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Les échoués de Pascal Manoukian, #MRL 15

27 décembre 2015

échouésTitre : Les échoués

Auteur : Pascal Manoukian

Editeur : Don Quichotte

Date de parution : 20 août 2015

298 pages

 

 

 

 

Je vous écris à vous, Virgil, Assan, Iman et Chanchal, je vous écris à vous, les personnages de ce roman extraordinaire, parce que vous existez, je le sais, quelque part, en France et ailleurs, hier et aujourd’hui, vous qui avez traversé des mers et des océans, vous qui avez frôlé la mort, vous qui avez risqué votre vie pour survivre, pour apporter un peu de bonheur à vos familles, pour fuir un pays qui ne vous a offert que des souffrances, pour cueillir quelques fruits gorgés d’espoir. Vous qui nous donnez une leçon de vie, vous que l’on côtoie sans vous voir, vous, les clandestins, vous qui êtes à la merci des exploiteurs de tout poil, vous à la fois si fragiles et si forts.

Je vous écris pour vous dire combien j’ai été heureuse de vous rencontrer, de vivre ces quelques pages en votre compagnie. La plume de Pascal Manoukian vous a permis de crier à la face du monde que vous existez, que vous êtes là, à côté de nous, les nantis, et que vous avez autant le droit que nous de vivre, de manger, de boire, de rire et de pleurer. Vous nous êtes indispensables. Vous nous ouvrez les yeux. J’ai retardé le moment de vous quitter, je ne le voulais pas, j’ai arrêté ma lecture quelques pages avant la fin pour profiter quelques instants encore de vos mots et de vos gestes, y compris des plus désespérément optimistes…

J’ai aimé partager vos moments de bonheur et vos moments de douleur. J’ai frémi et j’ai pleuré de rage plus d’une fois, devant la cruauté de certains hommes, devant la bêtise et l’ignorance de certaines femmes, devant le poids des traditions. J’ai fermé les yeux et j’ai posé le livre plus d’une fois ne cessant de répéter « ce n’est pas possible, mais ce n’est pas possible », sachant bien sûr que oui c’est possible, que l’inhumanité est finalement le propre de l’homme.

J’ai souri et j’ai espéré comme vous lorsque Julien et Elise vous ont emmené à Houlgate, cette fenêtre de respiration, ce bol d’air marin,  un beau moment de bonheur simple.

J’ai aimé la construction des trois premiers chapitres et leur fin analogue, ce point commun à la fois cocasse et tragique. Il est fort cet auteur qui vous a donné la parole, qui a permis que tant de lecteurs et lectrices prennent la juste mesure de cette tragédie qu’est l’immigration.

Ca parait un peu grandiloquent tout ça, un peu surfait, mais je ne savais pas de quelle manière parler de ce roman si bien documenté sans le dénaturer. Comment aurais-je osé dire que c’était bien, bouleversant, authentique, juste sans être larmoyant et tout le toutim… alors que ce que j’ai ressenti, c’était bien plus que cela…

Alors je vous écris ces quelques mots à vous les personnages de ce roman, parce que vous allez me hanter longtemps et parce que je sais que je ne regarderai plus jamais un « réfugié » de la même façon, et aussi parce que vous me manquez déjà.

 

« C’est mathématique, il arrive à peu près quatre cent mille clandestins chaque année en Europe. Ca représente à peine 0,001 % de la population. C’est tout à fait gérable, même en période de grand chômage comme aujourd’hui. Alors ces histoires d’invasion, de colonisation à l’envers, c’est ridicule ! A ce rythme-là, vous savez combien il faudrait d’années pour que les immigrés détrônent les Européens ? »

Virgil n’en avait aucune idée.

« Mille ans ! Où est la menace ? »

Il se servit un fond de verre pour goûter le vin.

« C’est pour ça que j’aime les chiffres ! Quand on sait les faire parler, c’est le meilleur rempart contre la bêtise et l’ignorance. »

 

Ce roman a été lu grâce à Jérôme qui l’a sélectionné dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de Price Minister.

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29 commentaires
  1. j’ai entendu parler de ce livre et il est déjà dans mes souhaits de lecture, avec un peu de chance , il va être au programme de mon club.

  2. Une vraie claque ce roman… Une telle force, c’est finalement assez rare…!

  3. un premier roman rare !

  4. ce roman engendre des réactions grandiloquentes, c’est vraiment pour moi LE roman de la fin d’année, à lire, relire et faire lire…

  5. Je suis en train de le lire. Magistral.

  6. j’ai très envie de le lire.
    j’ai hésité car j’avais peur d’être submergée par les émotions (je regarde beaucoup de reportage sur les réfugiés et je me sens tellement impuissante et révoltée…

    • Ce qui est très fort dans ce roman, c’est qu’il ne joue pas sur la corde sensible à outrance. C’est écrit de manière très juste, ça ne le rend que plus puissant.

  7. Un billet de plus qui me donne envie de lire ce roman. Je ne le trouve pas grandiloquent, il exprime bien l’émotion que tu as ressenti tout au long de cette lecture (et encore après semble-t-il).

  8. eimelle permalink

    un des très beaux textes de cette année!

  9. Bel article, bon extrait. Bravo!

  10. sous les galets permalink

    il est drôlement beau ton billet ma parole, c’est très émouvant,e t j’imagine combien elle a du remuer Jérôme. ON ne peut que s’incliner devant une telle déclaration d’amour à ces personnages.
    Belle année Krol

  11. Je ne sais pas si cela a remué Jérôme mais ce qui m’a fait plaisir c’est que Pascal Manoukian a été touché par l’idée…

  12. Un très beau billet… je note et te souhaite une douce année 2016.

  13. Je suis tellement content de l’avoir mis dans ma sélection des matchs de ma rentrée. Si quelques personnes ont pu le découvrir grâce à cette opération, ce sera mission accomplie pour moi parce que tu ne peux pas savoir à quel point j’avais envie de le défendre ce roman.

  14. qu’il me tarde de le lire!!!

  15. Très beau billet !!
    J’ai noté ce titre en passant chez Jérôme, moi aussi, mais je ne l’ai pas encore lu.

Trackbacks & Pingbacks

  1. Ce que tient ta main droite t’appartient de Pascal Manoukian | Le blog de Krol

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