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Entre ciel et terre de Jon Kalman Stefansson

13 juin 2011

entrecieletterre

On ne devrait pas commencer certains livres un soir de grande fatigue, ni les continuer un second soir de même fatigue. Car, on peine à entrer dans des histoires à l’écriture dense et profonde.

Heureusement, je ne suis pas restée sur cette difficuté et je l’ai repris un après-midi… pour ne plus pouvoir le lâcher.

L’histoire est rude, âpre. Une histoire d’hommes, unis par la pêche, l’amitié et l’alcool… L’histoire se situe en Islande il y a un siècle, sous un climat bien différent du nôtre, on ne peut faire plus dépaysant.

Ce livre est en deux parties : la première (très poétique) se déroule en mer, on assiste à la mort d’un personnage. Mort de froid à cause d’un livre. « Il est mort de froid parce qu’il a lu un poème »

« Celui qui meurt se transforme immédiatement en passé. »

La seconde est davantage ancrée dans la vie quotidienne des pêcheurs islandais. L’ami du défunt, pour rendre le fameux livre, se rend dans un village, pour finalement s’écrouler de fatigue et de tristesse chez la patronne d’une buvette. A travers les personnages qui peuplent ce village, le lecteur voyagera dans les tréfonds de l’âme humaine. La détresse et le malheur sont universels.

Ce roman est donc une fabuleuse réflexion sur la vie et la mort, sur le pouvoir des mots, de la poésie, sur la solitude de chacun. Quel est le but de notre existence, surtout si elle est faite de malheurs, de disparitions, si elle est parsemée d’embûches, si nous ne pouvons mettre un pied devant l’autre sans heurts. Heureusement, il y a les mots : « …ensuite, ils reprennent leur discussion sur la mer, les voilà déjà loin au large, pris dans un coup de tabac, le passé les libère un instant du présent, de la tristesse, de l’angoisse, des ténèbres. »

Et les mots de cet auteur sont autant de perles sur notre route. Voilà un roman dont on relit plusieurs fois les phrases tellement elles nous parlent, tellement elles sont justes, tellement les mots qui les composent nous chavirent.

« L’enfer, c’est de ne pas savoir si l’on est vivant ou mort »

« Les rêves nous libèrent parfois des amarres de la vie. »

Stefansson a l’art de traduire en mots nos ressentis, nos émotions, nos impressions, par exemple, à la page 158, cette phase du réveil pendant laquelle on est entre deux mondes, entre deux états.

Il a l’art aussi de nous amener à nous questionner sur le sens de notre propre existence.

 « Le chemin qui mène du couloir à la cuisine compte tout juste dix pas, et pourtant toutes ces pensées ont le temps de jaillir dans sa tête, l’esprit humain abrite visiblement d’infinis espaces, d’immenses possibilités, pour la plupart négligées. L’existence ne tarde pas à se figer dans le quotidien et le nombre de possibilités diminue avec chaque année qui s’écoule, d’immenses régions de l’esprit disparaissent ou se transforment en des sables déserts. »

Et le remède pour éviter cette disparition n’est-il pas la lecture ? Le pouvoir des mots sur notre imagination, ceux qui remplissent ces  espaces infinis de l’esprit humain… n’est-il pas ce qui nous aide à vivre. Et quand ces mots sont écrits par Jon Kalman Stefansson, ils nous remplissent l’âme de beauté et de gravité.

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