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Profanes de Jeanne Benameur

1 février 2013

Actes Sud, 2013

 

 

Comment parler de ce roman sans le déflorer, sans en rétrécir sa portée à la fois intime et universelle ? C’est un livre qui touche à ce qu’il y a de plus profond en nous, il allie la douleur à la douceur, il apaise et il remue, il suscite des tas d’images en nous.

Les mots de Jeanne Benameur, comme d’habitude, suggèrent, enveloppent et nous font réfléchir. On ne peut pas lire ce livre d’une traite. De nombreux passages se lisent et se relisent, se savourent. Il faut le lire avec lenteur, il faut prendre son temps. La portée poétique et philosophique fait de ce roman un objet rare et précieux.

Je ne vais nullement raconter l’histoire, d’autres s’en sont chargés avant moi, et il n’est pas besoin de la connaître pour entrer dans ce temple-là. Au contraire, en savoir le moins possible peut permettre de l’apprécier d’autant mieux.

L’étymologie du mot profane est : celui qui est devant le temple et qui n’y entre pas. Paradoxalement, ce livre est un texte sacré. Il fait vibrer la vie qui est en chacun de nous. Il mène ses quatre personnages vers le chemin de l’authenticité, il permet à chacun d’entre eux de donner du sens à sa vie et à celle des autres. Chaque histoire en se frottant à l’une des quatre autres va avancer, va s’éclairer. Oh, pas d’une grande lumière directe ! Non, plutôt d’une petite lumière indirecte, chaude, tamisée et rassurante.

Et cette histoire s’inscrit dans un lieu, sacré lui aussi ! La maison du nonagénaire est un refuge pour chacun, un havre de paix. Une grande maison, un jardin, une cabane… et maintenant, des images indélébiles dans mon esprit.

Un roman à déguster, à lire et à relire…Chargé d’émotions !

Un extrait :

 

« Béatrice s’allonge sur le lit. Elle a tellement besoin de vide. Depuis toute petite. Les silences bruissants entre ses parents l’ont trop occupée à l’intérieur. Petite, elle a été dévorée. Le silence des parents est un ogre. Il vous avale dans les questions qu’on ne pose jamais. Ces deux êtres-là vivaient vivent et vivront au secret des bandelettes qu’ils ont passé leur vie à tisser autour de leurs bouches, de leurs yeux. Comme si savoir était de trop ! Est-ce qu’ils entendaient les questions qui cognaient au cœur de leur fille ? Comment peut-on empiler  les jours morts les uns sur les autres ?

Du frère disparu avant sa naissance, elle ne pouvait rien savoir. Il leur suffisait qu’elle se coule dans la place laissée libre. C’est tout ce qu’on lui demandait. La mère disait simplement « C’est un ange maintenant » et Béatrice apprenait à se méfier des anges. De leurs ailes déployées ils escamotent les petites filles. »

 
Cet article s’inscrit dans le challenge de Noukette sur Jeanne Benameur… Elle m’a obligée !!! … Non, en fait, je me dis que je vais ainsi pouvoir lire tous les livres de Jeanne Benameur !!!

challenge benameur

 

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2 commentaires
  1. Doriane permalink

    Merci Krol pour ce livre que j’ai adoré et qui m’a profondément émue, touchée …
    Les mots résonnent dans ma tête … et les images flottent dans mon cœur ….

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