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La bouche pleine de terre de Branimir Scepanovic

9 juillet 2011

Éditions du Rocher, 2008

 

Peu de pages mais d’une violence poétique incroyable.

C’est un conte, ou plutôt une parabole sur la haine, la fuite, la mort. Raconté à deux voix qui se répondent en écho (un narrateur-chasseur et un narrateur extérieur focalisé sur le fuyard), ce petit texte nous plonge au cœur même de la nature humaine. Des hommes poursuivent un autre homme alors qu’ils ne le connaissent pas et qu’ils ne savent pas pourquoi ni vers quoi, cet homme court. La haine peu à peu s’empare de leur esprit et ils ne sont plus, bientôt, qu’une masse haineuse et avide d’en découdre.

L’homme, quant à lui, condamné à une mort certaine par la médecine, a décidé de venir mourir dans les montagnes de son enfance. Il souhaite se suicider mais tout au long de sa course effrénée, les questions qui l’assaillent, remettent en cause ce désir, lui font prendre conscience du sens de l’existence. Cependant, des hommes déterminés et remplis de haine le poursuivent…

Ce texte, écrit dans une prose poétique, est un moment de lecture inoubliable.

Je vous le conseille vivement. Il est court, peu cher, et tellement puissant !

Et puis, il est précédé d’une préface de Pierre-Emmanuel Dauzat (à lire après le texte de Branimir Scepanovic), passionnante et très instructive.

Un extrait (en italique, le narrateur extérieur focalisé sur le fuyard, dans l’autre écriture, le narrateur-chasseur) :

 

En cet instant merveilleux, tandis que, dévoré du désir de la mer, il aimait en réalité l’univers entier, parce qu’il lui appartenait et qu’il savait qu’il lui appartiendrait jusqu’à son dernier souffle, il ne se doutait même pas que ses pieds et ses chevilles lacérés laissaient derrière lui dans l’herbe foulée une trace de sang rougeâtre. Il n’avait plus mal aux yeux et n’éprouvait plus le besoin de leur faire écran avec sa main ; et dans l’espace ondoyant, dont les limites ne cessaient de s’élargir, il ne se sentait plus, comme avant, seul, sans défense et minuscule.

 

Or, tandis que, presque aveuglés par cette course en plein soleil et par la haine, nous épanchions notre colère, des gens, qui semblaient sortir de terre, ne cessaient de se joindre à nous : c’étaient tantôt des paysans armés de fourches, de faux et de bâtons de cornouiller, […] Et chose étrange, soit qu’ils eussent quelque raison de se joindre à nous, soit que, nous ayant aperçus par hasard, ils eussent vu dans cette course folle l’occasion inespérée de faire quelque chose de peu commun et d’excitant, ils étaient tous rapidement gagnés par notre haine et se fondaient dans notre meute hurlante qui, comme un vent fou, comme le feu, se rapprochait de plus en plus de cet homme épuisé qui semblait déjà perdu.

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