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D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère

11 août 2012

vie mienne

 

 

Emmanuel Carrère a un grand talent pour évoquer la vie des autres, la sienne, il le fait sans pathos, mais avec lucidité.

 

 

 

 

 

C’est le roman d’une transformation. A travers la narration d’histoires dramatiques qui ne sont pas la sienne, mais qui le touchent de très près, Emmanuel Carrère réfléchit sur sa propre vie et donne à réfléchir sur la nôtre, notre rapport à la mort, à la vie, à l’amour. Ces pages sont de magnifiques leçons de vie.

Certes, ce livre narre des histoires vraies, mais ce n’est pas ce qui m’a touchée. La puissance de l’écriture de l’auteur est la vraie réussite de ce livre. Il se livre, comme dans tous ses « romans », mais il le fait avec générosité. Chacun peut se reconnaître à travers ses lignes, peut y puiser ce dont il a besoin pour comprendre ses actes, sa vie, et peut se nourrir de l’expérience des autres. Quand Emmanuel Carrère s’efface derrière ses personnages, il transcende son écriture. On le sent présent, juste derrière, mais pour nous signifier que là se passent des choses importantes et fortes.

 

J’avais déjà bien aimé Un roman russe (totalement autobiographique), j’ai adoré celui-ci.

 

 

Les premières phrases du livre :

 

« La nuit d’avant la vague, je me rappelle qu’Hélène et moi avons parlé de nous séparer. Ce n’était pas compliqué : nous n’habitions pas sous le même toit, n’avions pas d’enfant ensemble, nous pouvions même envisager de rester amis ; pourtant c’était triste. Nous gardions en mémoire une autre nuit, juste après notre rencontre, passée tout entière à nous répéter que nous nous étions trouvés, que nous allions vivre le reste de notre vie ensemble, vieillir ensemble, et même que nous aurions une petite fille. Plus tard nous avons eu une petite fille, à l’heure où j’écris nous espérons toujours vieillir ensemble et nous aimons penser que nous avions dès le début tout compris. »

 

 

« C’est parce que je crois cela que je suis tellement choqué par les gens qui vous disent qu’on est libre, que le bonheur se décide, que c’est un choix moral. Les professeurs d’allégresse pour qui la tristesse est une faute de goût, la dépression une marque de paresse, la mélancolie un péché. Je suis d’accord, c’est un péché, c’est même le péché mortel, mais il y a des gens qui naissent pécheurs, qui naissent damnés, et que tous leurs efforts, tout leur courage, toute leur bonne volonté n’arracheront pas à leur condition. Entre les gens qui ont un noyau fissuré et les autres, c’est comme entre les pauvres et les riches, c’est comme la lutte de classes, on sait qu’il y a des pauvres qui s’en sortent mais la plupart, non, ne s’en sortent pas, et dire à un mélancolique que le bonheur est une décision, c’est comme dire à un affamé qu’il n’a qu’à manger de la brioche. » (p 156)

 

 

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