à sa démarche littéraire, on aurait pu croire lire un roman.

Et puis, la mère devient adulte, a ses propres enfants et là, l’auteure est le témoin bien vivant de sa déchéance. A partir de là, mon intérêt pour l’histoire n’a fait que ralentir. Le style m’a paru moins « romancé », on n’évite pas les répétitions, ça devient haché, oppressant, il n’y a plus aucun effort pour enjoliver, envelopper le texte et j’étais bien souvent au bord de la nausée. J’ai failli abandonner plus d’une fois, j’avais l’impression d’agir en voyeuse, voyeuse d’une situation qui m’indisposait et qui m’intéressait de moins en moins. Alors, bien sûr, Delphine de Vigan a heureusement « une plume », ce qui fait que je n’ai pas baissé complètement les bras, mais j’ai soufflé, tempêté, râlé, je me suis agacée et puis j’ai trouvé que plus on avançait dans le temps, moins la « plume » devenait alerte, plus elle devenait plate, vide, creuse.

L’autobiographie ne sert que si elle a une portée universelle. Je la cherche ici. Je me suis retrouvée dans une époque, certaines descriptions m’ont rappelé des épisodes de ma jeunesse, j’ai connu aussi les non-dits familiaux, les secrets qu’on étouffe, les morts et les malheurs, comme tout un chacun, certains passages ont donc fait écho à quelque chose de personnel mais… à qui ce genre de texte s’adresse-t-il ? Je n’ai pas de réponse, il faut croire qu’il trouve son lectorat, étant donné sa notoriété, quant à moi, je reste sceptique.

Je ne pense pas que je lirai d’autres textes de cette auteure, elle n’a visiblement écrit que sur elle, sur sa famille et je ne souhaite plus être immergée là-dedans.

Il faut que je trouve très vite un vrai roman, bien fictif, qui me permette de retrouver le plaisir d’être embarquée dans une histoire, bien construite et bien écrite.

 

 

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28 commentaires
  1. Oh, comme je te comprends, je me laisse parfois embarquer dans l’autofiction (le dernier Chalandon, par exemple) et j’en sors agacée et mal à l’aise… mais il y a un lectorat, manifestement !

    • Et bien le Chalandon j’ai plutôt aimé parce que j’avais l’impression de lire un roman. Celui-ci est très différent et très malsain.

  2. une auteure dont j’ai apprécié le roman pour ado « No et moi » mais depuis je n’ai pas été tentée, ton billet très sincère et fort intéressant ne me pousse pas à aller plus loin.

  3. Je ne l’ai pas lu et n’ai pas vraiment l’intention de le faire. Je n’aime pas trop non plus l’auto-fiction permanente, même si certains auteurs ont su me convaincre.

  4. j’ai des problèmes avec cette auteure: j’aime et je n’aime pas en même temps, je passe d’un ressenti à un autre, mais je continue ma lecture. cela a été la même chose et même davantage avec « D’après une histoire vraie » . lecture addictive tout en râlant!!!
    je n’aime pas les auto-fictions donc dans un premier temps j’ai attribué mon « malaise » à ce ce fait mais je pense que c’est l’auteure qui me perturbe.
    par contre, j’ai bien aimé « No et moi » mais ce n’est pas du tout le même style…

    • Je comprends très bien ce que tu dis. J’ai moi-même lu ce texte jusqu’au bout alors que ça m’énervait !

  5. keisha41 permalink

    Je n’ai lu que No et moi, un roman, pas de l’autofiction je pense.

  6. J’ai beaucoup aimé, même si a priori le genre n’est pas dans mes favoris, par contre, de là à relire l’auteure, je ne sis pas encore, il ne faut jamais jurer…

  7. Je fais partie de ceux qui ont aimé. Au fait, un tag t’attend si tu es d’accord : http://claraetlesmots.blogspot.fr/2016/03/tag-le-retour.html

  8. Je pense que c’est pour toutes les raisons que tu évoques que je ne me suis pas encore lancée dans cette lecture…

  9. Tes interrogations furent les miennes mais c’est vrai qu’elles furent cachées sous les avis positifs. Je me souviens encore du malaise ressenti en fermant ce livre.

  10. je n’aime pas trop quand fiction et réalité sont mêlées mais je dois dire que je suis une grande fan de De Vigan et que j’avais adoré ce livre! Adoré!

  11. De cette auteure, j’ai beaucoup aimé son dernier, pas du tout autobiographique, de même que Les heures souterraines, très dur.

    • Moi, je ne pense pas que je lirai tout de suite autre chose d’elle. Je vais laisser passer du temps, beaucoup de temps.

  12. J’avais lu et beaucoup aimé – je crois justement qu’ils s’adressaient à tous ceux qui vivent les mêmes situations, souvent tabou – dont on ne parle pas et que ce silence est au final très nocif pour les enfants et se reproduit de génération en génération.. Moi je l’ai vécu ainsi, pas du tout malsain mais plutôt libérateur. Et puis tout n’était pas négatif, je me rappelle d’une lumière accompagnant le roman. Par contre, j’ai eu plus du mal avec D’après une histoire vraie, où là il y a du fictif (et le lecteur pris en otage) mais là je l’ai trouvée moins douée.
    Après, si je peux lire ses livres, je ne lirais jamais Angot par exemple; L’introspection pas trop mon truc non plus …

    • Angot ne m’intéresse pas non plus mais pas pour les mêmes raisons, je trouve ça mal écrit. Quant à De Vigan, je n’en lirai pas davantage.

  13. Patrice permalink

    J’apprécie surtout le fait que tu puisses si bien parler de quelque chose que tu n’as pas apprécié. Et je me note cette réflexion : « L’autobiographie ne sert que si elle a une portée universelle ». Merci 🙂

  14. Malaise pour moi aussi . Pour les raisons que tu expliques ( bien)

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