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Avant le silence des forêts de Lilyane Beauquel

29 octobre 2011

 

 

Extrait de la quatrième de couverture : Otto, Simon, Heinrich et Nathan, quatre jeunes allemands de vingt ans, partent découvrir le monde, portés par le train de l’Histoire. Quand ils quittent le bourg bavarois où ils sont nés, leurs désirs affleurent à peine et ils ne connaissent de la vie que leur belle amitié. A leur arrivée, ils comprennent vite vers quoi on les a envoyés. Nous sommes en 1915, en Lorraine.

 

C’est un premier roman. Mais c’est autre chose qu’un roman, c’est une succession de tableaux impressionnistes. Chaque chapitre dessine un morceau de paysage, un portrait, une horreur de la guerre, un souvenir, une réflexion, un morceau de vie… d’un narrateur pris dans les tourmentes d’une guerre dont il ne comprend ni les enjeux, ni les causes, mais qu’il subit tous les jours.

« Mes mains sont d’impuissance, mes paroles seraient d’à-peu-près, alors je repars vers ceux de mon groupe, à l’autre bout de l’abri, je ne sais plus qui je suis. »

 

Ce texte se déguste à petites doses, difficile de lire plus de cinquante pages d’affilée, sous peine de sombrer dans la plus noire des dépressions et de finir assommée par les mots. Ce texte se mérite, la compréhension n’en est pas évidente, j’ai parfois relu une phrase plusieurs fois avant d’en saisir toute la portée. D’autres fois, j’ai relu une phrase trois ou quatre fois sans pouvoir passer à la suivante, hypnotisée par son rythme, par sa musicalité, par le sens profond qu’elle dégageait.

L’écriture est tout simplement remarquable, un travail d’orfèvre.

 

« L’attente de l’assaut. Le tréteau du ciel au-dessus de nos têtes. L’attente, rideau de satin devant la lumière inattaquée de la lune, mouillant le sol d’un lait tourné et inclément. Le silence bientôt des forêts. Les animaux moins battus que nous, attendant dans des trous provisoires la fin de nos folies, le cœur distendu à en mourir aux émois des explosions. »

 

Ce sont les petits riens du quotidien d’un soldat plongé dans les affres de la guerre, magnifiés par une écriture poétique inégalable. Lyliane Beauquel force la beauté au milieu de l’horreur.

Cependant, malgré tous ces éloges, je dois dire que ce texte est long, et que sa difficulté de lecture ne le rend pas très accessible. J’ai intercalé des lectures d’autres textes, repos indispensable de mon esprit tourmenté par les phrases de Lilyane Beauquel. Je ressentais à la fois la difficulté du texte, de cette prose parfois un peu hermétique, et la fatigue due à la lourdeur du sujet, la mort planant sans cesse au-dessus du lecteur, comme une bête qui rôde.

Je ne note pas les livres sur mon blog (j’ai déjà un mal fou à noter mes élèves, je ne le fais d’ailleurs pas avec les plus jeunes), alors noter des livres… ça me paraît incongru. Comment pourrais-je noter un texte qui a demandé à son auteur tant d’efforts, de réécritures, de nuits blanches… moi petite lectrice du dimanche et des jours fériés, qui peut ne pas recevoir ce cadeau littéraire comme un joyau tout simplement parce que je suis fatiguée, énervée, usée, hermétique à la poésie d’un texte… Bref ! tout ça pour dire que celui-ci est à mon avis encore plus récalcitrant à la notation parce qu’il peut générer chez certains beaucoup d’ennui, chez d’autres, une incompréhension totale, chez d’autres encore un engouement qui dépasse toutes les limites…

Objectivement, on peut dire que c’est un texte littéraire extraordinaire. Ensuite, ce que ressent le lecteur face à un tel bijou, c’est selon chacun et selon le moment de la lecture, selon l’état d’esprit, selon l’heure, selon l’ouverture d’esprit, selon la qualité d’attention…

 

Je vous laisse seuls juges. Lisez et venez m’en parler !

 

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