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Dans la nuit Mozambique de Laurent Gaudé

30 juillet 2010

Actes Sud, 2007

Cette fois, Laurent Gaudé nous offre quatre récits qui donnent la parole à des personnages confrontés à la violence, à l’approche de la mort,  à la culpabilité. Le point commun de ces récits se résume en une question posée à la fin de la dernière nouvelle par l’amiral Aniceto de Medeiros : « Que restera-t-il de tout cela ? »

Quatre récits, quatre époques différentes, quatre lieux différents.

Dans le premier récit, qui se situe au moment du commerce des esclaves, le narrateur se souvient du moment où il est devenu fou, où ses actes barbares l’ont emporté à tout jamais vers la mort de celui qu’il était pour n’être plus qu’une ombre. Il vieillit désormais dans la culpabilité sans aucun espoir de rémission.

De même que le personnage du troisième récit qui aurait dû mourir pendant la première guerre mondiale. Cette guerre, dont il a réchappé, a malgré tout tué l’homme qu’il était. Il est devenu, quelques années après, le colonel Barbaque, le sanguinaire, qui va tuer des Blancs, des Français comme lui en Afrique parce que pendant la guerre M’Bossolo, un soldat noir, l’avait sauvé. « M’Bossolo m’aurait-il sauvé s’il lui avait été donné de voir ce que j’allais devenir ? »

Dans le second récit, le narrateur se rappelle de sa toute première publication, de ce moment merveilleux qu’ils ont fêté avec la femme qu’il a aimée au « Grammery Park Hotel », à New York. Il a cette réflexion extraordinaire :

« Je suis le dernier. Tous ceux à qui je pense, tous ceux qui peuplent ma mémoire, tous ces noms que je connais, qui me rappellent un visage, sont des noms de disparus. Je suis un vieux drogué. La longue pipe de ma mémoire, sur laquelle je tire des bouffées de passé, emplit mon âme de visages morts et de sourires blessés. Tu règnes au milieu d’eux tous, Ella. Vous m’avez tous abandonné. Je suis le seul en vie. Le dernier à tenir. C’est horrible de solitude. Plus personne qui se souvienne. »

Le quatrième récit évoque les soirées de trois officiers de la marine qui se retrouvent une fois par an avec le patron d’un restaurant à Lisbonne. Ils se racontent des histoires. Mais un des personnages est mort, un autre disparu et finalement ils ne sont plus que deux à se retrouver un soir… « Que reste-t-il de tout cela ? »

Quatre récits magnifiquement écrits qui nous emmènent sur le chemin d’une réflexion sur la mort, la vieillesse, le sens de la vie et évidemment sur l’exploitation d’un peuple par un autre, sur le sens de la guerre… Je n’ai préféré aucun récit, chacun m’a touchée à sa manière.

J’ai choisi de lire ces récits parce qu’il me fallait une valeur sûre (Laurent Gaudé en est une !) pour sortir d’une lecture inachevée et difficile : un roman de Régis Jauffret « Asiles de fous » dont je n’ai pas aimé le premier chapitre. J’ai pourtant continué et j’ai apprécié le second et le troisième, amusée par le ton de l’auteur, par la situation burlesque, mais au-delà, je n’ai pu aller… Trop vulgaire, trop loin de moi, trop loin de la littérature que j’aime. J’ai finalement abandonné avec un sentiment amer. Partagée entre mon goût pour la construction littéraire du roman et mon rejet pour l’histoire, pour les paroles horribles d’un des personnages… J’ai été écœurée… Donc, il me fallait après cette expérience malheureuse un livre qui me réconcilie avec la littérature…

C’est fait.

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