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Une rencontre avec David Vann

18 septembre 2014

Rencontre à la médiathèque de Ligugé avec David Vann le mercredi 17 septembre 2014

 

david vann et gallmeister

Le 17 septembre devait être très chargé pour moi, je devais faire mille et une choses d’ordre pratique, autant dire que se profilait une journée harassante et pas forcément captivante. Beurk !

 

J’avais pourtant décidé de me rendre à la médiathèque pour écouter David Vann et son éditeur Oliver Gallmeister.

 

Et…

 

Comment vous dire…

 

Un moment rare…

 

Je crois bien que le sourire niais n’a pas quitté mes lèvres…

 

J’étais sous le charme…

 

David Vann, c’est un rayon de soleil dans une journée sombre, c’est à la fois, de l’intelligence, de l’humour, un sourire éclatant, une générosité sans faille, un être humain… un vrai… avec un coeur…

 

Et pourtant, lorsque j’ai lu Sukkwan Island il y a quelques années (une, deux, trois, je ne sais plus), je n’ai pas vraiment aimé, j’ai été à la fois écœurée et pourtant fascinée mais surtout je me demandais comment on pouvait écrire de telles horreurs. Quel monstre se cachait derrière ces mots qui m’avaient tant répugnée ?

Et puis, mon bibliothécaire Guillaume m’a mis dans les mains Désolations et j’ai été conquise… c’était tellement moins… tellement plus… et l’écriture était toujours aussi fascinante.

 

Alors ?

 

Lorsque David Vann dit : « J’ai eu de la chance d’avoir une famille dans laquelle il y a eu cinq suicides et un meurtre » parce que c’était du matériau propice à l’écriture… On sourit !

Quand il explique que l’écriture de Sukkwan Island était comme une rédemption, on commence à comprendre.

Et quand il ajoute qu’il est un menteur, que tout cela est de la fiction, on avance encore plus dans la compréhension du processus d’écriture. Il part de faits réels et il se demande ce qui aurait pu arriver si…

Il a eu le besoin de transformer les événements horribles en quelque chose de beau (il veut dire par là, en belles phrases), et en même temps il éprouvait un plaisir coupable (surtout en écrivant Impurs) d’en passer par là.

 

Comment peut-on arriver à tuer sans culpabilité ?

Pourquoi est-ce qu’on agit comme on agit ?

Pourquoi fait-on du mal à ceux qu’on aime ?

Autant de questions centrales dans l’œuvre de David Vann qui dit qu’il écrit des tragédies grecques (alors, là, oui, je suis bien d’accord !).

 

Et puis chose qui m’a stupéfiée : il écrit sans plan, les mots lui viennent au fur et à mesure sans préméditation. Il se laisse guider par son inconscient, bien plus riche, d’après lui, que ses idées conscientes. (Et bien oui, messieurs dames, la fameuse page cent et des brouettes de Sukkwan Island n’était pas prévue !)

 

Nature Writing, oui, mais il n’adhère pas à la vision romantique de la Nature dans laquelle l’homme pourrait y trouver sa vraie beauté. Il pense plutôt que la Nature est un miroir, tout ce qu’on y voit, c’est nous-même. Et c’est pas toujours joli, joli, il y a tant de noirceur dans l’être humain. C’est pourquoi les descriptions de la nature ont une place si importante dans ses écrits.

 

Et sinon, retenez bien le nom de sa traductrice Laura Derajinski, qui a épousé la langue de David Vann avec un vrai talent, dixit Oliver Gallmeister.

 

Alors j’ai bien sûr acheté Goat mountain, je l’ai fait dédicacer, le même sourire béat aux lèvres et j’ai juste regretté être incapable d’aligner quatre phrases en anglais !!! Pour lui dire… bah pour lui dire que… je ne sais pas… que… Bref ! Une vraie gamine, qui a pourtant réussi à glisser « Nice to meet you ! »

 

Merci encore Guillaume (qui a su poser de vraies bonnes questions intelligentes avec un petit soupçon d’émotion dans la voix…) pour cette rencontre !

 

 

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25 commentaires
  1. et bah punaise Carole, quelle joie de lire tes impressions sur cette rencontre. quelle rencontre ! elles sont rares quand les écrivains donnent sans compter, quand ils savent et peuvent parler de leurs œuvres, de leur vies de manière si naturelle et talentueuse ! alors imagine moi quand il disait ces choses terrible et me jetais un coup d’oeil avec son regard angélique ! c’est pour cela qu’à un moment je n’ai pas pu m’empêcher de lâcher « c’est fascinant ce que vous racontez »…et vas y pour rebondir et poser des questions intelligentes !

  2. Oui, tu m’as beaucoup amusée quand tu lui as dit ça… mais tout le monde pensait comme toi !!! un regard d’ange, c’est ça aussi ! C’est sûrement parce qu’il sort tout ce qu’il y a de terrible en lui par le biais de l’écriture qu’il peut être aussi solaire dans la vie…

  3. merci à toi pour ce compte-rendu, qui me donnerait presque envie de relire David Vann… mais le seul roman que j’ai lu est encore trop frais et trop perturbant pour que je franchisse le cap !

  4. C’est sûr que lorsqu’on fait la connaissance de cet auteur, on a très envie de lire tous ses romans !!! si noirs soient-ils !

  5. Et dire que je n’ai toujours pas lu cet auteur qui te fait perdre tes moyens. Impardonnable je suis 😉

  6. Je l’ai moi aussi rencontré et comme tu le dis, il est rayonnant de joie de vivre. Ecrire a été un bâton de résilience je pense…

  7. Tu donnes envie Krol, merci ! J’ai les deux premiers de David Vann, le premier m’a laissée fascinée le second plus dubitative mais cette rencontre que tu narres bien donnes envie de poursuivre mes lectures ! 🙂

  8. luocine permalink

    je ne connais pas , mais ton billet me donne très envie
    Luocine

  9. C’est vrai qu’une rencontre change forcément le regard que l’on a.

  10. Je l’ia rencontré aussi il y a quelques années et j’avais été étonnée par le contraste entre cet homme blond, souriant, à l’epouse modèle, et ses romans si noirs…

  11. Je devais donc lire « Désolations » pour me « laver » de l’avis un peu mitigé que j’ai de Vann, qui m’avait à la fois envoûté mais un peu surpris par son côté macabre dans « Sukkwan Island ».

  12. Je n’ai pas réussi à terminer « Sukvan Island », mais ton billet sur « Désolations » m’avait fait hésiter, et celui-là me donne vraiment envie de réitérer avec l’auteur 🙂

  13. sous les galets permalink

    wahou….quel beau compte rendu! En plus Vann en médiathèque punaise, ça claque. Le romancier me fait hyper peur, genre noir, désespéré et violent. Mais mes copines sont archi fans de lui.
    Super billet, j’aime ce que tu rapportes de ces mots: la nature comme un miroir de l’humanité et son humour sur son passif.
    Extra !
    Pas bien sûr quand même que je me décide à le lire (chochotte je suis)

    • Si tu es chochotte, ne le lis pas !!! Petit conseil d’une pas chochotte qui a été écœurée à la lecture de son premier…

  14. ton billet est vraiment intéressant, je crois que j’avais lu quelque part que le bonhomme avait un passé lourd… tu m’as donné envie d’en lire plus de cet auteur (je me suis arrêtée à Sukkwan Island, assez traumatisée, je dois dire…)

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  1. Goat mountain de David Vann | Le blog de Krol

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