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Beloved de Toni Morrison

29 août 2007

2004

 

C’est l’histoire d’une esclave, Sethe, qui s’est échappée et qui essaie de tuer (à la scie) ses enfants pour qu’ils ne subissent pas à leur tour la domination des Blancs. Mais l’enfant de deux ans, tué par sa mère revient hanter le 124.

La construction du récit est subtile, on avance, on revient en arrière, on lit des choses qu’on ne comprend que plus tard… C’est un livre qui dénonce l’esclavage, avec force. Mais il n’est pas seulement cela, les personnages nous entraînent dans leurs réflexions, dans leur mal-être, racontent les horreurs que les Blancs leur ont fait subir, nous emmènent dans un monde fantastique où les fantômes côtoient les vivants naturellement. C’est un hymne à l’amour.

Le style de Toni Morrison est coloré, imagé, dense, on a l’impression de ne pas pouvoir tout retenir, de laisser s’échapper des choses essentielles, mais finalement il nous ravit, nous ensorcèle et nous empêche de fermer le livre. C’est un livre à lire et à relire.

Difficile de choisir un extrait significatif, je ne sais pas pourquoi j’ai retenu celui-ci, un extrait d’une discussion entre un vieil homme noir et la belle-mère de Sethe, Baby Suggs qui résume d’une phrase la condition des noirs à la fin du dix-neuvième siècle :

 

 « Il se lécha les lèvres, cherchant de la langue les mots qui la feraient revirer, allégeraient son fardeau.

–         Faut rester calme. Tout ça aussi aura une fin. Qu’est-ce que tu cherches ? Un miracle ?

–         Non, dit-elle. Je cherche ce à quoi j’ai été mise sur terre : la porte de service. »

 

Et voici un autre extrait, quand Sethe a du mal à dire à son ami Paul D ce qu’elle a fait  :

 

« Sethe savait que le cercle qu’elle décrivait autour de la pièce, de lui, du sujet, demeurerait cercle. Qu’elle ne pourrait jamais aborder la chose, la préciser à l’intention de quiconque poserait la question. Si on ne saisissait pas d’emblée, elle ne pourrait jamais expliquer. Parce que la vérité était simple, la vérité n’avait rien d’un conte à n’en plus finir, plein de sarraus à fleurs, de cages, d’arbres, d’égoïsme, de corde à la cheville et de puits. Simple : elle était accroupie dans le jardin, et quand elle les avait vus venir et qu’elle avait reconnu le chapeau de Maître d’École, elle avait entendu des ailes. Des petits oiseaux-mouches plantaient leur bec en aiguille dans son fichu et jusque dans ses cheveux tout en battant des ailes. Et si elle avait pensé à quoi que ce soit, c’était : Non. Non. Nonnon. Nonnonnon. Simple. Elle avait fui, voilà tout. Avait rassemblé tous les brins de vie qu’elle avait faits, toutes ces parts d’elle-même qui étaient si précieuses, si bonnes et si belles, et les avait portés, poussés, traînés de l’autre côté du voile, là-bas, loin, là où personne ne pourrait leur faire de mal. »

 

 

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